La retraite aux flamby

Dans la vie, j’en ai gobé des trucs, mais des comme ça, ah ! Non ! Pardon ! J’avais pas prévu ! J’vous en souhaite pas la moitié… Quoi que, en c’moment, vous z'en êtes pas loin les gars… d’gober des trucs zinfâmes.

Dans la vie, j’en ai gobé des trucs, mais des comme ça, ah ! Non ! Pardon ! J’avais pas prévu ! J’vous en souhaite pas la moitié… Quoi que, en c’moment, vous z'en êtes pas loin les gars… d’gober des trucs zinfâmes.

Z’avez beau brandir vos banderoles en gueulant dans la rue, j’veux pas vous mettre l’ carton, mais z’êtes mal barrés ! Croyez-en un vieux de la vieille qui veille et vous mate par l’œilleton : vos bannières, gardez-les, elles vous serviront bientôt à vous tailler des bavoirs de fortune (si je puis dire…), pasqu’avec c’qui s’annonce, pour en baver, vous allez en baver, du genre à vous mouiller l’plastron et tout l’toutim à profusion. Et en matière de bavouillants en lambeaux, j’pense avoir acquis un plus que doctorat ces queques dernières années, excusez du peu...

 

Bon, mais revenons à nos mentons...

 

Y vous ont pas loupés c’te fois-ci mes jolis ! Tremblez travailleurs obscurs, champions de la pointeuse, forçats de l’en-cas pris sur le pouce, acharnés des heures sup’, inconditionnels du « oui, oui patron ! », bref, vous qui lèverez bientôt la France à l’aube pour ne plus jamais la coucher, j’vous épargnerai pas l’histoire courte mais dense d’un rogaton des « plus que pas d’heures passées au boulot » (la mienne, en l’occurrence...). Gardez vos mouchoirs pour vos chagrins futurs et tendez vos esgourdes, j’vais vous dessaler l’raisonnement.

 

J’ai bossé toute ma vie, j’ai tout fait tôt pour pas plus, j’ai craché à tous les bassinets, j’y crache encore, mais plus aux mêmes…j’ai laissé des pourcentages de dingues à tous les loups de la finance, j’ai cotisé à toutes les caisses... et je sais que la dernière engloutira mon dernier bien : ma vieille peau et mes os.

 

J’me suis usé la vie pour profiter aujourd’hui d’un gourbi qui mange ma pension.

 

Pas d’enfants pour mettre la main à la poche.

 

J’suis logé au quartier VIP (Very Indigentes Personnes), on est six par chambrée : quatre sont couchés ad mortem, certains, les chevilles fauchées par un diabète galopant, les autres par oubli de leurs membres.

 

Mais on compte quand même Deambulator I et II (dont je) qui patrouillent du lit à la fenêtre et dans le couloir les jours de compett’.

 

On est tous couchés par Tena à 17h. A l’étage au-dessus, les bourges se font langer plus tard par Pampers Nite. Un autre monde… Et comme dit Ahmed, mon voisin de litière, « les couches sociales persistent d’un continent à l’autre ! ».

 

On nous nourrit de soupe et de flans mous. J’échange leur pisse aux légumes contre des Flamby, marque re(pé)père, cela s’entend, vus les budgets... J’me les gobe en rêvant de pain croustillant.

 

 

Flan.GIF

 

Par un hasard cadastral fortuit et involontaire, nos fenêtres donnent en plein sur le cimetière d’en face. Pas de concession pour les vieux taulards qu’on est tous devenus. Enfin, on r’garde les nantis se faire planter par temps clair comme sous la pluie. Après, on guette les veuves et leurs jupons des vents de novembre. C’est notre saison préférée, ça, ya du monde, tous les fesses en l’air à torcher les dalles. Ça nous rend tous lubriques comment elles briquent leur cher disparu.

 

« Vous avez sans dents, mais la langue encore bien pendue », comme le dit la p’tite des cuisines. Manquerait plus que ça que j’me la coince ! J’ai encore la gencive aiguisée, à défaut d’incisive...

 

Bon, ce que je survis chaque jour, ça pourrait bien ne jamais vous arriver, mes p’tits chéris, vu qu’à leur rythme, vous zirez pas jusque là. J’suis une race en extinction.

 

Les p’tits vieux en pension, yen aura bientôt plus, vu qui zauront tous passé l’arme à gauche avant la retraite, pendant leur pause pour les plus polis. Oui, oui, on parlera plus tard de nos homes insalubres comme d’un âge d’or révolu, une ère de prospérité, un luxe. Et vous vous direz, nostalgiques et envieux : « la retraite aux flamby, ça avait de la gueule quand même ! ».

 

PS (pour Post Scriptum, j’insiste) : Bon, j’veux pas vous saper l’espérance, moi le rance… Si j’avais encore mes jambes et un bon(d) de sortie, j’quitterais bien ma réserve pour me joindre à vous ! J’vous suivrai donc à la téloche en lapant mes flans garantis pure vanille de Saint-Aise.

 

Eh ! Les p’tits ! Faites moi un signe de temps en temps et gardez bien vos flancs des voyous (qui ne sont pas toujours ceux qu'on croit…).

J’vous tiens les pancartes !

 

Pépé Lulu

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