Mieux comprendre le potentiel du monde arabe: un exemple libanais

 

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Il faut espérer beaucoup de ce qui se passe actuellement dans le monde arabe car sa population possède une capacité d’aborder la lutte tout à fait différente de ce à quoi s’attachent nos esprits trop cartésiens. L’épreuve actuelle est donc à observer avec un autre prisme que la logique occidentale habituelle.

 

Voilà un livre pour illustrer mon propos :

« Mourir partir revenir : Le jeu des hirondelles » Zeina Abirached, Editions Cambourakis, 2007

 

La dinguerie de la guerre du Liban vue par deux enfants qui sont coincés dans l’entrée de leur appartement, en attendant que leurs parents reviennent. Une voisine soucieuse vient les rejoindre et puis, petit à petit c’est comme d’ordinaire, tout l’immeuble passe par chez eux pour dire un petit coucou et voir si personne ne manque à l’appel.

Acceptant l’actualité sanglante avec une philosophie toute libanaise, chacun des voisins nous permet de comprendre pourquoi les habitants de ce petit pays sont des êtres d’exception et combien la « solidarité arabe » tellement mise à mal ces derniers temps, n’est pas un vain mot.

Le récit est conté en image avec ce réalisme tellement poignant qu’ont les enfants....Ce qui fait que l’on ne sait plus si on doit rire ou pleurer de voir l’appartement rétrécir, rétrécir , rétrécir tellement qu’il fini par ce réduire à un tout petit carré : l’entrée ou encore le très charmant parcours d’obstacle imposé par les snipers pour se rendre de chez leur grand-mère à chez eux. (On pense d’ailleurs à la superbe version visuelle de la même conséquence de la folie humaine si bien retranscrite visuellement dans le film « Incendies » de Denis Cazeneuve, dont on ne se lassera pas de faire des louanges).

Les enfants l’ont bien compris : la règle du jeu, ici et maintenant, c’est non seulement de rester en vie, mais de ne pas tomber tropvite dans le glauque… de « continuer à vivre ». « Espérons que leurs parents l’ont bien compris aussi » pensent tous les adultes, dedans et en dehors du livre….Pour se faire, nous avons tous nos petits trucs : Chucri par exemple, le fils de la gardienne, dont le frère, chauffeur de taxi, a disparu après avoir déclaré au téléphone « Dis à maman que j’arrive » son truc à lui, c’est de conduire sans discontinuer en se sentant utile. Ce qu’il est indubitablement puisque c’est grâce à son sens de la débrouille que l’immeuble tient le coup. Un petit générateur par là, l’arrivée de l’eau, un coup de main par ci…Il est poilu, moustachu, courageux et même …vaguement téméraire…mais n’en disons point trop. Monsieur Challita, le voisin du troisième, professeur de français, partage d’ailleurs ce point de vue. C’est un homme très fin et très gentil, la coqueluchedes enfants qui savent bien que sous ces airs un peu snob son cœur est en porcelaine. C’est surement lié à la mort de son frère jumeau, grand joueur de trictrac, abattu par un franc tireur. Enfin... comment savoir ? Mieux encore se lisser les moustaches que de penser à certaines choses…

 

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Et le temps passe…temps d’attente soit, mais où personne n’aurait l’idée de s’interdire de vivre « vous reprendrez bien un petit verre de Whisky ? Du single Malt, 16 ans d’âge… » . Il suffit de voir la méga-fête qui a été faite pour le mariage de Ramzi et Farah , qui vivent au dessus dans le bureau du père de Ramzi en attendant leur départ pour le Canada. « Quand j’y pense, en pleine guerre, je me dis qu’on était joyeusement inconscients »

« La vie est belle » nous démontrait Roberto Begnigni, Zeina Abirached en est bien convaincue et son magnifique témoignage en images, nous convint à son tour. Elle est née à Beyrouth en 1981 et il y a dans son livre toute la difficulté du quotidien en temps de guerre, toute l’horreur des morts, tous les excès qu’engendre le monstre, revue avec l’élégance de l’enfant et la grâce du talent…

C’est un regard magnifique qu’elle nous offre là et c’est surtout une piste pour comprendre la force d’une culture aux émotions parfois si brumeuses pour les occidentaux repus que nous sommes. Il n’est point question ici de différences de religions, de fortunes ou de « politique salvatrice ». Et inutile de préciser que Jean Paul Sartre n’a qu’à aller se rhabiller car l’enfer, ce n’est surement pas les autres.

Il est question dans « le jeu des hirondelles » du flux de l’humanité, de capacité de mobilisation, de solidarité salvatrice, de la chaleur humaine qui porte et console….. Notre âme s’en trouve toute régénérée.

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