Billet de blog 6 sept. 2010

Le projet en débat à l'Assemblée Nationale (3): quand la droite se lâche…

Ce qui est intéressant ici, c'est de voir que ce que l'on peut prendre pour des mesures incroyables n'est qu'une version édulcorée de ce que voudrait la droite (UMP et Nouveau Centre). Les gouvernements, de droite comme de gauche, doivent mesurer les actions aux réalités sociales (et donc à ce qui est acceptable par suffisamment de personnes pour ne pas se mettre en insécurité physique...) alors que les idéologues peuvent se lâcher et dévoilent le sens général des mesures prises, l'aboutissement voulu mais non encore atteint ... et dans le cas qui nous préoccupe aujourd'hui, ça fait peur !

Thomas PETIT
Représentant syndical
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Ce qui est intéressant ici, c'est de voir que ce que l'on peut prendre pour des mesures incroyables n'est qu'une version édulcorée de ce que voudrait la droite (UMP et Nouveau Centre). Les gouvernements, de droite comme de gauche, doivent mesurer les actions aux réalités sociales (et donc à ce qui est acceptable par suffisamment de personnes pour ne pas se mettre en insécurité physique...) alors que les idéologues peuvent se lâcher et dévoilent le sens général des mesures prises, l'aboutissement voulu mais non encore atteint ... et dans le cas qui nous préoccupe aujourd'hui, ça fait peur !

Cet article ne reprend que les interventions particulières. Il faut donc préciser que la plupart des commentaires des membres du groupe UMP et Nouveau Centre ont commencé par une attaque vis-à-vis de l’opposition et des éloges vis-à-vis du projet gouvernemental.

M. Yves Bur. (UMP, Bas-Rhin) « (…) En mettant fin à la fuite en avant, au financement par la dette, cette réforme est un acte moral. Elle constitue un signal d’espoir pour les jeunes, qui n’ont pas vocation à être les payeurs de notre irresponsabilité. ( …) »

Il oublie que ce sont ces même jeunes qui seront au chômage plus longtemps à cause de cette réforme, tout en devant travailler 2 ans de plus minimum pour avoir leur retraite. S’il pense qu’éloigner l’horizon de la retraite est un signal d’espoir, nous ne pouvons que déplorer sa méconnaissance des réalités.

M. Yannick Paternotte. (UMP, Val d’Oise) « Préparer l’avenir exige de sauver le système de retraite par répartition, mais aussi d’organiser le deuxième pilier qui est celui de l’épargne retraite. Dans cet objectif, j’ai déposé, avec de nombreux collègues, huit amendements après l’article 32, avant le titre VI, qui visent à renforcer le rôle de l’épargne retraite afin d’augmenter en France les revenus de substitution, d’offrir une plus grande liberté de choix aux ménages pour orienter leur épargne à long terme, privilégiant en particulier l’accession à la propriété, et de préparer la dépendance. (…)

Nous proposons pour cela quelques grands axes : assouplir le fonctionnement du PERP en le rendant plus attrayant, au moyen notamment de sorties anticipées en vue de la retraite, par exemple pour acquérir ou remettre en état la résidence principale, créer un avantage fiscal en cas de dépendance, mettre fin au double prélèvement de la CSG et de la CRDS sur le capital investi – anomalie de la loi de 2003 –, flécher vers l’épargne retraite la participation et l’intéressement, automatiquement investi dans le PERCO sauf avis contraire du salarié, instaurer des possibilités de transfert entre l’assurance-vie et l’épargne retraite, ouvrir, enfin, la possibilité de mettre en place, par accord interprofessionnel, un PERP et un PERCO pour les salariés non couverts par les dispositifs d’épargne retraite professionnelle. (…) »

Nous voyons ici l’objectif final : laisser de la place à la capitalisation ! Bien sur, la capitalisation est officiellement rejetée. Mais qu’est-ce que l’épargne retraite si ce n’est de la capitalisation ? Il faudra m’expliquer…

Or il oublie de dire que soit l’épargne est obligatoire et il s’agit d’une cotisation qui n’ira pas vers le système solidaire par répartition tout en diminuant un pouvoir d’achat déjà faible, soit elle est volontaire et ne sera accessible qu’à ceux qui gagnent suffisamment pour mettre de côté. Dans tous les cas, les mesures d’aide à la capitalisation, pardon, l’épargne retraite, sont toujours des ressources qui ne permettront pas d’équilibrer le système par répartition.

Enfin, posons-nous la question : qui est surendetté et qui épargne ? En répondant, nous pouvons savoir qui pourrait bénéficier de ce « deuxième pilier »…

M. Dominique Tian. (UMP, Bouches du Rhône) « Contrairement à nombre de nos collègues, je considère que le projet fait montre d’une extrême modération, en particulier lorsque l’on s’avise de la politique de nos voisins européens – en particulier allemands et espagnols. J’ajoute que ce texte répare l’erreur socialiste historique que fut l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans, lequel a mis en danger l’ensemble de notre système. (…)

J’ajoute que le départ à la retraite à l’âge de 62 ans ne s’appliquera pas au million de fonctionnaires classés en catégorie active et ayant donc des emplois présentant un risque particulier ou des fatigues exceptionnelles. N’est-il pas temps de mettre un peu d’ordre dans cette classification datant de 1853 ? Les douaniers, les agents d’entretien, les aiguilleurs du ciel prennent-ils des risques particuliers et sont-ils exceptionnellement fatigués ? Les salariés qui travaillent dans le secteur privé et qui, eux, ont des métiers pénibles dans le bâtiment ou les transports, l’artisanat ou l’agriculture, en doutent fortement alors qu’ils voudraient bien partir à la retraite à l’âge de 50 ans. »

La première partie montre qu’il s’agit bien d’une revanche sur les socialistes. Il oublie bien sur que si les socialistes n’avaient pas pris cette mesure de progrès social, le chômage aurait été encore plus élevé qu’il n’a été mettant non seulement en danger le système de retraite mais plus encore la société dans son ensemble !

La deuxième partie montre combien ces personnes sont éloignées de la réalité : mettre en doute le service actif des douaniers ou des aiguilleurs du ciel est à la fois dangereux (notamment pour les passagers des avions…) mais en plus insultant pour ces personnels ! Du haut de son fauteuil de l’Assemblée Nationale avec ses 7000 euros par mois, un député devrait s’abstenir de remettre en cause les efforts particuliers des agents de l’Etat.

D’un autre côté, il a raison de dire qu’il y a des métiers pénibles dans le secteur privé. Mais ce n’est pas en dégradant la vie des fonctionnaires que s’améliorera la vie de ceux du privé. Alors au lieu de supprimer le service actif des douaniers, ou d’augmenter l’âge légal de départ, il vaudrait mieux penser à donner des trimestres « gratuits » dans le bâtiment, les transports, …

M. Étienne Pinte. (UMP, Yvelines) « Je suis un peu sur la même longueur d’onde que mon prédécesseur. Tout le monde en convient : la réforme des retraites est démographiquement et financièrement nécessaire. Néanmoins, le projet va-t-il aussi loin qu’il le faudrait pour que le budget de l’assurance vieillesse soit équilibré en 2018? J’en doute. »

Encore une fois, l’aspect démographique est évoqué comme une évidence. M. PINTE oublie sans doute que c’est cette évidence qui a conduit aux échecs des réformes de 1993 et 2003 !

Le doute qu’il émet montre que la droite aimerait bien pousser la borne à plus que 62 ans. Ce n’est donc pas une réforme dans la durée alors qu’il s’agit à la base d’un système inter-générationnel. Les jeunes ont encore de quoi se faire du mauvais sang…

M. Jérôme Bignon. (UMP, Somme) « C’est la retraite à 55 ans qu’ils veulent, ces hommes et ces femmes qui travaillent depuis l’âge de 14 ans, dans des conditions souvent pénibles. Le dispositif, que nous avons voté en 2003, a déjà permis à plusieurs centaines de milliers de salariés de partir plus tôt en retraite, et je me réjouis que le Gouvernement ait le courage d’améliorer et de conforter encore ce dispositif coûteux. Puissent nos travaux et les améliorations que le Gouvernement apportera au texte, soit sur notre initiative, soit dans le cadre du dialogue social qui va se poursuivre cet été, constituer un motif d’espoir pour celles et ceux de nos concitoyens les plus fragilisés par un parcours professionnel long et difficile. »

Il a raison : c’est à 55 ans que devraient partir ceux qui ont commencé à 14. Avec le projet de loi, ils devront attendre 57 ans et cotiser 43 ans soit 1 an et demi de plus que les autres. En repoussant toutes les bornes de 2 ans, je ne suis pas sur que le gouvernement réponde aux attentes « de nos concitoyens les plus fragilisés par un parcours professionnel long et difficile »…

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