L'éducation à la santé, c'est quoi?

 

"L'éducation pour la santé est la composante des soins de santé qui vise à encourager l'adoption de comportements favorables à la santé. [...] Par l'éducation pour la santé, on aide les gens à élucider leur propre comportement et à voir comment ce comportement influence leur état de santé. On les encourage à faire leurs propres choix pour une vie plus saine. On ne les force pas à changer. [...] L'éducation pour la santé ne remplit pleinement sa fonction que si elle encourage les gens à participer et à choisir eux-mêmes. Ainsi, ce n'est pas faire de l'éducation pour la santé que dire simplement d'adopter un comportement favorable à la santé" (Manuel d'éducation pour la santé dans l'optique des soins de santé primaires. Genève : OMS ; 1990).

 « Rupture de traitement », « prise de poids », « hygiène précaire », «anosognosie », « conduites à risques »... Comme autant de constats qui émaillent nos dossiers de soins et que nous, soignants, nous efforçons de transmettre au fil de nos écrits.

 C'est écrit, oui, mais maintenant ? Devons nous nous contenter de « dire de faire ». C'est à dire : « prends ton traitement c'est important », « fais attention à ce que tu manges », «  prends des légumes ou je ne te sers pas la suite du repas », «  manges moins de sucre », «  ce matin tu prends ta douche parce que ça fait trois jours que tu ne l'as pas prise », «  tu es schizophrène », «  tu es bipolaire », «  tu as bu, c'est interdit », «  tu as fumé du shit, c'est interdit » …

 Alors oui, on le sait ( ou l'on s'en persuade, on cherche encore...) le médecin le sait, le cadre le sait, l'équipe dans son ensemble le sait, c'est dit ou plutôt c'est écrit, le patient va mal .

 Un exemple : Ce matin en ouvrant ma session d'ordinateur, en allant sur le logiciel de transmissions, il est écrit : «  Mr X mutation d'un service d'acceuil crise . Patient bipolaire en phase maniaque, à ce jour euthymique. Adressé initialement pour rupture de traitement. Hygiène précaire. N'a pas répondu à nos sollicitation concernant la prise d'une douche ce matin. » Dans nos esprits soignants, ( étriqués par le manque de temps, de moyens, la charge administrative, les sonneries de téléphones, les renforts, le sous effectif...) plusieurs « cibles »apparaissent. Comme autant de symptômes à éradiquer : Patient bipolaire/Rupture de traitement. Donc ce matin : évaluation de l'humeur, prise sous haute surveillance de ses thymorégulateurs. Hygiène précaire : Dés le levé,j'attaque : Allez hop à la douche ! Super il brille et il sent bon maintenant.

 Bon bah voilà, parfait. Je vais pouvoir faire mes transmissions. «  ce matin patient qui accepte la prise d'une douche sans opposition. Bonne prise des traitements. Euthymique. Vu par le médecin, sortie prochaine après permission d'essaie. »

 Reprenons la définition précédemment citée : Il y est dit : «  Par l'éducation pour la santé, on aide les gens à élucider leur propre comportement et à voir comment ce comportement influence leur état de santé. ». Il semble être question de communiquer avec le patient. L'aider à comprendre son comportement, pourquoi Mr X ne se douche t-il pas ? Qu'elles sont ses habitudes en matière d'hygiène, et d'ailleurs que comprend il a l'hygiène, qu'en pense t-il ? … Quand à sa maladie ; Comment la nomme t-il ? L'envisage t-il, au moins ? Qu'elle description en fait il ? Quels en sont les symptômes ? … Et ses traitements ? Sait il les nommer ? Connaît il au moins le nom de la molécule ? Son mécanisme d'action ? Ses effets indésirables ? Sait il au moins à quoi ressemble la boîte ? … On ne les force pas à changer. [Les patients] L'éducation pour la santé ne remplit pleinement sa fonction que si elle encourage les gens à participer et à choisir eux-mêmes »Le patient doit s'inscrire dans une dynamique, il doit lui être donné la possibilité de choisir et de participer aux traitements de sa maladie. Bien sur, le droit fait qu'une personne peut être hospitalisée sans son consentement, mais le droit ne donne pas la capacité à une personne d'accepter nécessairement ce qui est bon pour lui. Une hospitalisation en psychiatrie n'opère pas comme un coup de baguette magique. Il ne suffit pas d'attendre 3 semaines que le médecin daigne lever le placement. Il suffit peut être déjà, pour le patient, de comprendre ce qui le mène ici. Qu'elle est ce « trouble », cette «  maladie », qu'elles en sont les manifestations ? Ensuite, il est temps de comprendre pourquoi la sortie est proche.

 Quand nous disons «  il suffit pour le patient de comprendre ce qui le mène ici. » bien sur, nous ne le considérons pas comme un attentiste de seconde zone qui attend que la grille de l'asile se lève pour enfin respirer l'air frais. Le rôle du soignant se trouve ici même. Dans le «  il suffit ». C'est ici que nous entrons en action. Nous sommes les tuteurs de la résilience de nos patients. A nous de proposer et mettre les outils en place pour que eux, puissent enfin tenter de s'intéresser à leur MOI. Le Moi de tous les jours, celui qui se lève le matin, qui se douche, qui mange, qui prend des traitements, qui aime, qui fait la fête, qui milite, qui dort, qui pleur.... Ce moi dont tout soignant est témoin. A nous d'aider à mettre du sens, et de la réflexion au cœur du soin.

On commence à le lire, ce texte comporte beaucoup de questions. Et comme toutes questions il faudra alors trouver une réponse. Et chaque réponse lèvera le doute et l'incompréhension... c'est sûrement à cet endroit même que commence l'éducation à la santé.

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