E, la motion de l’espoir du congrès de Reims ?

Après la motion C « désossement » de la motion E sur deux pages A4. Pas d’effort de style mais une tentative de faire émerger la structure et la cohérence de la pensée politique présente derrière chaque motion.

Après la motion C « désossement » de la motion E sur deux pages A4. Pas d’effort de style mais une tentative de faire émerger la structure et la cohérence de la pensée politique présente derrière chaque motion.

Le risque est, bien sur, de perdre en lyrisme et, parfois, en précision.

 

Inventer, réconcilier et apaiser, oser pourraient être retenus comme les verbes structurant la motion. Que cachent-ils ?

 

« La chute du mur de Berlin a ouvert une nouvelle période historique. La disparition du « bloc de l’Est » et des régimes du « socialisme réel», en permettant la libéralisation débridée du marché, a placé les socialistes devant l’impérieuse nécessité de concevoir des réponses nouvelles. Il faut le faire en tenant le cap, entre les risques d’un grand saut libéral et les tentations populistes, alors que le capitalisme va au bout de ses excès, au mépris des hommes, du travail et de nos libertés. »

 

Inventer

1. Affronter la mondialisation, en opérant une véritable révolution culturelle, notamment par rapport au monde de l’entreprise.

2. Mettre fin à la dérive spéculative des marchés financiers par la définition par les politiques de règles capables de prévenir ces crises et la mise en place de dispositifs (notamment fiscaux) orientant l’épargne nationale vers l’investissement productif.

3. Aller vers une économie de pointe en favorisant l’innovation des PME au détriment de l’économie de rente, en faisant le pari de l’enseignement supérieur de la recherche.

4. Faire d’urgence l’excellence environnementale en préparant dès maintenant l’après pétrole, en réduisant notre consommation d’énergie et en modifiant notre rapport à l'espace.

 

Réconcilier et apaiser

1. Agir vraiment contre la vie chère : réglementer les abus bancaires ; créer une action de groupe à la française ; réformer l’indice des prix de l’INSEE ; faire respecter les obligations de construction de logements sociaux,

2. Rééquilibrer le rapport capital/travail et mettre l’économie au service de l’humain : respecter le rôle des partenaires sociaux ; réformer la composition des conseils d’administration des entreprises avec une représentation des salariés à hauteur de 30 % ; encourager un syndicalisme rendant davantage de services aux adhérents ; créer le chèque syndical.

3. Réformer la fiscalité pour la rendre enfin juste : en commençant par fusionner l’impôt sur le revenu et la CSG en un seul impôt progressif; calcul de cet impôt au niveau des individus, suppression de la plupart des niches fiscales ; rééquilibrer les prélèvements entre travail et capital en faisant peser les cotisations patronales, maladie et famille sur l’ensemble des richesses produites et non sur les seuls salaires.

4. Le droit des travailleurs à être bien formés, des entreprises compétitives : capital formation personnel, création d’une cinquième branche de la sécurité sociale, prenant la forme d’une Caisse nationale de sécurisation des parcours professionnels.

5. L’éducation, encore l’éducation, toujours l’éducation : création d’un service public de la petite enfance ; rétablir les contrats éducatifs locaux ; limiter à 17 le nombre d’élèves par classe en CP et en CE1 dans les ZEP et fixer la dotation aux établissements par élève en difficulté à 25%de plus que la dotation ordinaire ; garantir la présence de l'école de la République au plus proche des habitants sur tout le territoire ; soutien scolaire individuel et gratuit ; prêt à taux zéro de 10000 euros garanti par l’État pour tout jeune à sa majorité.

6. Repenser et sauver la sécurité sociale : organiser le sauvetage de l’hôpital public ; soigner mieux pour coûter moins ; mettre la prévention au cœur en faisant de chacun le meilleur garant de sa santé.

7. Bâtir un système de retraite transparent, universel et personnalisé : évolution vers un système unifié inspiré de la réforme suédoise, dans lequel chaque cotisant dispose d’un compte personnel sur lequel il accumule ses cotisations tout au long de sa vie active, de façon à déterminer le montant de sa pension au moment où il choisit de partir en retraite.

8. Aller vers une société apaisée et favoriser l’émancipation : favoriser la mixité sociale pour éviter la ghettoïsation ; assurer les solidarités numériques ; un nouveau regard sur l’immigration, prévenir la violence ; lutter contre les discriminations ; redonner leur place aux artistes et à la culture ; reconnaître la diversité comme une chance, la France métissée comme un atout et l’harmonie des générations comme notre garantie ; la laïcité, garante de la République.

 

Oser

1. Oser enfin « la démocratie jusqu’au bout » : moderniser le Parlement, faire confiance aux élus locaux, encourager la démocratie participative, garantir la liberté de la presse, porter haut l’exigence de justice et des Droits de l’Homme

2. La démocratie au secours de l’Europe : créer un débat sur l’avenir de l’Europe par la voie d’une consultation européenne, s’adressant directement aux peuples des 27 États-membres ; repenser profondément notre conception de l’Europe sociale ; relancer l’Europe des grands projets ; créer un nouveau pacte européen initié par un premier groupe de pays volontaires ; relancer le dialogue social européen ; accélérer la construction d’une défense et d’une diplomatie européenne ; intégrer, comme la réserve fédérale américaine, la croissance et l'emploi parmi les objectifs de la Banque centrale européenne ;

3. Pour un ordre mondial juste : introduire à l’OMC une hiérarchie des normes qui équilibre les règles commerciales par le respect des normes sociales et environnementales ; accroître au Sud comme au Nord l’autosuffisance alimentaire ; réformer le Fonds monétaire international et la Banque mondiale pour en faire des instruments au service du développement humain ; réformer la composition du Conseil de sécurité des Nations unies et la rendre plus juste.

4. Faire du socialisme une force neuve dans le siècle : un grand parti porteur d’espoir ; un parti décentralisé ; de nouvelles formes de militantisme ; le respect des militants ;

5. Fédérer la gauche et attirer les démocrates

6. Augmentation massive du nombre d’adhérents et organisation de primaires

 

Motion très dense, couvrant l’essentiel du spectre, bien rédigée, au risque cependant, parfois, d’être bavarde et de frôler la langue de bois gestionnaire. La tonalité est dynamique et porteuse d’espoir. L’ancrage socialiste est affirmé tout comme le rôle du monde de l’entreprise comme créateur de richesses. La stratégie politique est celle d’un large rassemblement à partir de la gauche et en allant jusqu’aux « démocrates » (au sens américain ?). Cette motion gagnerait à s’enrichir d’une approche plus critique sur la construction de l’Europe, en particulier, et plus utopiste, voire réaliste, en intégrant un au-delà possible du modèle dominant actuel. Les apports d’autres motions peuvent l’y aider. Parallèlement elle fournit une stratégie de conquête et de redéfinition du pouvoir dont les autres motions gagneraient probablement à s’inspirer.

 

Même remarque que pour l’exercice précédent. Si vous souhaitez « plus de chair » autour de l’ossature que je vous ai présentée vous ne pourrez faire l’économie d’une lecture de la motion.

 

Prochain exercice la motion F

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