Lettre ouverte des passeurs d'humanité de Calais à Bartabas (Zingaro)

Monsieur Bartabas, Mesdames et messieurs de l’équipe de Zingaro,   Vous avez bien sûr entendu parler des « migrants » ou « réfugiés » de Calais. Mais vous ne savez probablement pas comment leur situation s’est trouvée liée à votre venue.

Monsieur Bartabas, Mesdames et messieurs de l’équipe de Zingaro,   Vous avez bien sûr entendu parler des « migrants » ou « réfugiés » de Calais. Mais vous ne savez probablement pas comment leur situation s’est trouvée liée à votre venue. En octobre 2013, un campement s’est installé à l’angle de la rue Lamy et du boulevard des Alliés, à deux pas du quai Fournier où votre chapiteau est en cour de montage, suite à une série d’expulsions. Le 28 mai dernier, il a été détruit en même temps que deux autres campements situés à proximité. Le préfet ayant cru bon d’annoncer à l’avance ces expulsions, une partie des personnes ont occupé le lieu aménagé pour la distribution des repas, dont les entrées donnent sur la rue Lamy et la rue de Moscou, et dont les grilles donnent sur le quai Fournier.

Lettre ouverte des passeurs d'humanité de calais à Bartabas-Zingaro

Le 2 juillet, ils en ont été expulsés. Plus de six cents exilés ont été arrêtés ce jour-là, dont cent vingt mineurs. Deux cents personnes ont été placées en centre de rétention, avec des décisions d’expulsion vers des pays d’origine comme l’Afghanistan, le Soudan ou l’Érythrée – heureusement, ces décisions n’ont finalement pas été exécutées. Les journalistes et les soutiens ont été brutalement mis à l’écart pour qu’il n’y ait pas de témoin à ce qui se passait ce jour-là. Une partie de ces personnes vivent maintenant sur des terrains appartenant à l’usine Tioxide, et sont dans l’attente d’une nouvelle expulsion (voir ceci et cela). Depuis le 2 juillet pour une durée indéterminée, les associations n’ont plus accès au lieu de distribution des repas. Celle-ci a lieu sur un terrain vague plus à l’écart. Le 9 juillet, la maire de Calais prend un arrêté (voir ici) présenté à la presse comme anti-bivouacs, en tout cas anti-migrants, qui inclus dans son périmètre la rue Moscou et ses approches, c’est-à-dire les accès au quai Fournier. Zingaro est l’activité phare de l’année 2014 pour la ville de Calais. Ses alentours ont été nettoyés de toute vue indésirable, et en particulier des personnes dont la vue est jugée indésirable. Vous ne portez bien sûr aucunement la responsabilité de cette situation, pas plus que les personnes qui viendront admirer votre spectacle.Mais c’est un legs que vous ont fait, bien malgré vous, les autorités, l’État et la mairie. Celui de vous trouver de plein pied dans une situation d’inhumanité, celle où on dénie à des personnes le droit d’occuper le simple espace dans lequel se trouve nécessairement leur corps, et où elles sont chassées de lieu en lieu parce qu’indésirables. Nous vous invitons à refuser ce legs, et à trouver avec nous le moyen de retisser de l’humanité avec les personnes exilées à l’occasion de votre venue à Calais. Nous sommes certains que vous trouverez une manière sensible et intelligente de le faire, et souhaitons en discuter avec vous. Et nous insistons pour que vous ne voyiez dans notre démarche aucun reproche, mais une main tendue vers plus d’humanité. Cordiales salutations,

Les Passeurs d’hospitalités.

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