Des clichés

La photographie se nourrit de la banalité et des stéréotypes: ce n'est pas un cas unique. La musique devait aussi lutter. Ne disait-on pas qu'elle devait imiter les sons de la nature, n'être qu'au service de dieu?

La photographie se nourrit de la banalité et des stéréotypes: ce n'est pas un cas unique. La musique devait aussi lutter. Ne disait-on pas qu'elle devait imiter les sons de la nature, n'être qu'au service de dieu? Beethoven est peut-être le premier qui franchit le Rubicon: dans sa sonate pour piano op 106 «Hammerklavier», au début du quatrième et dernier mouvement (Largo) il a écrit plusieurs notes complètement dissonantes avant de commencer une fugue. Pierre Boulez, de ces quelques notes en a fait sa première sonate pour piano, une de ses meilleures oeuvres.

 

Et la photographie? Pareil! Reflet de la réalité, document, témoin, vérité... Et l'on sait que depuis toujours les images d'actualité sont les plus retouchées, les plus contrôlées, en URSS, comme en Chine, en France ou aux Etats-Unis aujourd'hui. Et même si l'on ne dissimulait pas, resteraient les questions autrefois posées par Martin Heidegger: «Qu'est-ce qu'une chose?», et de décrire la chose (d'abord: trouver l'angle...), d'inventer le concept de la chose, de le discuter sans fin... Et du reste, que devrait-on regarder? Les repas de famille et les enfants grandir puis vieillir: pourquoi pas?

 

Et ce serait tout? La photographie est d'abord un acte militant, une façon de présenter sa vérité: les photographes de guerre, de Capa à Philip Jones Griffiths le savent bien: c'est bien pour cela qu'ils ne sont plus les bienvenus sur les champs de bataille, tous camps confondus.

 

Et aussi: la photographie est depuis son apparition une abstraction par son découpage dans l'espace. Henri Cartier-Bresson l'a merveilleusement montré.

 

Il y a trente ans, alors que mes techniques de prise de vue étaient tout ce qu'il y a de plus traditionelles, en noir et blanc, mais très nettes, le responsable de la photographie à la DRAC de Lyon, qui ne connaissait pas Harry Morey Callahan, un photographe états-unien au style très particulier, avait jeté l'éponge au bout de ¾ d'heure d'entrevue en s'écriant: «mais ce sont des photographies?».

 

Quelques années plus tard, c'est grâce à Jean-Claude Lemagny (responsable du département des estampes et la photographie de la Bibliothèque Nationale) que j'ai découvert les premières photographies qui jouaient avec le flou. Je n'avais pas aimé... J'ai mis plus d'un an à mettre au point mes propres techniques, en Noir et Blanc d'abord. En 2006, j'ai abandonné le Noir et Blanc pour des raisons de coût. Surprise, le numérique en couleurs permet de reprendre ces techniques et même d'en inventer d'autres.

 

Je ne crois pas non plus que la photographie veuille se faire peinture: c'est aussi un cliché. Photographie et musique ont beaucoup plus de points en commun: l'ambiguïté de l'original (partition à interpréter d'une part, négatif/fichier numérique à tirer sur papier d'autre part), le programme longtemps attaché aux oeuvres musicales, le sujet des images, qui reste encore souvent à dépasser, la tonalité et l'atonalité, le net, le flou... Derrière toute image bien mise au point, il reste souvent un arrière plan qui permet toutes les variations, «tout un monde lointain». Et même d'y voir des rêves très très nets: l'eau, l'air, le feu, la terre et les désirs... A vous d'accepter d'y plonger.

 

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Explosion dans la garrigue, 2008

 

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