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Roms, et qui d'autre?

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Billet de blog 8 avr. 2013

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A quand une politique exemplaire pour l’intégration des Roms ?

Ce lundi 8 avril est célébrée la « Journée internationale des Roms », qui, avec une population estimée à 12 millions de personnes, forment l'une des plus importantes minorités ethniques d'Europe. Malgré leur citoyenneté européenne, les Roms subissent des discriminations persistantes, des violences à caractère raciste, des expulsions forcées et diverses formes de ségrégation: dans l'accès à l'emploi, au logement, à la santé, à l'éducation…

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Ce lundi 8 avril est célébrée la « Journée internationale des Roms », qui, avec une population estimée à 12 millions de personnes, forment l'une des plus importantes minorités ethniques d'Europe. Malgré leur citoyenneté européenne, les Roms subissent des discriminations persistantes, des violences à caractère raciste, des expulsions forcées et diverses formes de ségrégation: dans l'accès à l'emploi, au logement, à la santé, à l'éducation… Souvent bouc émissaires de politiques publiques défaillantes et de politiciens cyniques, les Roms sont aussi un punchingball très commode : s'ils sont responsables de tous nos maux, il suffirait d'expulser ces familles afin de régler tous les problèmes de notre société. Trop facile.

La France ne fait malheureusement pas exception à cette règle et contribue à renforcer tous les clichés. Après les années Sarkozy, qui ont étouffé les principes humanistes de notre pays en matière d’accueil des migrants, on pouvait espérer que le défi de la grande précarité de cette population serait enfin pris en charge par les responsables politiques, afin de trouver des solutions d'accueil et d'insertion "gagnants-gagnants". La Commission européenne, par la voix de sa Vice-présidente, Mme Reding, avait sommé les autorités françaises de s'expliquer sur sa politique d'accueil, et François Hollande, qui n'était pas encore candidat à l'élection présidentielle, avait même qualifié la circulaire Guéant d'"immorale et illégale".

Pourtant, depuis l'été dernier, les démantèlements de camps de Roms et les expulsions ont repris de plus belle. Le Ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, persiste dans sa politique de fermeté, sans que l'on voit se mettre en place "les solutions alternatives" promises par le candidat Hollande. Ce gouvernement est il devenu à ce point insensible, qu’il ne trouve d’autre réponse que le démantèlement et les expulsions pour répondre à la détresse des plus faibles ? Ainsi, le 4 avril, le tribunal administratif de Lyon a condamné la préfecture du Rhône à trouver un logement à 10 familles Roms, afin de respecter les exigences de la loi DALO et de la circulaire du 26 août 2012, qui prévoit que des solutions de relogement soient proposées aux personnes avant toute expulsion.

La politique durable d'intégration des Roms annoncée par le gouvernement semble être restée lettre morte : les démantèlements se poursuivent et les familles sont jetées à la rue ou relogées de manière précaire, de telle sorte que, loin d'être résolu, le problème est simplement déplacé un peu plus loin. C'est cette politique de l'autruche qui condamne les Roms à la mendicité et au travail clandestin. Les communautés Roms représentent pourtant un potentiel et une richesse inestimables pour nos sociétés. Ainsi, 53% des Européens pensent qu'une meilleure intégration des Roms profiterait à l'ensemble de la société.

Suite à la condamnation de l'État à Lyon, le préfet du Rhône Jean-François Carenco a déclaré qu'il était « dangereux de dire que tout le monde a droit, tout le temps, à un hébergement". Pourtant, la loi DALO impose aux services de l'Etat de proposer des solutions pour un hébergement d'urgence. Est-ce le rôle d'un Préfet d'appliquer la loi "à la carte", en fonction de ce qu'il estime dangereux ou non, réaliste ou non ?

La vérité, c'est que le droit commun ne s'applique toujours pas aux Roms, et qu'ils ne bénéficient pas du même droit à une vie digne, et des mêmes libertés de se déplacer, de s'installer et de travailler que tous les autres citoyens européens. Les pays européens qui continuent à avoir des pratiques discriminatoires envers une partie de la population qui réside sur leur sol doivent être poursuivis et sanctionnés par la Commission européenne.

Est-il nécessaire de rappeler que 8 foyers Roms sur 10 sont menacés de pauvreté en Europe? Est-il nécessaire de rappeler les centaines d'agressions violentes dont sont victimes chaque année les Roms dans leurs pays d'origine? Est-il nécessaire de rappeler que, en dépit du bon sens, la France fait partie des derniers Etats européens à appliquer des mesures discriminatoires pour l'accès à l'emploi des citoyens roumains et bulgares ?

Hier montrée du doigt par la Commission européenne pour ses pratiques discriminatoires, la France, se doit aujourd'hui d'être exemplaire.

Il faut mettre un terme aux expulsions forcées et à une politique de tout sécuritaire, en permettant l’accès au droit commun, et accès à l'emploi et au logement.

Nous ne pouvons pas nous résigner à l’inertie ambiante, ce sont des hommes, des femmes et des enfants qui souffrent quotidiennement dans l’indifférence générale. Il est grand temps de provoquer un réveil citoyen, un choc d’humanité envers Roms.

L'Europe est déjà prête à aider, puisqu'une enveloppe financière peut être utilisée en faveur du logement des communautés marginalisées. Saisissons cette chance.

Karima Delli, députée européenne

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