A la rencontre des féministes tunisiennes (3/3)

Du 31 mars au 2 avril, des militantes d’Osez le féminisme participent à un voyage d’études en Tunisie organisé par Touristra Vacances. Quelques sentiments avant le retour à Paris sur le formidable souffle d'un pays qui s'éveille à la démocratie.

Du 31 mars au 2 avril, des militantes d’Osez le féminisme participent à un voyage d’études en Tunisie organisé par Touristra Vacances. Quelques sentiments avant le retour à Paris sur le formidable souffle d'un pays qui s'éveille à la démocratie.

Par Thalia Breton et Soudeh Rad

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Notre voyage en Tunisie touche à sa fin.

Lors de ces deux jours, nous avons rencontré des féministes bien sûr, mais aussi des représentants syndicaux de l’UGTT, des militants étudiants de l’UGET, mais aussi, au détour d’une course en taxi ou d’un déjeuner dans une gargote, de « simples » citoyens et citoyennes qui se sont mobilisés pour faire chuter Ben Ali et sa dictature.

 

De ce voyage, nous retenons le formidable souffle d’une population qui s’éveille à la démocratie. Chaque jour, des dizaines de Tunisiens se rassemblent sur les marches du théâtre municipal de Tunis, avenue Bourguiba, pour débattre et manifester. Jeudi matin, nous n’avons pas compris pour quoi était la manifestation qui passait sous les fenêtres du Ministère des affaires de la femme. Jeudi midi, il s’agissait de soutenir les insurgés libyens. Jeudi après-midi, c’était un rassemblement contre la police politique qui, dans les faits, existe toujours. Vendredi après-midi, a commencé à se former un rassemblement pro-islamiste. En fin de journée, à la tombée de la nuit, des groupes d’hommes continuent de discuter, parfois de façon très animée, pour ne pas dire franchement musclée.

Bref, la Tunisie fait de la politique, à tous les niveaux. Les élites comme les ouvriers, les hommes comme les femmes, les habitants des villes comme ceux des campagnes, etc. Comme nous a dit un de nos chauffeurs, « la politique, c’est comme le foot » : tout le monde donne son avis.

 

Malgré, parfois, la barrière de la langue (aux termes de l’article 1 de la Constitution, la seule langue officielle de la Tunisie, depuis l’indépendance, est l’arabe et les jeunes maitrisent moins bien le français que leurs ainés), tout le monde est prêt à s’ouvrir sur son expérience de la révolution. Poser la question « alors, comment ça se passe depuis le départ de Ben Ali ? », c’est être assuré d’avoir une réponse longue et argumentée.

Le premier sentiment qui s’impose comme une évidence est la fierté. Fierté d’être tunisien : les drapeaux ont envahi les rues. Fierté d’avoir renversé un régime qui avait mis la tête de plusieurs générations sous l’eau. Fierté d’avoir, dans une certaine mesure, initié des révolutions et des révoltes dans d’autres pays arabes.

 

Néanmoins, toutes les personnes rencontrées sont lucides sur le flou dans lequel se trouve la révolution à ce stade. L’Instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution travaille à l’élaboration du code électoral qui s’appliquera aux élections de l’Assemblée constituante du 24 juillet prochain. En attendant, justement, ils attendent.

La crise de confiance entre les jeunes et les partis politiques ou l’UGTT est réelle. La révolution n’a pas eu de leader, et les tentatives d’incarnation de celle-ci par certaines individualités ont été très mal perçues. Il en est de même pour les tentatives d’appropriation des martyrs. Le défi est maintenant de combler cette fracture. Souvent, on nous a dit que la révolution n’était pas finie et qu’elle prendrait encore quelques années pour aboutir à un régime démocratique : les Tunisiens savent qu’édifier une société nouvelle ne prend pas que quelques mois.

Les féministes, de leur côté, observent une relative invisibilité des femmes dans les médias et dans les débats. Certaines se disent inquiètes, d’autres préfèrent se dire contrariées. Mais, dans les faits, le maintien des acquis en matière de droits des femmes est l’objet d’une grande vigilance.

 

La Tunisie sait que les défis qu’elle a à relever sont immenses. Pour les relever, elle ne veut écouter qu’elle-même, mais regarde à l’étranger pour se nourrir des expériences de ses voisins. Nous avons entendu, aussi, la volonté de dépasser l’intervention de Michèle Alliot-Marie qui a laissé un souvenir désastreux en renforçant les échanges culturels avec la France.

La Tunisie a aussi des attentes économiques. Le tourisme représente 400 000 emplois directs et indirects et 7% du PIB et la France est le pays qui envoie le plus de touristes chaque année (1,4 millions de vacanciers par an), premier pays. Mais les Français, cette année, ont peur : la saison estivale ne s’annonce pas au mieux, les réservations sont au plus bas. Alors que la Tunisie est toujours aussi belle et que, contrairement à l’an dernier, elle respire.

 

Cela a été très impressionnant pour nous d’observer, même furtivement, un pays qui s’interroge sur lui-même et son avenir. Enfin, il y a une dernière chose que nous voudrions transmettre après nos deux jours et demi passés ici : pour vos prochaines vacances, programmez un voyage en Tunisie.

 

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