Le point de "vue" d'Arnaud Montebourg

 Comme un certain nombre de Français j'ai écouté le ministre de l'économie le 24 août 2014 prononcer son discours lors de sa "fête de la rose" dans son fief de Frangy-en-Bresse. A part l'envie de lui rappeler les célèbres propos d'un autre trublion du PS, Jean-Pierre Chevènement, sur la conduite à tenir d'un ministre quand il n'est plus d'accord avec le gouvernement auquel il participe, je suis resté interrogatif quant à sa charge en direction des professions réglementées.

monteb_0.png Comme un certain nombre de Français j'ai écouté le ministre de l'économie le 24 août 2014 prononcer son discours lors de sa "fête de la rose" dans son fief de Frangy-en-Bresse. A part l'envie de lui rappeler les célèbres propos d'un autre trublion du PS, Jean-Pierre Chevènement, sur la conduite à tenir d'un ministre quand il n'est plus d'accord avec le gouvernement auquel il participe, je suis resté interrogatif quant à sa charge en direction des professions réglementées.

En effet, qui les réglemente si ce n'est l'état, et qui ne les réforme pas depuis des décennies si ce n'est encore l'état.

Sa charge envers ces professions est l'illustration du nivellement par le bas voulu par Bruxelles dont il dénonce justement les méfaits sur le plan économique: actes juridiques sans juriste, médicaux sans médecin ...

Et nous avons eu droit à son point de "vue" sur quelques exemples comme les médecins ophtalmologistes:

Il a attendu 9 mois pour obtenir une consultation (entendez le renouvellement de ses lunettes): d'une part c'est faux, les urgences vraies (et non ressenties) sont prises rapidement, les établissements low coast sont en train de coloniser les grandes villes, certes il ne doit pas y en avoir encore à Frangy-en-Bresse mais surtout qui est responsable de la pénurie de médecins ophtalmologistes si ce n'est l'état et les divers gouvernements qui se sont succédés depuis 30 ans ?

Qui règle le nombre de médecins à former dans chaque spécialité via le numérus clausus ? Et il faut savoir que ce nombre n'a rien à voir avec les besoins réels en santé publique dans notre pays mais dépend des besoins en internes dans les divers services des hôpitaux.

Qui rend actuellement l'exercice de la médecine en libéral intenable ? Et le problème des ophtalmos va se retrouver rapidement dans la plupart des spécialités y compris en médecine générale. Et le syndicat de médecins FMF tire la sonnette d'alarme depuis des années notamment dans ces colonnes.

Qui a diligenté une vague de contrôles sur les médecins ophtalmologistes qui justement employaient des orthoptistes salariés pour désengorger les consultations d'optométrie ?

Enfin, et n'en déplaise à Monsieur Montebourg la consultation d'ophtalmologie ne se résume pas à l'optométrie et à la prescription de lunettes ! La consultation d'ophtalmologie permet l'examen de l'appareil visuel dans son ensemble, avec pour faire simple un examen du cristallin et de la chambre antérieure (dépistage de la cataracte), de la pression intra oculaire (dépistage du glaucome), de l'état de la rétine (DMLA, rétinopathie diabétique ou hypertensive...)

Maintenant les ophtalmologistes sont bien d'accord pour confier l'optométrie, et il la délègue d'ailleurs déjà bien souvent à des orthoptistes salariés et/ou à des machines (réfractomètre), mais ce n'est qu'une infime partie de leur consultation.

Laisser croire qu'il y a "embouteillage" pour le changement des lunettes est un mensonge aux français, l'embouteillage concerne bien les pathologies plus lourdes de la vision et le laxisme des pouvoirs publics est monumental. Un exemple le différentiel de prix LUCENTIS® /AVASTIN ® dans le traitement de la DMLA que je dénonçais en 2008 dans un article au sein de ces colonnes ! L'AVASTIN a obtenu l'AMM cette année et il a donc fallu 6 ans et un surcoût abyssal aux pouvoirs publics pour autoriser son utilisation (200 millions d'euros par an, sur 6 ans cela fait 1,2 milliards d'euros qui auraient pu être économisés).

Et le déficit en ophtalmologistes est devenu tel que le premier acte de télémédecine a obtenir le remboursement par l'assurance maladie est l'examen du fond de l'œil: l'orthoptiste prend un cliché du fond d'œil sans dilatation et le transmet par voie numérique à un ophtalmologiste à distance qui l'interprète. Les 2 professionnels sont rémunérés pour cet examen en coopération.

J'ai écouté le ministre jusqu'au bout; les diagnostics sont souvent exacts mais sa mouvance politique a largement contribué aux causes, ou étiologies (pour garder un langage médical) de ce qu'il vient aujourd'hui dénoncer, et la seule image qui me vient en tête est celle du pompier-pyromane criant au feu pour circonscrire l'incendie qu'il a patiemment allumé !

Dr Marcel GARRIGOU-GRANDCHAMP, Lyon 3è, Spécialiste en Médecine Générale, Cellule Juridique FMF

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