La Banque publique d'investissement, (BPI) une occasion manquée de créer un pôle public financier

Banque publique d'investissement, une initiative hors d'un contexte de renforcement d'un pôle public financier

Premier engagement du candidat à la Présidence de la République, la mise en place de la Banque publique d'investissement (BPI) devient quelque dix mois après les élections un opérateur public financier en charge d'encourager le financement des petites et moyennes entreprises, des entreprises de taille intermédiaire et des entreprises innovantes. Le casting de direction de l'institution est soigné : présidée par Jean-Pierre Jouyet, ancien élève de l'ENA, membre de la prestigieuse promotion ''Voltaire'', femmes et hommes de pouvoir, aux commandes du destin de la France d'aujourd'hui. Monsieur Jouyet a occupé de hautes missions dont la direction générale de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) ou la présidence de l'Autorité des marchés financiers (AMF). Il fut Secrétaire d'État chargé des Affaires européennes sous le gouvernement du règne de Sarkozy. La BPI sera dirigée par Nicolas Dufourcq, un ex-directeur financier et numéro deux de la multinationale Capgemini, une des plus grandes multinationales dans le secteur des services informatiques.

Pour ce qui concerne les questions de gouvernance, parmi les douze membres du Conseil d'administration, réunis pour la première fois le 21 février 2013, on relève deux représentants des régions, en la personne de Ségolène Royal et de Jean-Paul Huchon. Ces deux présidents de Région sont sensés impliquer les collectivités locales dans la direction, dans la vision stratégique et dans l'allocation des ressources, tenant compte des préoccupations et priorités des territoires. Ces deux administrateurs disposent de fonctions prestigieuses et d'un statut particulier dans le Comité national d'orientation ou se discutent les choix entre représentants de l'Etat, des Régions, des syndicats et des patrons.

Au demeurant, chaque région disposera d'un guichet unique supposé venir en aide aux entreprises implantées. Pour des raisons de transparence et de bonne gouvernance et pour s'éloigner des scandales des rémunérations outrancières des dirigeants de banques, et comme pour rappeler qu'il s'agit bien d'un opérateur public, il est expressément indiqué que les conditions de rémunération de cet état-major de la BPI seront soumises au contrôle de l'Etat" et le cas échéant publiées annuellement.

Dans une situation de crise systémique qui menace dangereusement les équilibres macroéconomiques et financiers de la France, les nobles objectifs de relance de la compétitivité des entreprises et de création d'emplois assignés à la BPI, étaient auparavant sensés être assurés par des opérateurs aussi financiers que publics, comme OSEO, spécialisé dans les prêts aux PME et dans le soutien à l'innovation, mais aussi par la Caisse des dépôts et consignation, copropriétaire de la BPI, une ancestrale institutions qui veille depuis près de deux siècles, sous le contrôle partiel du Parlement, au financement d'activités d'intérêt général pour le compte de l'État et des collectivités territoriales, ou par le Fonds stratégique d'investissements (FSI). Question de moyens d'intervention, la BPI disposera d'un budget non négligeable de 42 milliards d'euros. Son capital social de bien moindre importance, sera détenu, à parts égales par l'État et la Caisse des dépôts et consignation, elle-même gigantesque opérateur public, intervenant dans une multitude de secteurs d'activités dites d'intérêt général et partenaire d'une fouletitude d'opérateurs publics et privés, dont certaines à renommée douteuse.

Cette démarche d'un gouvernement socialiste à idéologie foncièrement partisane pour une économie sociale de marché fortement inspirée des doctrines libérales, néolibérales et ultralibérales ne semble pas des plus appropriées, sauf à être démenti par les faits dans l'avenir, s'agissant d'une institution récente et non encore opérationnelle. Malgré un discours volontariste du candidat aux élections présidentielles qui faisait de la nécessaire régulation des opérateurs financiers et bancaires une préoccupation majeure de son mandat, une fois élu, on ne ressent aucune volonté de domestiquer ce secteur d'activité aux mains d'opérateurs voraces, avides de profits excessifs, de dimension mondiale et dominé par le secteur privé. Il n'y a aucune analyse claire et lisible sur le besoin de renforcer les opérateurs publics, coopératifs et associatifs, qui fonctionnent tant bien que mal, pour moraliser et constituer un contre poids aux pratiques néfastes des financiers et banquiers privés, responsables de la crise qui sévit depuis 2008.

En ce domaine comme dans celui de la fiscalité, l'impression est qu'en France, les pouvoirs publics au service d'un capitalisme mondial triomphant, ne prennent de timides initiatives de circonstance que pour répondre à une situation d'urgence, soulager les contraintes structurelles ou conjoncturelles qui pèsent sur le secteur privé et surtout mettre ces initiatives toujours en perspective et au service des intérêts du secteur privé et du grand capital français, européen, voire international.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.