Au commencement...

 Pourquoi participer à ce blog collectif alors que je n’ai jamais tenu de blog, que je ne vais jamais consulter ceux des autres, bref que je suis très méfiante vis-à-vis de cette prolifération textuelle sur le Net ? Plus dubitative que méfiante d’ailleurs, ne critiquant nullement ce nouvel outil, me sentant juste peu concernée.

 

Pourquoi participer à ce blog collectif alors que je n’ai jamais tenu de blog, que je ne vais jamais consulter ceux des autres, bref que je suis très méfiante vis-à-vis de cette prolifération textuelle sur le Net ? Plus dubitative que méfiante d’ailleurs, ne critiquant nullement ce nouvel outil, me sentant juste peu concernée. Comme je ne le suis pas non plus beaucoup, à ma grande « honte », par la lecture quotidienne des journaux. Pas le bon rythme, pour moi, lire est avant tout lire des livres, choisis parfois dans « l’actualité des sorties », mais le plus souvent au hasard des rencontres. En ce domaine j’en suis sûre, le hasard fait toujours bien les choses : on tombe toujours sur les bons livres au bon moment.

Pourquoi donc avoir accepté de participer à la nouvelle aventure de Médiapart, alors que j’ai coupé le dernier lien qui me reliait au rythme de l’actualité en arrêtant, il y a plus d’un an maintenant, l’activité de critique cinéma que je menais jusque là avec grand plaisir ?

Parce que justement il ne sera pas question de l’actualité ici. En tous cas, pas obligatoirement. Il ne sera pas non plus question de « raconter ma vie » car « ma vie » n’intéresserait personne et « raconter », je veux le réserver à mes romans. La seule chose dont je me sens éventuellement capable ici, c’est de livrer comme ça des miettes de ce qui me nourrit, au hasard des jours, au hasard quand il fait bien les choses.

Au dos de nos images de Luc Dardenne (Seuil). Sorti en mai 2005, ce recueil de notes prises par le cinéaste entre 1991 et 2005 – suivi des scénarios du Fils et de L’Enfant -, a été pour moi un événement aussi important que la lecture des Notes du cinématographe de Bresson. Eh oui ! Et je n’ai pas compris pourquoi ce journal, qui mêle réflexions personnelles et citations de livres, ne suscitait pas davantage l’enthousiasme des critiques, des cinéphiles, des lecteurs, de tous ceux qui aiment comprendre de quoi sont tissées nos vies, avec quoi on avance, ons’inspire, on se pose des questions, on fait des films, on raconte des histoires…

Je n’ai bien sûr pas la prétention d’être « à la hauteur » du livre de Luc Dardenne mais sa forme libre, son côté « bric-à-brac » bien plus stimulant que beaucoup de grands discours théoriques, m’a donné envie de m’essayer à cette écriture. Et si ce premier billet donne envie à certains d’entre-vous de se jeter sur Au dos denos images, ce sera déjà ça de gagné !

« "Si tu m’avaisaimé(e) tu m’aurais changé(e).” Cette réplique est celle du spectateur au film qui n’est pas parvenu à l’aimer. Aimer le spectateur au point de mettre enmouvement son désir, de l’ouvrir au temps du film. » Au dos de nos images, p.13.

Souvent, Luc Dardenne, revient sur la question de l’identification. Créer des personnages suffisamment proches de nous pour nous donner envie de les suivre. Mais pas trop proches pour que la traversée des événements faite en leur compagnie ne se réduise à une promenade narcissique, à un miroir qui se contente de nous renvoyer nos névroses pour mieux nous y enfermer. Cette problématique du trop ou pas assez proche me semble cruciale et me permet de comprendre pourquoi je sors énervée de SweeneyTodd et enchantée de Juno. D’un côté des personnages programmatiques, d’une noirceur « indécrottable », faisant du sur-place. De l’autre, des personnages entre poésie et comédie, qui naviguent un peu à vue ; un film plus « mineur » que celui de Burton mais qui a la grâce des funambules.

La vie ne tient qu’à un fil, plus envie de voir un cinéma – encore moins lire des livres – qui me le ferait perdre. Ne pas confondre ce désir avec celui de voir des films « qui finissent bien ». Simplement avoir envie de voir des films qui « m’aiment au point de me changer. »

Tout en ne cessant jamais de s’interroger sur le rejet épidermique que certains films provoquent sur nous : est-ce parce qu’ils ne savent pas nous aimer ou est-ce parce qu’on ne se laisse pas aimer par eux, trop effrayés à l’idée du changement qu’ils provoqueraient en nous ?

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