Les 90 familles roms du camp des Coquetiers seront expulsées le 21 octobre à 6h.

A Bobigny, demain, 90 familles roumaines et bulgares (environ 300 personnes) seront expulsées... Tous les enfants de ce camp en âge d'être scolarisés le sont grâce à l'implication des associations. Certains parents ont trouvé un petit boulot. Les associations se sont impliquées inlassablement pour aider à l'intégration de ces personnes qui vivaient là depuis trois ans. Tout sera à refaire demain... Le seul qui se réjouira du malheur de ces personnes sera sans nul doute Stéphane de Paoli, le maire UDI élu au printemps dernier, connu pour avoir lutté dès son entrée en campagne pour que ces familles soient expulsées... Connu pour avoir cumulé durant 6 mois ses indemnités chômage avec ses indemnités d'élus et pour s'être entouré d'une équipe dont plusieurs membres seront devant les tribunaux début 2015 pour violences psychologiques en réunion » et de « menaces de délit contre les personnes.

Dernière minute - 20 10 2014 - 19h44

Suite à la manifestation de ce matin, à laquelle ont participé de nombreuses familles, le sous-préfet à l'égalité des chances le préfet a accepté de recevoir une délégation de quatre personnes : la présidente d'Amnesty, Saimir Mile, Boris (Bulgare des Coquetiers) et andrea caizzi de l’Aset93 qui donne ici son témoignage.

« Pas la moindre avancée, et un discours bétonné : il n'y a pas d'hébergement possible en Ile-de-France, l'Etat fait un effort énorme avec cette mobilisation d'Adoma et nous ne pouvons intégrer aucune famille de plus, il ne nous revient pas de ne pas exécuter une décision de justice, en cas d'accident nous serions personnellement responsables, aucune mairie ne veut de ces populations - s'il y en avait une qui voulait donner un terrain je serais tout prêt à expérimenter, etc.; en conclusion, adressez-vous plutôt au maire, auteur de l'arrêté d'expulsion.
Seule information nouvelle, 4 destinations sont prévues. D'après les cartes fournies aux familles, elles sont plutôt 5, Doullens (Somme), Louvroil (Nord), Bourges, Belfort, Besançon. Les préfets sur place sont prévenus des besoins de scolarisation.
Nous n'avons obtenu aucune information sur la date précise de l'évacuation : "dans les 48h, ce n'est pas encore décidé ...", ni même de savoir si les familles seront prévenues. Le sentiment que nous avons est qu'elle n'aura pas lieu demain : sentiment confirmé par le fait que le bus qui va amener les familles à Doullens s'arrête à 10h30 devant le groupe scolaire à côté. Personnellement je pense qu'il n'est pas nécessaire d'être sur place à 6h, on ne tiendra pas sur la durée : peut-être à 8h pour ceux qui peuvent, au cas où. Mais je peux parfaitement me tromper. Beaucoup de familles qui disaient hier ne pas vouloir s'éloigner ont finalement accepté les propositions, mais je ne les ai pas toutes vues au retour sur le terrain.»


expulsions Bobigny Coquetiers Photo Romeurope93

Communiqué du Collectif RomEurope93

 

Le bidonville de la rue des Coquetiers, à Bobigny, où vivent depuis des années plus de 90 familles roumaines et bulgares et où tous les enfants vont à l'école, va être évacué ces jours-ci, justement pendant les vacances La politique de destruction aveugle poursuivie à l'encontre des bidonvilles rejettera une fois de plus à la rue soixante familles, dans les conditions les plus horribles.

Fait exceptionnel en Ile-de-France, une démarche d'accompagnement est toutefois prévue pour une trentaine de familles ayant des enfants scolarisés. Une évacuation hâtive ne peut que compromettre cette avancée. Les familles ont à choisir sans le moindre délai entre la rue et l’acceptation d’un appartement-foyer hors Ile-de-France, entre leur réseau social et familial et un logement dont elles ignorent tout – sauf qu'il se trouve dans un ailleurs lointain et inconnu.

De surcroît, les appartements-foyers ne sont attribués que pour un an au maximum. Romeurope 93 ne comprend pas et ne peut accepter que cette première mise en oeuvre en Seine-Saint-Denis de la mission confiée à ADOMA en janvier dernier soit condamnée à l'échec par la hâte d'en finir avec un bidonville où les efforts d'intégration des habitants sont pourtant reconnus. Romeurope 93 demande que l'on tienne compte lors du relogement des démarches d'insertion des familles, de leurs réseaux familiaux et de solidarité, de la présence de classes d’accueil indispensables pour la réussite scolaire des enfants et très rares en province. Elle estime nécessaire que l'on attende la fin de l'année scolaire pour se donner le temps d'un réel accompagnement social et pour éviter toute interruption de la scolarité. Romeurope 93 considère par ailleurs qu'il est totalement irresponsable de jeter à la rue à la veille de l'hiver soixante familles, des bébés, des personnes âgées très malades, et de réduire ainsi à néant des années de médiation sanitaire.

Attendre la fin de l'année scolaire permettrait là aussi de mettre en place de véritables mesures d'hébergement et de suivi pour l'ensemble des habitants des Coquetiers. Entre-temps, il est parfaitement possible par quelques mesures simples d'améliorer leurs conditions de vie et de prévenir le risque d'incendie.

Une manifestation a eu lieu ce lundi 20 octobre à 10h devant la Préfecture. Une large mobilisation est nécessaire pour mettre fin à ces évacuations brutales et imposer le respect de la "Charte pour le respect des droits et de la dignité des occupants de terrains" élaborée par des juristes et par des grandes associations humanitaires et qui ne fait que reprendre nos textes juridiques fondateurs.  

 

Lettre ouverte au Défenseur des droits 7 rue Saint-Florentin 75409 Paris Cedex 08

Monsieur le Défenseur des droits,

Nous vous adressons cette lettre ouverte, ultime appel de personnes en souffrance, pour défendre leurs droits. Notre démarche est celle de citoyens qui pensent que les valeurs de la République s'adressent à tous. Le bidonville de la rue des Coquetiers, à Bobigny, où vivent depuis des années plus de 90 familles roumaines et bulgares, va être évacué dans les prochains jours, pendant les vacances scolaires. A la rentrée les copains de classe verront de nombreuses tables et chaises vides.

A Bobigny, le taux de scolarisation est particulièrement élevé. Malgré les discours que l'on peut entendre, les parents veulent permettre à leurs enfants de s'intégrer. Grâce à ce haut niveau de scolarisation, l'évacuation de ce bidonville fait l'objet d'une démarche d'accompagnement, fait exceptionnel en Seine-Saint-Denis.

ADOMA va proposer à une trentaine de familles ayant des enfants scolarisés des solutions de relogement. Les appartements-foyers proposés se trouvent tous hors Ile-de-France, souvent très loin. Pourquoi pas, si cela permet de quitter un bidonville ? Mais quel cas fait-on des démarches d'insertion effectuées ici, des réseaux familiaux et de solidarité si essentiels à la survie des habitants ?

Certes l'école existe partout en France, mais certains élèves ont commencé des CAP, d'autres sont dans des classes d’accueil indispensables pour la réussite scolaire des enfants et très rares en province. Ne pouvait-on vraiment pas attendre la fin de l'année scolaire ? Cette évacuation brutale, dont les habitants n'ont même pas été avertis par les autorités ou la police, va rendre illusoire l'avancée réelle qu'auraient pu constituer ces propositions de relogement.

Comment, en si peu de temps, mettre en place un accompagnement social sérieux ? Pourquoi initier une mission de relogement pour un certain nombre de familles et procéder aussitôt à une évacuation qui ne permet pas de la conduire dans des conditions satisfaisantes ? Les familles ont ainsi à choisir entre la rue et l’acceptation d’un logement dont elles ignorent tout, dans un ailleurs inconnu. Et ce logement n'est attribué que pour un an au maximum.

Un an, ça leur paraît trop court pour s'adapter à un environnement entièrement nouveau. Le risque est grand que de nombreuses familles refusent ces propositions, tout en étant conscientes qu'elles n'auront plus accès à un seul dispositif social. L'administration pourra ainsi mette en avant “que ces personnes ne peuvent s'intégrer dans notre pays" après avoir créé elle-même les conditions de ce refus.

Et que dire de toutes les familles qui ne sont pas retenues dans le dispositif (une large majorité, dont plusieurs elles aussi avec des enfants scolarisés) ? Une fois de plus nous serons confrontés à une politique de destruction aveugle rejetant à la rue des mères avec des bébés dans les bras et condamnant à l'errance des vieilles personnes suivies pour des pathologies lourdes, aux liens sociaux brisés, aux années de médiation sanitaire anéanties.

Ou plutôt nous n'y serons pas confrontés : les évacuations se font aujourd'hui dans l'indifférence générale, comme si les habitants des bidonvilles « avaient vocation » à être privés de leur domicile, du peu qu’ils avaient pu construire, de leurs droits fondamentaux. Une "Charte pour le respect des droits et de la dignité des occupants de terrains", fruit d'un travail approfondi et collaboratif de juristes et des grandes associations humanitaires, a fait l'objet mercredi dernier d'une présentation à la Fondation Abbé Pierre et a été présentée samedi matin sur le terrain des Coquetiers par Amnesty International.

Pouvez-vous accepter que notre République bafoue ouvertement chacun des 19 articles qui la composent, tous issus de nos textes juridiques fondateurs ? Nous sommes convaincus que vous n’accepterez pas cet énième affront fait à votre mission et que vous interviendrez avec vigueur pour que l’Etat se donne le temps et les moyens d’offrir la meilleure solution possible à l’ensemble des familles occupant ce terrain, en ce qui concerne tant le relogement que l’accompagnement social indispensable et la continuité effective de la scolarité des enfants. Nous croyons que notre République repose sur le respect des droits fondamentaux, et c'est dans ce contexte que nous sollicitons votre intervention en défense des droits de citoyens de la Communauté européenne.


Bobigny, 19 octobre 2014

Signataires : Les Enfants du Canal, RESF 93, MRAP 93, LDH 93, Secours Catholique 93, ASET 93, Collectif de soutien aux Roms et Bulgares de Bobigny, Collectif de soutien aux familles Roms d’Aulnay, Réseau 1427 de soutien avec les rroms de Saint Denis, AFEV, Entraides-Citoyennes

Contact : Marie-Geneviève Guesdon (MRAP), 06 84 65 73 77 Christophe Louis, Les Enfants du Canal, c.louis@lesenfantsducanal.fr      

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