Une interview récente et très instructive de Noam Chomsky

Noam Chomsky : « Les intellectuels et les « responsables » suivent en réalité les diktats du pouvoir privé »

Source : Los Angeles Review, David Masciotra
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises - publié sur le site le 29 juillet 2021

Extraits :

(...) Les Républicains, qui sont le parti des super riches, ont compris dans les années 1970 qu’on ne peut pas obtenir de votes en venant voir les gens et en leur disant : « Je veux vous détrousser, et donner tout ce que vous avez aux riches et aux entreprises ». Bizarrement, cela ne fonctionne pas. Il vous faut vous tourner vers ce qu’on appelle les  » questions culturelles « , c’est-à-dire tout excepté ce qui est vital pour vous. Ainsi, au milieu des années 1970, Paul Weyrich, un des principaux stratèges du parti des républicains, a eu un éclair de génie et s’est rendu compte que, si les Républicains prétendaient, en insistant sur  » prétendre « , être opposés à l’avortement, ils récupéreraient le vote évangélique et le vote des catholiques du Nord. Alors en un clin d’œil ils ont changé de position.
(...)
Nous ne sommes pas en présence d’un véritable système capitaliste.Le monde des affaires ne le permettrait jamais. Un système capitaliste s’autodétruirait en un rien de temps. C’est pourquoi les entreprises, depuis toujours, font appel à un État puissant pour les protéger des effets néfastes du marché, qui est destiné aux pauvres, pas à elles, ainsi que pour les subventionner de toutes les façons possibles. Ainsi, chaque pays développé possède une forme de capitalisme d’État.

Certains ont une politique industrielle ouverte et directe. Pour notre part, nous en avons des formes plus indirectes, un peu plus subtiles. C’est ainsi que cela fonctionne. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le phénomène s’est amplifié, mais il remonte à plus loin. Au XIXe siècle, les chemins de fer étaient la composante essentielle du capitalisme industriel. Le rail était un domaine beaucoup trop compliqué pour être exploité par des entreprises privées. Le corps des ingénieurs de l’armée s’en est donc chargé, et a cédé les bénéfices aux entreprises privées.

Ce qu’on appelait communément le système américain de production — pièces interchangeables, contrôle de la qualité — est devenu la merveille du monde. Il a été développé dans les arsenaux gouvernementaux, et pour de bonnes raisons. Là, les dépenses n’ont pas d’importance, exactement comme pour le développement des ordinateurs et d’Internet. Peu importe les dépenses, il faut simplement le faire, et au final, le capital privé en profitera. Steve Jobs était un mec brillant, mais il vivait du travail créatif et hasardeux qui se faisait principalement dans le secteur public. Nous n’avons pas le capitalisme. Nous avons une forme de capitalisme d’État.
(...)
La direction du parti républicain, comme le rapportent certains des principaux journaux, salive de joie à l’idée que les démocrates puissent faire quelque chose de modérément humain, par exemple, au lieu de mettre les enfants dans des camps de concentration à la frontière, ils pourraient essayer de les aider un peu. Au lieu d’augmenter follement les tensions avec l’Iran, ils pourraient essayer de les atténuer. Ils pourraient essayer de faire quelque chose au sujet du climat.

Ils (les républicains) adoreraient ça, parce que, à ce moment là ils pourraient mobiliser tous ces gens qu’ils ont transformés en monstres enragés, et les pousser à attaquer ces rats de communistes qui veulent que le pays soit submergé de violeurs et de meurtriers pour que la race blanche subisse un génocide. Vous connaissez toute l’histoire. C’est ça, le parti républicain. Ce n’est plus un parti politique. C’est très dangereux.
(...)

Alors, qu’avez-vous dit à vos étudiants qui se sentent impuissants, et que diriez-vous à un étudiant, ou à toute autre personne, qui tombe sur cette interview et se sent impuissant ?

Tout d’abord, dans nos cours Marv Waterstone et moi-même faisons venir chaque semaine des personnes extérieures qui sont des militants travaillant sur des choses concrètes. Ils parlent du travail qu’ils font, et du travail qui peut être fait. Auparavant, lorsque j’étais au MIT, je co-enseignais un cours similaire. L’Institut n’appréciait pas vraiment que je le fasse, mais ils ont eu la gentillesse de nous donner une salle. Nous avons fait venir des gens qui étaient des militants locaux. Voilà quelque chose qui peut être fait : faire venir des gens qui vous montrent ce qu’il est possible de faire."

(...)

Interview complète en cliquant ici !

 © Man © Man

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