La Santé en France malade de ses Généralistes

... le MG vint à son tour et dit: J'ai souvenanceQu'en une C d'un malade passant,la faim, l'occasion, la carte vert tendre, et je penseFrédéric aussi me poussant,Je tondis de celle-ci le tout en tiers payant.Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.A ces mots on cria Haro sur le MG.Une diabéto procurator s'écria d'un ton méchantQu'il fallait disqualifier ce médecin familialCe pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.Sa péccadille fut jugée un cas pendable.User de la carte d'autrui ! quel crime abominable !Rien que la honte n'était capableD'annuler leur forfait: Michel en fit son devoir...  

anpeste_1.jpg... le MG vint à son tour et dit: J'ai souvenance

Qu'en une C d'un malade passant,

la faim, l'occasion, la carte vert tendre, et je pense

Frédéric aussi me poussant,

Je tondis de celle-ci le tout en tiers payant.

Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.

A ces mots on cria Haro sur le MG.

Une diabéto procurator s'écria d'un ton méchant

Qu'il fallait disqualifier ce médecin familial

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

Sa péccadille fut jugée un cas pendable.

User de la carte d'autrui ! quel crime abominable !

Rien que la honte n'était capable

D'annuler leur forfait: Michel en fit son devoir...

 

 

 

La conférence de presse s'achève, « qui nous soignera demain » lance dépité et un brin inquiet le journaliste qui 5 minutes auparavant affirmait « je ne peux pas croire qu'un gouvernement libéral s'attaque à la liberté d'installation ! »

Pourtant on sent bien que cela se prépare et les chiffres de la démographie sont là, impitoyables et imparables, confirmés par l'officiel rapport Berland, il est déjà trop tard pour améliorer la situation des 10 prochaines années et nos énarques peuvent se contorsionner dans tous les sens, leur surdité chronique à nos arguments les a conduit face à une équation insolvable: sachant que 46% des médecins généralistes ont entre 50 et 59 ans et que l'accroissement de leur population n'est guère que de 1% par an combien en restera-t-il dans 10 ans ?

Faisons simple, 46% s'en vont et 10 % arrivent cela fait un déficit de 36% par rapport à aujourd'hui où tous sont déjà si occupés le jour qu'ils ne peuvent assurer les nuits ! Vous comprenez la réflexion du journaliste. C'est d'ailleurs une angoisse nouvelle et montante pointée par les médias au sein de la population française, la peur de ne pas être soigné.

Alors je me pose deux questions:

 

Qui veut voir disparaître les médecins spécialistes en médecine générale ?

Qui a intérêt à faire disparaître « ces pelés, ces gâleux » ?

 

A la première je pense que l'on peut répondre certains «loups à la harangue facile» pour qui les généralistes sont les "empêcheurs de tourner en rond", ceux qui gardent les patients au delà de leurs compétences voire qui ne sont pas compétents (cf les déclarations du procurator SACHON sur RMC).

Un syndicat polycatégoriel n'a-t-il pas d'ailleurs pas tout fait pour annuler la convention spécifique à la médecine générale et son fer de lance le contrat référent ! Et n'a-t-il pas outrageusement favorisé la médecine spécialisée au sein du parcours de soins allant jusqu'à interdire de majoration de coordination les seuls médecins généralistes ?

Certains dirigeants politiques et de caisses pensent également que les généralistes sont des incompétents dispendieux et que l'on pourrait sous-traiter la bobologie que ces "tondeurs de cartes vertes" assument à grands frais par les auxiliaires médicaux.

 

Et qui a intérêt à leur disparition ? Les même que précédemment auxquels il faut rajouter les assureurs et autre mutuelles qui lorgnent sur ce pactole juteux, l'énorme budget de la protection sociale. Pour eux l'équation est simple, à la manière de ce qui se passe aux USA, tout ce qui est rentable par ici, la charité publique à la charge de l'état, et le medicare n'a rien à voir avec la CMU d'abord parce qu'il ne concerne pas les moins de 65 ans sauf a être nécessiteux, handicapé ou insuffisant rénal et attendez vous à voir des patients mourir en direct dans l'indifférence ! Certains industriels également, fournisseurs de matériels aux spécialités techniques: pour eux les généralistes et autres spécialités purement intellectuelles (pédiatres, psychiatres, voire rhumatologues) sont inintéressants, ils ne "consomment" pas de "machines" !

 

Enfin qui n'a pas intérêt à la disparition des «baudets» ?

Les patients bien entendu, les généralistes sont le dernier rempart des plus faibles, et des plus malades. je l'ai souvent répété en direction des associations de malades et notamment du CISS et de son président Christian SAOUT qui "attaque" souvent LES médecins sans distinction.

Mais aussi le monde de la santé qui devrait se passer de ce maillon central, celui de la synthèse, de la cohérence des interventions et des traitements, du premier recours et de la continuité des soins.

Mais aussi la France et sa protection sociale dont les budgets flamberaient, nous avons l'exemple de pays ayant fait ce choix: invariablement les coûts flambent et les indicateurs sanitaires et sociaux baissent

 

Alors tu critiques depuis des mois, voire des années,

si demain tu étais en charge du dossier tu proposerais quoi ?

On peut toujours rêver comme le disait si bien Martin-Luther et plus récemment ici bas Dominique !

Je crois qu'il faudrait prendre le problème à son commencement, c'est-à-dire par l'enseignement; il faudrait confier l'enseignement de la médecine générale aux généralistes et pour cela nommer le nombre d'enseignants nécessaires, pas 8/50 comme cette année ! Et leur allouer les budgets et rémunérations adéquats.

Ensuite il faudrait rééquilibrer la médecine générale et la médecine spécialisée en s'orientant progressivement (on ne peut le faire d'un coup sur une année) vers un ratio 70/30. Puis s'occuper du système de distribution de soins articulé sur le principe d'une filière à partir du généraliste dont la fonction serait réévaluée au niveau de celle des spécialistes: pour cela sa rémunération serait diversifiée panachant un paiement à l'acte et au forfait .

Au niveau du secteur hospitalier la transparence serait de mise avec une tarification identique entre secteur public (hôpitaux) et privé (cliniques) et le rédéploiement massif de lits hospitaliers en lits de moyen et long séjour pour patients âgés: nombre de lits hospitaliers au coût prohibitif pour cette fonction sont occupés par des personnes âgées relevant de moyens séjours.

Toujours dans un soucis de transparence et de réalité des coûts les enveloppes de la médecins hospitalière et de ville seraient bien distinctes y compris pour les consultations externes des hôpitaux qui seraient bien imparties sur leurs budgets (alors qu'aujourd'hui elles sont comptabilisées avec la médecine de ville).

Pour la médecine de ville, le médecin traitant serait "responsable" de tout le parcours de soins de son patient et de son coût y compris hospitalier et il recevrait annuellement le récapitulatif des soins et coûts de son patient.

Enfin au niveau de la sécurité sociale j'abandonnerait la structure hiérarchique centraliste et bureaucratique au profit d'une indépendance totale des caisses régionales qui seraient alors mises en concurrence...

Mais selon que vous serez puissant ou misérable ...

 

Avec mes hommages et excuses à Jean De La Fontaine (1621 - 1695) pour la parodie de sa fable «Les animaux malades de la peste (Livre VII, fable 1)

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