La Momie

Toujours pas vu La Môme en dépit du matraquage. Pour ce film-là comme pour d’autres – les films-phénomène comme on dit – il me semble que c’est à condition de ne pas les voir, qu’on peut encore en dire quelque chose.

Toujours pas vu La Môme en dépit du matraquage. Pour ce film-là comme pour d’autres – les films-phénomène comme on dit – il me semble que c’est à condition de ne pas les voir, qu’on peut encore en dire quelque chose.

Sentiment que mon regard en plus sera un regard en trop. Je préfère me laisser porter par le Thinking of ambiant, mot que je préfère à « bouche-à-oreille » qui postillonne trop. Thinking of comme il y a Making of : les autres – médias, blogs, amis, voisins – refont le film pour moi. Pourquoi pas ?

 

Dans le cas du film de Dahan, cela permet de s’économiser sur la fausse question de ses « qualités artistiques » - fausse parce que débattue partout et réglée depuis au moins trente ans (relire tout ce qui s’est écrit ici ou là sur le cinéma dit « de qualité française »). Cela permet aussi de ne pas se prononcer sur la fidélité ou pas du film au passé (relire tout ce qui est écrit ici ou là sur le cinéma dit de « reconstitution »). Qu’est-ce qui me reste une fois évacués ces deux gros débats ?Une tristesse de loin : le film de Dahan, entrevue au moins dix fois à travers sa bande-annonce, c’est l’enterrement du Peuple dans sa première manière : l’embaumement de ses icônes, sa patrimonialisation louche, la Momie Piaf. En gros, je préfèrerai un doc mal fichu sur Diam’s ou Amel Bent qu’une fresque réussie sur Piaf. Cette relation taxidermiste au peuple, je la vois d’abord dans ce grimage grotesque, simiesque du visage de la chanteuse. Faut-il enlaidir, amocher à ce point le visage d’une actrice (vivante) et d’une chanteuse (morte) pour que la culture française soit célébrée dans le monde ? Le Peuple défigurée. Et que personne vienne me dire que Piaf ressemblait à ça. Je ne le croirais pas.

 

 

Alertez les actrices ! Encore La Môme et ce qui arrive aux actrices du cinéma français. C’est le syndrome Sissi : comment sortir d’un rôle marquant ? Après Audrey Tautou-Amélie Poulain, voilà le cas lourd de Marion Cotillard-Piaf. Pour ceux qui partagent comme moi le souvenir ébloui de notre première fois avec la môme Cotillard, sa sacralisation en monstre de foire fait froid dans le dos. C’était dans Comment je me suis disputé… d’Arnaud Desplechin : un personnage (joué par Fabrice Desplechin) racontait à Paul Dedalus (Mathieu Amalric) comment il allait entrer dans les ordres, touché par la grâce à cause d’une fille. Pendant qu’il disait sa « conversion », on voyait à l’image le visage d’une fille sublime qui se recoiffait au matin et mimait une petite danse totalement ensorcelante. Le ralenti de son mouvement, son sourire touchaient au sublime : c’était Marion Cotillardsans maquillage. La puissance du cinéma était à son plus haut. Dans « Cotillard », il y a art et cotillon. Le public a tranché.Moi aussi.

 

 

 

 

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