Alain Bergala défend «L’esprit de la ruche», d’Erice

Au risque de se prendre les pieds dans les superlatifs, L'Esprit de la ruche est l'un des plus beaux films espagnols jamais tournés. A l'occasion de sa sortie DVD, nous avons rencontré Alain Bergala, ex-rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, qui avait organisé, l'an dernier, l'exposition Correspondance Erice/Kiarostami au Centre Pompidou.

Au risque de se prendre les pieds dans les superlatifs, L'Esprit de la ruche est l'un des plus beaux films espagnols jamais tournés. A l'occasion de sa sortie DVD, nous avons rencontré Alain Bergala, ex-rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, qui avait organisé, l'an dernier, l'exposition Correspondance Erice/Kiarostami au Centre Pompidou.

 

Le premier long-métrage d'Erice, tourné en 1973 dans l'Espagne franquiste finissante, est né d'un «accident».

 

 

 

L'Esprit de la ruche s'ouvre par une séance de projection quasi-documentaire. Le film, montré dans un village de Castille, quelques jours après la fin de la guerre civile, en 1940, s'appelle Frankenstein. La caméra d'Erice se concentre sur des visages d'enfants, aux premiers rangs d'une modeste salle des fêtes. Très vite, on ne voit plus que deux enfants, Ana, 8 ans, happée par les images à l'écran, bouleversée par l'expérience qu'elle est en train de vivre, et sa sœur, un peu plus âgée, et plus détachée.

 

 

Pour Erice, qui s'est formé en voyant des Bresson, Truffaut et Godard, sous Franco, au festival de San Sébastien, cette scène est «une expérience totalement inaugurale, et très autobiographique».

 


 

 

 

La petite Ana, déstabilisée par le film qu'elle vient de voir, s'échappe régulièrement de la maison bourgeoise des parents - bâtisse étouffante, écrasée par les souvenirs douloureux, métaphore d'une Espagne ankylosée. En réaction, L'Esprit de la ruche est traversé par les fulgurances de l'enfance : la sortie de l'enfance est un motif classique pour un premier film (Les 400 coups de Truffaut), mais aussi un choix stratégique pour Erice. Comme l'explique Alain Bergala, «le thème de l'enfance permet de déjouer la censure».

 

 

 

 

 


 

Logique, donc, d'y observer de fortes ressemblances avec un autre grand film sur l'enfance, iranien celui-là, Où est la maison de mon ami ?, d'Abbas Kiarostami [photo ci-contre]. Dans ces deux œuvres, «pour grandir, il faut sortir du territoire et de la protection [des parents]».

 

 

 

 

 

L'esprit de la ruche est édité en DVD par Carlotta (19,99 euros). En bonus, un entretien avec Victor Erice, mené par Alain Bergala.

 

[des excuses pour le bruit de fond parfois désagréable qui accompagne l'entretien avec Alain Bergala dans l'article ci-dessus - on changera de brasserie la prochaine fois.]

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