Soit l'économie par le marché.
Considérons les FAITS ; considérons en particulier avec quelle constance et quelle opiniâtreté, tous les matins du monde, quoi qu'il en soit de leurs rêves et de leurs frustrations, et pourtant... trop heureux (que l'on songe ici à l'Hydre du chômage !), les hommes et les femmes se rendent à leur travail. Ce qui se trouve ainsi ‘'prouvé'' de fait n'est-il pas ceci : que, comme mode de gestion du ‘'réel'', c'est majoritairement que l'économie par le marché se trouve perçue comme... plus adéquate que toutes celles que l'Histoire a donné aux hommes et aux femmes d'avoir pu expérimenter (historiquement, l'économie par le troc et, ceci étant évidemment autrement significatif -l'expérience de la planification de l'économie russe ne date-t-elle pas d'''hier'' ?- l'économie par... la suppression du marché) ?
Mais soit maintenant ce qui est LA ‘'loi'' de l'économie par le marché, savoir la valorisation des biens ‘'par la confrontation sur le marché de leur offre et de leur demande''. Or, sur le marché, l'offre et la demande des biens ne sont-elles pas toutes deux des FONCTIONS du PRIX ? Ce que l'on peut alors dire de l'économie par le marché n'est-il pas ceci : qu'en tout état de cause, ce qu'elle PRESUPPOSE est qu'avant marché (AVANT marché !), les biens existent AVEC UN PRIX ? Et cela, qu'en économie par le marché, NECESSAIREMENT, les biens existent AVANT marché AVEC UN PRIX, cela ne veut-il pas dire qu'ECONOMIQUEMENT (c'est-à-dire en tant qu' il peut EFFECTIVEMENT être comparé, additionné, multiplié... -en un mot : ''modélisé'' -tout ceci en dépit de son hétérogénéité), ce que c'est que le réel, c'est le réel EN TANT QU'IL EST DOTE D'UN PRIX ; et donc le réel moyennant l'interposition de la monnaie ?
Soit alors à nouveau (voyez le précédent article de la présente Edition : ‘'La Crise, le modèle de 2008'') l'''épouvantable'', le ‘'terrible'', l'''horrifique''... automne 2008 (‘'1929, le retour'' -comme il a bien fallu que mêmes les plus béat(e)s des ministres des finances en convinssent !) ; tout ‘'actif'' monétaire étant un droit sur le réel, comment ne pas souscrire à ceci : la Crise, c'est, partagé par tous les ‘'agents'', le sentiment de la totale ‘'extravagance'' de la monétisation du réel ? Et si, unanime, le sentiment des ‘'agents'' est qu'''il y a trop de monnaie'' (infiniment trop !) que, par conséquent, leurs droits sur le réel se trouvent arithmétiquement réduits en proportion (savoir... infiniment), l'''idée'' qui prévaudra ne sera-t-elle pas que, si ‘'la Crise c'est une question de confiance'', ainsi que les ‘'experts'' le psalmodient en boucle pour nous (se ?) rassurer, ‘'ce qu'il faut pour en sortir'', c'est effectivement revenir à une bonne monétisation du réel ?
Sauf que... tel est exactement LE problème ! : les ‘'agents'' devant être persuadés que, monétisé ainsi qu'il l'est à l'instant t, le réel se trouve l'être ainsi qu'il doit l'être (c'est-à-dire de telle façon que, toute espèce de doute à ce sujet pouvant être levée, alors, c'est qu'on ne sera plus... en Crise), ce résultat-là, comment l'atteindre ?
A cet égard, cette mesure étant justement celle proposée et mise en œuvre fin 2008 début 2009 par les institutions en charge de la monétisation, ceci à la fin de justement ‘'rétablir la confiance'', soit le renflouement ‘'massif'' des banques, ici (aux Etats-Unis) pour rien moins que... 700 milliards de $ ! là (en Europe) pour... 350 milliards d'€ ! ailleurs (en Angleterre) pour... 65 milliards de £ ! ailleurs encore (en Russie) pour... 300 milliards de Roubles ! encore ailleurs (au Japon) pour... 1 000 milliards de Yens ! etc, etc... Or ‘'voilà'', qui peut assurer que, lorsque l'Histoire aura tranché, n'apparaîtra pas que ce dont les banques avaient en réalité besoin, c'était... de bien plus, ou (au contraire !)... de bien moins, voire... d'aucune de ces (himalayennes) ‘'montagnes d'argent'' ? Qui peut dire que, plus tard, n'apparaîtra pas que cette ‘'médecine'' des institutions en charge de la monétisation n'a fait, en réalité que participer... du ‘'n'importe quoi'' qui, en la matière, depuis tant d'années, ‘'au cœur même du système'', aux Etats-Unis (décidément, voyez tous les censeurs d'aujourd'hui d'Alain Greenspan -exactement ses encenseurs d'hier : les... mêmes !) était la règle ? Sans compter en effet, qu'imaginer que, par la politique qui a provoqué la faillite des banques (répétons-le, ‘'la politique de l'argent facile''), par cette même politique (la même !) on allait cette fois... les faire prospérer, cela, évidemment, a toutes les chances d'être un jour vu comme les délires d'esprits ayant quelque peu battu la campagne : malheureusement, les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, ce que l'on doit attendre d'un soutien sans principes aux banques est qu'il conduira à... une nouvelle crise (celle par exemple que d'aucuns ‘'analysent'' déjà comme résultant de ‘'l'éclatement de la bulle des emprunts d'état''), une crise qui, fort probablement, sera ‘'encore pire'' que celle dans laquelle, depuis septembre 2008, le monde se trouve plongé ?
Quant à l'idée que, concurremment au renflouement des banques, ce serait en agissant sur l'économie ‘'réelle'', c'est-à-dire en soutenant cette fois l'activité des entreprises (pour éviter qu'elles ‘'réduisent la voilure''), que l'on pourra juguler la Crise ?... Mais, soutenir l'activité des entreprises, n'est-ce pas très exactement... ‘'la politique de l'argent facile'', savoir... la politique même à laquelle, après la catastrophe de l'automne 2008, la responsabilité de la crise... a été imputée !
D'où LA question : si la crise, c'est le ‘'n'importe quoi'' de la monétisation du réel, ‘'l'inverse'', c'est-à-dire sa bonne monétisation (et donc l'‘'équilibre'' voire l'''harmonie'' de l'économie), comment l'atteindre ?
Authentique sine qua non, le premier pas est de SORTIR de l'approche de l'économique par la so-called dichotomie ‘'réel''/''monétaire'' (ici le ‘'réel'', là, la monnaie) ; or, c'est maintenant ce que nous allons voir, la dichotomie, c'est l'économie par le marché...
(à suivre)
Jean Tramuset