«Les pendus de Londres» ou les origines répressives du capitalisme

L’ouvrage classique de Peter Linebaugh sur les pendus de Londres traduit en français montre comment au XVIIIe siècle le capitalisme industriel s’est adossé à la justice répressive pour criminaliser un prolétariat attaché à des coutumes jugées dangereuses pour le nouvel ordre social.

...There is no alternative : TINA... Aujourd'hui, comme demain, nous n'aurions pas le choix... l'Histoire, écrite par l'oligarchie dominante, nous persuade même que c'est depuis toujours, dans des passés immémoriaux et inscrit dans les gènes... las, il suffit maintenant de se documenter et on découvre (assez vite au demeurant pour peu qu'on veuille bien s'en donner la peine) que, non, cela n'a pas toujours été pareil, et que le "talon de fer" est, somme toute, assez récent (au regard bien sûr de l'évolution d'homo-sapiens...).

De quoi s'agit-il ici ?

 

Les pendus de Londres. Crime et société civile au XVIIIe siècle © Peter Linebaugh Les pendus de Londres. Crime et société civile au XVIIIe siècle © Peter Linebaugh
"Fruit d’une collaboration entre deux éditeurs indépendants, Lux éditeur basé au Canada, et le CMDE (collectif des métiers de l’édition) à Toulouse, l’ouvrage éclaire trois questions majeures de l’historiographie du XVIIIe siècle : l’histoire sociale et populaire de Londres, devenue une grande métropole commerciale qui atteint le million d’habitants à la fin du XVIIIe siècle ; l’histoire du crime et de la justice et de ses reconfigurations à l’heure de la répression des communs ; mais aussi celle de l’avènement du capitalisme industriel au moyen d’un arsenal normatif qui remodèle en profondeur les rapports sociaux au travail. Mêlant érudition historique et récits hauts en couleur, à la manière d’Edward Thompson, l’auteur nous plonge au cœur du quotidien des travailleurs londoniens. Il fait revivre ces pendus de Londres, dont il montre qu’ils n’étaient pas des criminels endurcis, mais des travailleurs ordinaires dont les us et coutumes apparaissaient comme une menace pour les élites au pouvoir et les nouvelles logiques d’accumulation.

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Extrait :

"...Ce nom ignoré, pour ne pas dire méprisé, par l’historiographie universitaire, appartient clairement à une « autre histoire », celle des récits, des pantomimes et des chansons. L’histoire orale de Sheppard a conservé son souvenir dans des milieux sociaux où les livres étaient rares et les sources sur la classe ouvrière susceptibles de fonder une historiographie indépendante, inexistantes. En outre, ce souvenir persista dans certaines luttes sociales qui s’inscrivaient dans la continuité, sinon l’amplification, des conflits moraux et politiques antérieurs. Située à mi-chemin entre l’apparente mort de la démocratie radicale en 1649 et sa résurrection dans les années 1790, la vie de ce malfaiteur soulève bien des questions concernant le lien entre « criminalité » et mouvement ouvrier. Elle interroge également le lien entre le pillage perpétré par la classe dominante et les vols commis par les pauvres, car Sheppard vivait à une époque où rares étaient les obstacles rencontrés par les conquêtes impériales et les expropriations sur le territoire national. Enfin, la vie de Sheppard soulève la question du lien entre le vol et la survie, à une époque où le niveau de salaire des travailleurs était si bas que les économistes peinent à expliquer comment ces derniers pouvaient bien subsister...."

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Presse :

Le Nouveau Magazine littéraire, juin 2018

Premier de cordée

Les normes naissantes du capitalisme s’entrevoient à l’ombre d’un gibet londonien au XVIIIe siècle.

À l’extrémité nord-est de Hyde Park se dressait le gibet de Tyburn, l’«arbre aux pendus» de Londres. De 1571 à 1783, 50 000 personnes y furent exécutées en public. En examinant les décisions de justice qui ont conduit à ces arrestations et les confessions des suppliciés recueillies par des aumôniers qui en faisaient le commerce, l’historien américain Peter Linebaugh montre qu’au XVIIIe siècle Tyburn a avant tout servi à punir des atteintes à la propriété et du faux monnayage commis par des artisans qualifiés, des apprentis et des marins de toutes origines, londonienne, anglaise, irlandaise et étrangère.

Prototype de cette «histoire par le bas», du point de vue des dominés, inaugurée par le Britannique Edward P. Thompson, l’ouvrage reconstitue les conflits de classes naissants dans l’«atelier du monde» qu’est alors l’Angleterre. Jadis toléré comme un complément de rémunération, le chapardage devient un délit majeur, la propriété privée, un absolu. Pour s’implanter, le capitalisme exige une mutation anthropologique profonde. Il faut briser l’indolence native des pauvres et leurs velléités d’indépendance, faire entrer dans les têtes des futurs ouvriers de la grande industrie les normes économiques, juridiques et morales du nouveau système. À côté de cette forte leçon de sociologie historique, les récits des vies des pendus font aussi de ce livre un passionnant tableau du Londres des «classes dangereuses», une vibrante Comédie humaine des sans-grade.

Le Nouveau Magazine littéraire, no 6, juin 2018

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fascism-capitalism

 

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