Retraites, la quadrature du cercle observée par le soignant

Entre allongement de la période de cotisation, statu quo du taux de cotisations, maintien du taux des pensions et possibilité de partir à 60 ans, les partenaires sociaux se trouvent bien face à une équation insolvable.Comment la France est-elle arrivée à une telle situation ?

Entre allongement de la période de cotisation, statu quo du taux de cotisations, maintien du taux des pensions et possibilité de partir à 60 ans, les partenaires sociaux se trouvent bien face à une équation insolvable.

Comment la France est-elle arrivée à une telle situation ?

Par démagogie, alors que déjà dans les années 80 certains pays repoussaient l'âge de départ à la retraite, François MITTERRAND, au cours de son premier septennat l'abaissait à 60 ans: en fait l'âge de départ légal et normal demeurait à 65 ans (ce qui est toujours le cas et cela est souvent méconnu), mais les français avaient la possibilité de faire valoir leurs droits à la retraite à partir de 60 ans.

Encore fallait-il avoir validé 160 trimestres (40 années de travail), c'est-à-dire avoir commencé sa vie professionnelle à 20 ans ce qui était encore assez fréquemment le cas pour cette génération entrée dans la vie active dans la décennie 1940-1950.

Au cours des 2 décennies qui ont suivi (1980-2000) la France a connu des départs massifs en pré retraite dans la fourchette d'âge 55-60 ans, licenciements déguisés en cette période de bouleversements économiques, départs venant alourdir la charge du régime vieillesse.

 

En 2008, Xavier BERTRAND alors en charge du dossier réunissait les partenaires sociaux et il en ressortait un allongement de la période de cotisation (1 trimestre de plus par année jusqu'en 2012 ce qui faisait passer la période de cotisation pour une retraite sans décote de 160 à 164 trimestres (41 ans) à l'orée de 2012 et il nous promettait l'équilibre pour 2012 (voir le site du gouvernement).

 

Aujourd'hui en 2010 nous sommes à mi-parcours et les partenaires sociaux vont reprendre l'équation, mais que peut-il donc en sortir en dehors d'un nouvel allongement de la période de cotisation ? Juste peut être un texte de Loi qui ne sera pas voté en catimini pendant l'été comme la dernière fois, du moins c'est ce à quoi s'est engagé hier 15 février 2010 le Président de la République.

 

Encore quelques années et il faudra avoir commencé à cotiser donc à travailler dès sa naissance pour pouvoir partir à la retraite à 60 ans ! Et je caricature à peine.

 

Qu'en est-il sur le terrain ? Et bien le médecin que je suis constate que la France est le pays des injustices en matière de régime vieillesse:

 

- Il n'est pas tenu compte de la pénibilité du travail dans le décompte des points de retraite, ainsi à l'âge du départ et souvent quelques années auparavant j'observe en consultation des travailleurs du bâtiment et des travaux publics usés au niveau musculo-squelettique et des militaires ou des fonctionnaires de police, EDF, SNCF, RATP en pleine forme: pourtant ces derniers partent en retraite bien avant les travailleurs du BTP; cherchez l'erreur !

 

- Celui qui travaille au delà des 162 trimestres légaux en 2010 le fait pour la gloire, ou presque, en effet son régime de base ne comptabilisera pas ces points supplémentaires bien qu'il doive obligatoirement y cotiser.

 

- En 2010 le différentiel entre la pension CRAM d'un travailleur (qui est d'ailleurs souvent une travailleuse) qui a cotisé 40,5 années et un(e) français(e) qui n'a jamais travaillé et bénificie du minimum vieillesse n'est que d'une centaine d'euro. Ce que je trouve injuste, ce ne sont pas les 670 € du minimum vieillesse qui permettent à peine de survivre mais les 800 € de 40,5 années de travail.

A ce régime s'en sortent les couples et les français(e) propriétaires, les locataires voient 50% de leur retraite absorbés par un loyer et il ne leur reste que très peu pour s'alimenter, se soigner ...

 

- Enfin les partenaires sociaux veulent désespérément allonger la période de cotisation mais dans les faits les jeunes ont de plus en plus de mal à entrer dans la vie active les employeurs leur reprochant de manquer d'expérience et les plus de 55 ans à garder ou retrouver un travail les entreprises leur reprochant leur coût et leur âge !

 

- Certes avec une démographie défavorable (plus de retraités que d'actifs) le tout répartition montre ses limites, mais encore faut-il que les revenus en activité soient suffisant pour permettre l'épargne nécessaire à une capitalisation complémentaire, et c'est loin d'être le cas pour la majorité de nos concitoyens (comment épargner avec 1 SMIC).

 

C'est bien la quadrature du cercle vous dis-je.

 

Dr Marcel Garrigou-Grandchamp, Lyon 3è, UNION GENERALISTE

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