Regard d’un élu local sur les liens entre les JOP et politiques sportives

Eric MORISSE, maire adjoint au développement de la pratique sportive à La Courneuve (93), ville hôte des ( Jeux Olympiques et Paralympiques) 2024, apporte son regard sur les enjeux du développement du sport pour les années à venir. Pour lui si la maîtrise publique est positive, toutes les batailles pour davantage d’investissement sont à mener lors des prochaines échéances politiques de 2020, mais aussi 2022.

Comité JOP 2024 : Analyse du contexte depuis l’attribution des JOP : quels sont vos premiers ressentis des effets JOP sur les politiques sportives ?

Eric MORISSE :

Sur le fond, d’un point de vu national, territorial et même local, les JOP sont clairement un accélérateur extraordinaire de politiques publiques. C’est l’évènement sportif planétaire qui nourrit toutes les passions. Des envies de performance et d’excellence qu’elles soient sportives, professionnelles et politiques. Les JOP transportent des vies, transforment des quartiers et façonnent des avenirs. Les émotions partagées des peuples en communion y sont même si fortes qu’elles sont capables de pousser les Etats ennemis vers la Paix.

Quant au sport business avec l’avidité des mercantiles, les JOP comme ses héritages restent à l’image des pays où ils s’y déroulent. C’est le problème du CIO dans cette fin de cycle pour redessiner un nouvel objectif aux Olympiades mais aussi la raison des enjeux partagés CIO et Paris 2024 pour des JOP transformés, humains et durables.

Dans ce contexte, et de manière opportune, le gouvernement réalise un changement structurel de gouvernance par la création de l’agence nationale du sport (ANS). La majeure partie de sa gouvernance est rétrocédée aux régions et métropoles tout en coupant dans les soutiens aux investissements.

Concernant le projet olympique en lui-même, la structuration en maîtrise publique avec un COJO* qui organise les jeux et la SOLIDEO** qui réalise les équipements est la résultante du choix français qui n’a pas été celui des précédentes villes hôtes. Londres (2012) et Rio (2016) avait privatisé ces organismes et j’ai vu l’échec en matière d’héritage pour les populations. Pour Paris 2024, l’élection présidentielle de 2022 sera l’étape structurante de ce pilotage. Si des batailles doivent être menées dès aujourd’hui pour l’accès de toutes et tous à la pratique sportive, un gouvernement libéral ne fera pas les mêmes choix qu’un gouvernement écologique et social.

Enfin, pour soulever une question qui n’est pas posée ici, une de mes préoccupations concerne le retard pris sur l’enjeu d’accueil des publics venant de toute l'hexagone et d’outre-mer ; je pense tout particulièrement aux bénévoles comme aux familles des athlètes. Cette bataille n’a pas encore été menée par le politique et seule la société multinationale Airbnb s’est positionnée avec un partenariat avec le CIO.

Si nous souhaitons faire des JOP une fête populaire et un levier de transformation, il est nécessaire que les pouvoirs publics s’en saisissent et mènent les batailles idéologiques qui s’ouvrent à nous.

*COJO : Comité d’organisation des jeux olympiques

**SOLIDEO : Société de Livraison des équipements olympiques (villages olympique et des médias, sites de compétition et d’entrainement)

 

Comité JOP 2024 : Comment faire face à l’ambition d’amélioration de l’accès à la pratique physique et sportive pour toutes et tous ?

Eric MORISSE :

La course aux médailles a été plutôt abandonnée aux profits d’une communication sur l’augmentation des pratiques physiques et sportives. Un virage salutaire qui répond aux orientations du CIO comme à l’objectif porté par les politiques : augmenter le taux d’activité physique après la stagnation remarquée depuis début 2000 à 60%.

Le label « Terre de jeux » est plutôt dynamique pour construire un réseau des territoires de Paris 2024. C'est à la fois un réseau de partage d’outils de communication et un levier incitatif d'actions sportives, montant et descendant. Pour ma part, il peut être utile et répondre aux besoins attendus d'un rayonnement local, mais les questions d’investissement pour le développement de la pratique sportive restent centrales.

L’investissement de 1,5 milliards d’euros d’argent public est majoritairement fléché sur le village olympique et seulement 70 millions sur les équipements sportifs. Suite au protocole d’investissement du 14 Juin 2018 et aux discussions avec les collectivités concernées, une partie de cet investissement va permettre d’augmenter particulièrement le nombre de piscines et de bassins dans le 93, département sous dotés.

De même, l’exemple de la ville de Paris et du département de Seine-Saint-Denis qui financeront pour 25 millions d’euros la nouvelle piscine d’entrainement olympique à La Courneuve alors qu’ils ne voulaient pas mettre un euro sur la réhabilitation de la piscine de Marville, futur site d’entrainement, est symptomatique.

 

Comité JOP 2024 : Quel est votre point de vue sur les critiques portées à un héritage qui serait top faible en matière d’installations sportives au regard des besoins ou au risque de rester dans de la communication « colorée JOP » ?

Quelles perspectives concrètes dans votre collectivité d’ici l’ouverture des JOP de Tokyo à l’été 2020 ?

Eric MORISSE :

L’anticipation de l’augmentation des demandes sportives n’est assurément pas prise en compte par l’Etat, la région ou le département de Seine-Saint-Denis principalement organisés par la bonne réalisation des JOP. Les EPT n’ont pas les compétences sportives et les communes devront supporter seules l’afflux des demandes sportives. Notre commune est un cas particulier car au cœur du projet olympique, mais nous restons vigilants quant aux volontés de privatisation des espaces et des équipements.

Dans cette perspective de hausse du nombre de pratiquants, les baisses des dotations publiques et des possibilités investissements seront autant de handicaps dans la rénovation du patrimoine sportif vieillissant. C’est un enjeu majeur pour la décennie à venir avec plus de 22% des installations ayant 50 ans d’âge. Un plan d’investissement public de 22 milliards sur 4 ans au budget de l’Etat apporterait une réponse proportionnelle et durable aux attentes locales. Un plan qui doit être porté par toute la population et par l’ensemble des élus locaux.

 

Pour aller plus loin :

==> Conseil d’Administration de l’Agence Nationale du Sport, le bloc local déplore la baisse des engagements destinés aux équipements sportifs (décembre 2019) : http://www.andes.fr/278542/ca-de-lagence-nationale-du-sport-le-bloc-local-deplore-la-baisse-des-engagements-destines-aux-equipements-sportifs/

==> État des besoins selon le ministère des sports : http://www.sports.gouv.fr/IMG/pdf/etudeeszus_oct2014.pdf

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