La «question rom», cache-misère d'une Europe sociale en lambeaux

(Selon Martin Olivera) Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux n'ont pas inventé du jour au lendemain le «problème rom».

(Selon Martin Olivera) Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux n'ont pas inventé du jour au lendemain le «problème rom». À vrai dire, leurs déclarations estivales ont mobilisé une rhétorique bien rodée tout au long des vingt dernières années, hors du champ politique. L’idée selon laquelle « les Roms » forment une minorité transnationale sans attache, constituée de millions de cas sociaux

« Les Roms », personnage de l’ordre néo-libéral

FMI, Banque Mondiale, PNUD, OSCE, Open Society Institute de G. Soros… tels sont les principaux diffuseurs de données sur la « question rom » depuis vingt ans, à l’aide de rapports statistiques abstrayant dès l’origine la diversité des situations locales pour nourrir l’image d’une minorité massivement AJOUTBIBLIO=MOUV_018_0028">Nicolas Guilhot, « ces nouvelles formes de mobilisation non gouvernementale, affichant tous les attributs de l’activisme moral, de l’internationalisme, apparemment à l’écoute des besoins réels, sont en même temps les vecteurs capillaires d’un véritable impérialisme symbolique », parfaitement imbriqué dans l’orthodoxie économique néo-libérale, le cas de l’Open Society Institute étant de ce point de vue exemplaire. Aujourd’hui comme hier, cette philanthropie se nourrit de la rhétorique des droits de l’homme et de la démocratisation pour consolider l’ordre socio-économique, plutôt qu’elle ne l’interroge.

L’ethnicisation de la pauvreté et l’inscription de celle-ci dans une histoire multiséculaire de rejet permet d’oblitérer le prix payé par toutes les couches populaires des anciens pays communistes au cours de cette interminable « transition économique » – à ce titre on rappellera que le taux d’émigration parmi les Roms de Roumanie est tout à fait comparable au taux national de 10% (Plus de deux millions de Roumains ont fait le choix de l’émigration en Europe occidentale depuis les années 1990). À l’autre extrémité du continent, la focalisation sur les « Roms migrants » en France (très peu nombreux, faut-il le rappeler ?) en tant qu’entité ethnico-délinquante problématique relègue à l’arrière-plan les difficultés structurelles auxquels ceux-ci, comme tous les précaires, sont brutalement confrontés : absence de politique de logement, secteur médico-social sans moyens subissant la pression de logiques gestionnaires et comptables, marché de l’emploi sinistré par la financiarisation de l’économie, etc.

 

À quand des sommets contre les inégalités socio-économiques en Europe ?

Deux « sommets européens pour les Roms » ont déjà eu lieu, tandis que l’U.E. encadre une « décennie pour l’inclusion des Roms – 2005-5015 ». Ces événements médiatisés ont essentiellement servi à re-valider, dans l’opinion publique comme chez les hommes politiques, l’image d’une minorité homogène, quasiment in-intégrable. Or ce ne sont pas « les Roms » qui auraient besoin d’une politique volontariste et coordonnée au niveau européen : une bonne partie des communautés tsiganes, à l’ouest comme à l’est, sont fort bien insérées dans leur environnement, de diverses manières, et ne demandent qu’à vivre leur vie sans être prisonnières d’une catégorisation univoque, imposée d’en haut. Pour ceux, car il y en a, qui souffrent depuis vingt ans d’une relégation socio-économique grandissante, seules de réelles politiques sociales, fondées sur l’idée de redistribution, seraient à même d’améliorer leur condition. Rien ne sert en effet de lutter contre les discriminations ou d’invoquer l’« inclusion » lorsque c’est le système lui-même, tel qu’il fonctionne, qui produit ses

Martin Olivera

anthropologue et formateur en Seine-Saint-Denis ; membre du réseau Urba-rom ; responsable du numéro d’Etudes tsiganes « Roms de Roumanie : la diversité méconnue » (2010)

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