Post Covid : Gare au local washing !

Il y a déjà vingt ans, quelques esprits chagrins (dont nous faisions partie) avertissaient que le libéralisme débridé inauguré dans les années 70 conduirait inévitablement à une mondialisation pathologique....

Il y a déjà vingt ans, quelques esprits chagrins (dont nous faisions partie) avertissaient que le libéralisme débridé inauguré dans les années 70 conduirait inévitablement à une mondialisation pathologique :

  • Egoïsme et concurrence mortifère entre entreprises, entre territoires (the winner is the predator !)
  • Consommation compulsive et effondrement des valeurs autres que « bankables »
  • Précarisation du travail et creusement des inégalités
  • Pollution irresponsable et désastre écologique
  • Fragmentation de la société et montée des intolérances
  • … 

Et pourtant, quelques semaines seulement avant la pandémie, ministres, journalistes de cour, consultants courtisans stigmatisaient en chorale les poussées de fièvre des oubliés de la croissance, se glosaient des colères de Gréta, ignoraient royalement les initiatives citoyennes pour sortir de cette société là.

Aujourd’hui, ces mêmes mal pensants s’érigent en défenseurs de la souveraineté économique, de la protection de la planète, de la régulation du commerce international, et bien sûr des territoires injustement délaissés.

Si le ridicule ne tue pas, il reste que les girouettes ne font pas le printemps.

Pourtant, le risque est réel que dans les prochains mois les élus locaux tombent dans le piège du local washing : de beaux discours et quelques mesures cosmétiques (ex : les pistes cyclables)  alors que la planète et nombre de ceux qui l’habitent attendent des actions radicales et rapides pour un monde nouveau :

  • Un monde plus solidaire et plus protecteur (la précarisation fragilise et affame notre société)
  • Un développement à taille humaine (relocalisation des activités et souveraineté économique) comme référence plutôt que la révérence aux multinationales
  • Une démocratie directe et quotidienne (stop au talk-shows politiques et à la démocratie intermittente)
  • Une quête de bien vivre plutôt qu’une recherche permanente d’enrichissement et de réussite personnelle (la « start up nation » ne peut constitué un modèle de société soutenable)
  • Un monde plus responsable (circuits courts, économie circulaire, consommation raisonnée)

Les élus locaux et les entreprises de territoires se retrouvent en première ligne pour mener ce combat. Pour le gagner, ils doivent commencer par développer une vision stratégique des transformations à venir et avoir le courage de recourir à de nouveaux principes d’action :

  • La résilience territoriale plutôt que la recherche de croissance à tout prix
  • L’horizontalité de la décision locale plutôt que la déclinaison d’un programme
  • Les communautés de petits projets portés par les habitants sur des thèmes précis (la santé, la culture, les transports, ..) plutôt que des grands projets emblématiques (hors de prix)
  • La priorité aux entreprises locales et au développement endogène (de préférence aux grands groupes/enseignes nomades qui déséquilibrent les éco systèmes locaux)
  • Un développement harmonieux (l’équilibre plutôt que la spécialisation territoriale, ..)
  • La complémentarité et la solidarité entre territoires (plutôt que la guerre à l’attractivité)

Bien plus que l’achat sur étagère de solutions hors sol portées par des opportunistes professionnels, il s’agit bien d’engager un reengineering de la pensée territoriale.

Vos commentaires sont toujours les bienvenus

 

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