Pas de bling bling pour les Chtis ?

Dans la rue, au café, dans le métro, au boulot, on ne parle que de Bienvenue chez les Chtis.Plutôt pour en dire du bien. Hier soir, une amie : « Ça plaît et c’est inattaquable, parce que c’est de la comédie généreuse, pas méchante ».Ce qui revient le plus, c’est vraiment : « Dany Boon » est un mec bien ». Dans ce chœur unanime, l’exercice du jugement critique paraît improbable, d’emblée disqualifié, renvoyé au jeu cynique de l’expert froid et sans cœur.

Dans la rue, au café, dans le métro, au boulot, on ne parle que de Bienvenue chez les Chtis.Plutôt pour en dire du bien. Hier soir, une amie : « Ça plaît et c’est inattaquable, parce que c’est de la comédie généreuse, pas méchante ».Ce qui revient le plus, c’est vraiment : « Dany Boon » est un mec bien ». Dans ce chœur unanime, l’exercice du jugement critique paraît improbable, d’emblée disqualifié, renvoyé au jeu cynique de l’expert froid et sans cœur.

Comme chacun sait, le critique n’est pas un « mec bien ». La semaine dernière, Paris Match ne s’y pas trompé avec une une montrant le comique avec sa compagne et le qualifiant de « champion de la France fraternelle ». C’était sous-titré : « La revanche des antifrime ». C’est toujours la même caricature binaire de la société française qui revient : d’un côté, les « gens simples » qui travaillent, les « gens vrais » aptes à la vie ; de l’autre, les frimeurs, les « bobos » qui ne foutent rien et regardent les hommes tomber.

 

Le mot qui m’intéresse dans tout ça, c’est « frime », un peu oublié, presque désuet ; je me souviens d’un album de Léo Ferré qui s’appelait comme ça : La frime : c’était quelque chose. Dans Paris-Match – qui pèse ses mots – « frime » s’entend comme la seule affaire du dandysme hautain et friqué, une posture répréhensible, loin des « réalités ». Comme si le geste pour rien, la pose gratuite, pour rire et séduire, n’étaient l’attribut que d’un groupe. Cette pensée-là me déprime ; car il existe une frime autre, une façon toute populaire de retourner l’arme de l’élégance pour rien contre ceux qui, socialement, l’ont codifié.

 

On voit ça exemplairement dans le rap, dans son exhibitionnisme formel, dans son « bling-bling » qui était une politesse du désespoir avant d’être l’épithète de notre président. On peut se perdre en sarcasmes contre cette façon d’exister des rappeurs, cette affichage des signes extérieurs de richesse contre toute réalité sociale. On peut mentir en disant que le rap n’est pas un genre musical populaire. Dans le bling-bling, j’ai toujours vu pour ma part un carnaval drôle et pathétique, une guignolade salutaire, unecontre-offensive surjouée à la codification socio-culturelle de la majorité.

 

Tant qu’il y a des personnages, il y a de l’espoir. Ceux qui exigent la profondeur des rappeurs sont superficiels. Comme cette une de Paris-Match et sa notion d’ « antifrime » qui participe de cet usage frelaté des mots qui est notre pain quotidien et qu’Eric Hazan a disséqué dans LQI. « Antifrime », version complaisante des « Beaufs » qui va rejoindre la « France d’en bas » et son cortège de perles langagières pour désigner les « cerveaux disponibles ».

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.