Voyage au pays des motions du congrès de Reims

Ouf ! Je viens de finir ce que, lors de ma période de militantisme au PS (1983-1995 et 2006-2007), je n’avais jamais fait. Lire et surtout travailler l’ensemble des motions proposées au vote des militants du PS. De chacune d’entre elle j’ai tenté, sur l’équivalent de deux pages A4, de faire émerger la structure et la cohérence. Parfois très difficilement. Voici mon impression à chaud après ce voyage souvent passionnant mais parfois assommant. 
Ouf ! Je viens de finir ce que, lors de ma période de militantisme au PS (1983-1995 et 2006-2007), je n’avais jamais fait. Lire et surtout travailler l’ensemble des motions proposées au vote des militants du PS. De chacune d’entre elle j’ai tenté, sur l’équivalent de deux pages A4, de faire émerger la structure et la cohérence. Parfois très difficilement. Voici mon impression à chaud après ce voyage souvent passionnant mais parfois assommant.

 

Mes conclusions, personnelles bien sur, sont claires. Le PS a des idées, des propositions et de quoi définir un horizon politique, les chemins pour s’en « rapprocher » et la stratégie pour conquérir le pouvoir. Des différences de fond existent. Elles sont en partie brouillées par le dépôt de motions « doublon » dont le côté plus tactique que stratégique est perceptible dans le texte.

La motion B, pour commencer par elle, enfourche le cheval de l’écologie mais d’une manière parfois surprenante et sans tracer d’horizon, ce qui est pour le moins étonnant quand on a choisi un tel thème. Doublon de la motion F, elle n’en a ni la cohérence, ni la profondeur d’analyse et reste complètement engluée dans le modèle économique actuel. A oublier rapidement !

La motion D a plus de corps mais manque cruellement de structure et de cohérence. L’assemblage de deux lignes, l’une plus proche de la motion E, l’autre de la C, ne prend pas. Autant s’intéresser directement aux deux originaux.

Le cas de la motion A est différent. Cohérente et structurée, elle présente une ligne politique claire. Celle d’une adaptation à la France de la politique démocrate, au sens américain du terme, suivie depuis Clinton et importée par Blair et Brown au Royaume Uni. C’est une rupture profonde avec la tradition française du socialisme. Elle conduit sur des voies qui s’avèrent, à la lumière de la crise, comme des impasses. A rejeter donc !

La motion F est la plus originale et la plus intéressante. Elle identifie ce qu’elle appelle les trois premières aliénations des sociétés développées : le dogme de la croissance comme solution aux maux économiques, le dogme de la consommation comme seul critère d’épanouissement individuel, la centralité de la « valeur travail » comme seule organisation de la vie sociale. Elle définit des conditions de dépassement du capitalisme et de façon paradoxalement très réaliste propose des mesures de changement très concrètes. A soutenir donc et, plus largement, à approfondir ainsi que le manifeste Utopia dont elle est issue.

La motion C est la plus socialiste. Prenant en compte les impasses, cruellement mises en relief ces derniers jours, du modèle néolibéral dominant, elle propose une ligne d’opposition frontale, de sortie du libre échange généralisé, de changement du cours de la construction européenne, et de reconquête de la démocratie. Recentrage à gauche bienvenu après les 25 ans qui ont conduit la grenouille socialiste à s’habituer à un bain de libéralisme de plus en plus chaud, dont elle serait immédiatement sortie si elle y avait été plongée directement.

La motion E, enfin. De loin la motion la plus optimiste conciliant invention, apaisement et audace. Dynamique intéressante pour reconquérir le pouvoir. Dynamique posant beaucoup de questions. Quel horizon politique ? Quelle Europe ? Quel socialisme ? Motion à interroger très fortement pour en tester pleinement la cohérence. Motion ayant tiré des enseignements importants des dernières présidentielles mais, à partir d’expériences locales réussies, succombant parfois trop facilement au modèle idéalisé de la petite entreprise.

Pour conclure : l’horizon politique et les chemins pour s’en « rapprocher » de la motion F, la boussole bien orientée à gauche de la motion C, la dynamique et la stratégie de conquête du pouvoir de la motion E.

Pupunat, Hamon, Royal....

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