INDIGNEZ-VOUS ! MAIS NE VOUS TROMPEZ PAS DE COMBAT

Alors que la pétition, réclamant l'inscription dans le code de déontologie médicale, de l'interdit de relations sexuelles entre médecin et patient(e), dans le cadre d'une prise en charge,a lancé le débat, force est de constater qu'elle est majoritairement incomprise. Oublié, le retentissant procès du Dr Hazout qui avait mis à jour les dysfonctionnements du Conseil de l'Ordre.

Pétition, à signer ou pas. Mais après informations précises et vérifiées.

Féministe, vraiment ???

«Je suis fatiguée ! Fatiguée ! fatiguée que l'on nomme «féministes» des «nanas» qui ont des idées à la con», «d'être assimilée à des malades !» s'exclame Marie-Anne SOUBRE sur un plateau Lien L'étonnement est grand d'apprendre que cette dame est avocate et de constater qu'elle juge ces «trois folles » qui ont inventé «le fil à couper le beurre» d'après un titre accrocheur: «Des féministes se lancent dans un combat...». Ces trois femmes ne se sont à aucun moment revendiquées féministes. Par contre, se revendiquant féministe elle-même, la main sur le cœur «une vraie féministe»!Aucune hésitation pour être à la limite de l'insulte envers ces femmes qui ont eu le courage de témoigner et de dénoncer ces abus, comme si cela était aisé de le faire. «Les médecins ne sont pas stupides! S'offusque encore Anne SOUBRE, ils savent très bien ce qui est interdit et ce qui ne l'est pas!», Comme tous les papa, qui savent très bien, eux aussi, que c'est interdit le sexuel avec leur petite fille.L'évolution de la loi contre l'inceste n'était donc pas justifiée? Pas étonnant que ce combat fut si long, «ça ne nous regarde pas:», entendait-on à l'époque «Le linge sale se lave en famille»... Entrainés par ces trois «folles», des personnalités n'ont pas hésité à rejoindre cette cause, mettant en jeu leur réputation, ce qui semble, on ne peut plus logique.

Les violences faites aux hommes, aux femmes ou aux enfants, est l'affaire de tous, nul besoin d'étiquette, sauf celle d'altruisme, qui nous réunit hommes et femmes dans un même combat, celui de la violence.Heureusement, beaucoup agissent sans avoir ce besoin, qui nous divise. Évoluons, et agissons ensemble.

La réalité d'une plainte

A l'audience régionale, dans son affaire, Marie a regretté l'absence de cet article. L'avocat de la défense a surenchérit «Mais madame le dit elle-même, il n'y a pas d'article! Où est la faute ?» Marie a mentionné le rapport d'huissier qui prouve, par l'échange de textos, que la défense du Dr Z est, non seulement rocambolesque, mais mensongère. De même pour la supposée visite impromptue au cabinet médical de Marie, réclamant au Dr Z une relation sexuelle sur le divan, qu'il aurait refusée. Ce qui expliquerait,d'après lui, le dépôt de plainte quinze jours plus tard. C'est faux, prouvé et pourtant aucun membre de la chambre disciplinaire n'intervient, laissant même inventer des détails afin de paraître plus crédible. Marie aurait-elle pu mentir pareillement sans aucune intervention?

Bien que les faits dénoncés aient été reconnus, s'appuyant sur des articles existants, la sanction d'un simple avertissement a été décidé. «L'avertissement concerne une situation où la chambre disciplinaire a estimé que le fait reproché ne justifiait pas de sanction, mais s'est manifestée par cette condamnation légère. Le médecin a le désagrément d'avoir été jugé par ses pairs, ce qui n'est généralement pas très bien vécu»

Aujourd'hui, le Conseil de l'Ordre s'exprime publiquement pour dire qu'il n'y a pas de problèmes, que les articles sont là et des sanctions graves sont appliquées, en parlant de radiation, d'interdit d’exercer de 1 à 3 ans...dans ce cas, nous sommes un peu loin de la réalité avec l'avertissement, non?

Quand aux conseils départementaux, faut-il encore les franchir. Tout est fait pour culpabiliser la victime, dans le but de faire abandonner la plainte, Dans le cas de Cassandre, récemment et devant son avocat, lors de la réunion de conciliation, un des conseillers ordinaux: «Ce médecin a des problèmes avec sa famille maintenant et ses enfants lui en veulent», aucun mot de soutien pour elle, digne d'un accueil bienveillant dont on parle ces jours-ci. La victime n'a rien perdu, elle, dans cette affaire?France Inter La Tête au Carré

Dans le cas de Marie, 21 médecins se sont concertés pour ne pas s'associer à sa plainte, 21! Au niveau départemental, des problèmes? Quels problèmes? «si nous avions eu besoin de cet article, nous n'aurions pas attendu les journalistes» précise le Dr Munier, membre de la section éthique du Conseil de l'Ordre.

Indignée, Marie a fait appel de la décision de l'avertissement, et a décidé de se battre pour toutes ces femmes abusées et injustement traitées. Maltraitée, elle l'a été une nouvelle fois à l'audience. D'hystérique, elle est passée à paranoïaque pour avoir écrit à Marisol Touraine, pour que soit ouvert le débat de l'interdit, sans aucune intervention de la commission. Apparemment, l'hystérie supposée de la patiente est la défense classique des médecins abuseurs (ainsi que la fin de la thérapie, le jour de l'estocade), cette insulte déguisée ne choque plus que la victime. Un interdit d’exercer d'une durée de six mois a été prononcé, après trois ans de procédure...mais le médecin a fait un pourvoi en cassation. Rien que le fait d'avoir profité d'une si lourde intervention médicale sur sa fille méritait un peu de bienveillance pour Marie.

L'Epave, dit aussi La Tempête ou Scène inspirée du naufrage de Luisa de Mello © Théodre Géricault L'Epave, dit aussi La Tempête ou Scène inspirée du naufrage de Luisa de Mello © Théodre Géricault

L'emprise, cette inconnue!

«J'ai traversé des moments difficiles, je n'ai pas écarté les jambes devant mon médecin pour ça!Des excuses pour des femmes aux mœurs légères!»commente une femme, faisant référence au témoignage de Marie Témoignage de Marie

L'emprise se travaille, ce n'est pas de but en blanc, qu'un médecin fait une proposition à son ou sa patient(e). «Après tout, il propose et si elle ne veut pas, elle n'a qu'à dire non» dit cet homme qui ne semble pas saisir que le médecin n'a pas à faire de propositions à sa patiente. Malheureusement, sa réaction est loin d'être isolée.

Le profil des personnes abusées, est toujours le même, des adultes marqués dans leur enfance par une maltraitance, physique ou psychologique, une famille toxique, un conflit de loyauté, un climat incestueux ou l'inceste. Heureusement, et Boris Cyrulnik l'a bien expliqué, la résilience est possible, ces enfants peuvent, souvent grâce à une rencontre, évoluer. Mais, ce n'est pas le cas de tous. Certains ne savent pas s'affirmer, ni résister, traversent la vie la tête baissée, avec un grand besoin de reconnaissance. Parfois, de la part d'un médecin, il suffit de quelques regards appuyés, de poignées de main les yeux dans les yeux, de compliments sur la tenue, de rendez-vous ambivalents pour troubler une patiente, qui croit-elle se sent digne, enfin d'être écoutée, respectée. Comment se méfierait-elle? Le médecin n'est pas là pour lui faire du mal, pour en rajouter à la pathologie ou à la situation qui l'a amenée à le consulter. Une fois qu'elle est prise dans le piège, c'est facile de passer à l'acte, et oui, elle peut paraître consentante. Et quand elle ouvre les yeux sur la réalité, parfois longtemps après, c'est la descente aux enfers.On l'attend rarement, le médecin sur ce terrain là.

Dans le cas de Marie, son médecin n'a rien tenté avant, il savait très bien que ça ne passerait pas. Il a su profiter, qu'en tant que mère, elle traverse cette épreuve d'une transplantation cardiaque inattendue sur sa fille, pour prendre le relais des compliments qu'elle avait entendus à l'hôpital, sur son courage, sur le fait qu'elle n'avait jamais baissé les bras. Facile de s'engouffrer dans cette immense reconnaissance qu'elle avait et qu'elle a toujours, envers les équipes médicales de Pontchaillou qui ont sauvé sa fille, durant ces quatre mois, sans oublier la psychologue, dont la présente à ses côtés a été essentielle. En tant que médecin, même si la cardiologie n'est pas sa spécialité, il pouvait imaginer les images de l'hospitalisation qui revenaient à Marie et qu'elle contrôlait constamment pour ne pas y être confrontée. Il savait que Marie avait pris l'habitude d'aller marcher, C'est au milieu de la nature qu'elle se ressourçait, une sorte de méditation, «à regarder l'herbe pousser», comme le résume le Dr Christophe André. Elle avait réussi à rester debout, Marie, une «femme verticale», selon une expression de Françoise Giroud. Elle y tenait, Marie, à rester debout, à faire face, a être forte, il ne fallait pas qu'elle fléchisse, elle ne se relèverait pas, pensait-elle. Et puis arrive le café offert au cours d'une consultation, café refusé à trois reprises, mais servi avec insistance, profitant de cette occasion pour passer de l'autre côté du bureau. Marie lui demande de retourner à sa place, qu'elle ne se sent pas à l'aise «mais bien sur, pas de problème!» Et là, c'est Marie qui a honte «il a du penser que je me faisais des idées, peut-être que ça ne se fait pas de refuser...» Mais combien de fois lui avait-on offert du café à l'hôpital? Et c'est la bascule, les idées qui s'embrouillent, trop d'isolement dans la traversée des épreuves...bien joué! Mais facile pour un professionnel. Elle se serait méfiée d'un autre homme, mais là, il s'agit de celui qui devait l'aider.On connait la suite, il a réussi à la faire tomber... Mais c'est qu'elle l'a bien voulu, elle était consentante! Affirment avec force ceux qui n'ont rien compris!!! C'est ça l'emprise!

Quant à la sortie de cet enfer, il faut du temps, tout comme dans les cas de violences conjugales ou de secte. C'est un long travail.Dans son cas, un double traumatisme qui emporte tout, tel un tsunami à affronter.Elle aurait pu en mourir Marie, si la psychologue du CIDFF ne l'avait pas aidée dans un premier temps, puis encore actuellement la psychologue du commissariat, qui l'a empêchée de sombrer, la maintenant à flots, toujours présente. Elles sont essentielles dans les commissariats, ces psychologues. L'emprise, un sujet qu'elles connaissent bien, tout comme le consentement, ce qui permet de tendre la main à une femme qui a pris un uppercut et qui peine à se relever.

Marie ne comprenait pas qu'une femme, puisse accepter de vivre une relation, dans laquelle elle n'est pas respectée, n'est qu'un objet, un passe temps. Son médecin avait entendu ses grands principes, qui se finissaient par «je veux bien essayer de comprendre, mais quand même...». Elle a pris une leçon Marie, mais à quel prix!

Le Serment d’Hippocrate comportait dans sa version historique un paragraphe important:Dans quelque maison que j’entre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves.Pourquoi l'avoir supprimé, pour finalement ajouter timidement quelques commentaires aux annexes d'articles? C'est si difficile pour certains médecins de ne pas confondre leur cabinet médical avec un lieu de rencontre? Ah oui, comme le disait une psychanalyse: «C'est évidemment une transgression majeure inacceptable et destructrice, voire un délit...mais combien de couples se sont formés comme ça!»

«Je suis médecin, j'ai encore le droit de faire l'amour avec ma femme?»«Je vais être obligé de divorcer, c'est ma femme qui ne va pas être contente» «Bientôt, on va nous dire avec qui on peut faire l'amour»« elles peuvent dire non, elles ont le choix» Ces commentaires de médecins, et encore, les plus softs ont été choisis par respect pour la profession, sont plus que décevants. Comment, étant médecin, peut-on être aussi méprisant, rire, être parfois à la limite de la vulgarité, face à des femmes fracassées par un confrère? La pétition demande que chacun reste à sa place, et si la« belle histoire venait à naître», que le médecin transmette le dossier médical à un confrère et qu'il se pose les bonnes questions, c'est tout ce que demande la pétition. Est-il nécessaire de préciser qu'il n'y a pas dépôt de plainte, dans ces cas là? Quand à la plainte au pénal, celle de Marie a été classée sans suite. Motif : Absence d'infraction. Précision importante pour tous ceux, bien informés évidemment, qui pensent que la loi répond déjà à ces abus de faiblesse et d'autorité.

Un débat entre personnes informées

Serait-il possible d'entrer dans un vrai débat respectueux, de cesser d'être insultants et de prendre ces abus au sérieux. Alors que ces derniers mois, de nombreux cas de violences faites aux femmes ont été traités dans l'actualité,ceux-ci n'ont pas été abordés.Il n'y a pas deux sortes de victimes, certaines plus respectables que d'autres, moins dérangeantes que d'autres. Quant à se demander « si ce serait judicieux en terme d'image de marketting déontologique, d'inscrire clairement cet article dans le code de déontologie!»cette réflexion qui émane d'un professeur de droit sur France culture,Lien pourrait être une base de réflexion au débat actuel.

Madame Agnés BUZYN, Madame Marlène SCHIAPPA, a plusieurs reprises, vous avez dit que "la honte devait changer de camp", Marie attend une réponse.

 

 

 



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