Eloge des PLAISIRS

L’époque est si brutale, si résolument tournée vers la consommation qu’elle nous  ferait presque oublier ces plaisirs qu’on dit « petits ». Face aux douleurs du monde, nous serions vaguement gênés de les évoquer, comme si la simple joie de vivre devenait impudique et qu’aux risques du désir nous préférions la morne complainte de l’insatisfaction.

 Chantons donc les plaisirs et en premier lieu, le plaisir des corps.

Voici comment Lucienne Desnoues nous parle des amants :

 « Et les amants s'en furent se cacher
Dans le bourru de la chaude garrigue
Dans le touffu que nul sourçon n'irrigue
Dans le griffu qui croque du rocher

Que ce fut doux sous les broussins d'yeuses
Pour baldaquin les bâches du Mistral
Pour matelas le chaos minéral
Que ce fut doux l'amour minutieuse

Que ce fut doux quand le soleil oppresse
Tout excité d'insectes zélateurs
Donner au temps des leçons de lenteur
Donner à Dieu des leçons de tendresse  »

 J’aime aussi, par exemple, la façon dont Axelle Red passe de la sexualité à la sensualité. (Pour écouter : http://www.youtube.com/watch?v=GswGbImzcos )

Et le territoire de la sensualité est vaste. N’est-il pas sensuel, lui aussi, le repas entre amis où se mêlent joyeusement le partage des mets et des vins, les regards échangés, les propos libérés, la chaleur des épices ?

Plaisir des sens ou sens du plaisir quand, en terrasse, le soleil vient caresser la peau et la première gorgée de café délicieusement couler dans la gorge ?

Et puis enfin – ou avant tout, qui sait ? – le plaisir des mots.

"Les mots", disait Queneau, "il suffit qu’on les aime pour écrire un poème".

Et voici comment il le prouve :

" Bon dieu de bon dieu que j’ai envie d’écrire un petit poème.
Tiens, en voilà justement un qui passe
Petit petit petit
Viens ici que je t'enfile
    sur le collier de mes autres poèmes
Viens ici que je t'entube
    dans le comprimé de mes œuvres complètes
Viens ici que je t'enpapouète
    Et que je t'enrime
    Et que je t'enrythme
    Et que je t'enlyre
    Et que je t'enpégase
    Et que je t'enverse
    Et que  je t'enprose
La vache
il a foutu le camp "

Décidément, entre Queneau et moi, ce sera pour toujours… à la vie, à l’humour !

Voilà. C'était mon premier billet sur cette édition qui parle aux sens.

Alors à vos claviers et… au plaisir de vous lire !

 

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