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Billet de blog 1 avril 2008

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Arthur et Hercules

L’été dernier, j’écrivais un article dans Les Inrocks sur le retour de la disco. Et ce printemps-ci, j’ai l’impression que tout le monde se pâme devant l’excellent single d’Hercules & Love Affair, Blind, qui fait écrire à peu près tout et n’importe quoi sur la disco. Personnellement, j’ai longtemps détesté la disco.

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L’été dernier, j’écrivais un article dans Les Inrocks sur le retour de la disco. Et ce printemps-ci, j’ai l’impression que tout le monde se pâme devant l’excellent single d’Hercules & Love Affair, Blind, qui fait écrire à peu près tout et n’importe quoi sur la disco. Personnellement, j’ai longtemps détesté la disco. Mais c’est normal, je suis un “indie boy”, au fond, comme me l’ont fait remarquer mes amis Drew et Martin. Cela dit, depuis quelques années (en gros, depuis que j’ai compris que ni Loop, ni Spacemen 3 ne seraient jamais les groupes préférés de personne d’autre que Philippe et moi), j’adore la disco. Plus exactement, je me suis mis à l’adorer grâce à deux figures. D’abord, Chic, qui est l’un des grands groupes mésestimés (malgré ses millions de disques vendus) par l’histoire : peu de choses surpassent ses productions cintrées, enveloppantes et presque psychotiques, emplies souvent de questionnements, de tristesse affichée, de larmes retenues (mais pour mieux danser). L’autre figure, c’est celle d’Arthur Russell, que j’ai commencé à écouter grâce à son album minimaliste World of Echo (beau à pleurer, du violoncelle, de la reverb, une voix - rien de disco là-dedans). Ensuite, je me suis immergé dans son oeuvre plus dansante, que tout le monde s’ingénue désormais à citer en exemple ou à prendre comme point de repère pour paresseusement parler de morceaux comme ceux d’Hercules. Arthur Russell, donc, est devenu l’alibi bien pensant pour aimer la disco : si Arthur, qui était une figure de l’underground new yorkais proche de David Byrne des Talking Heads, en a fait, c’est que la disco est bien légitime, non ?

Je n’échappe pas à cette règle, bien sûr. J’y ai succombé en premier. Mais, je crois que la disco d’Arthur Russell n’a tout de même rien à voir avec celle d’Hercules : Arthur Russell expérimentait, enregistrait des heures durant et ses plus beaux morceaux, les plus discoïdes et tubesques, étaient en fait des mixes faits par d’autres, notamment par le légendaire François Kevorkian. Arthur Russell voulait un tube, mais il avait une pensée et une énergie trop complexes pour y aboutir vraiment. Je doute qu’Hercules soit de cette même trempe, aient la même diversité.

Par contre, la tristesse qui se dégage du chant d’Antony, invité sur Blind, est tout à fait évocatrice de cette même sensation de délitement de soi qui alimente les plus misérables morceaux de Chic. Entre leur At Last I Am Free (I can hardly see in front of me, continue d’ailleurs le chant sur ce morceau) et Blind, il y a plus que de simples échos, il y a une communauté, une continuation. A la différence près que, blancs et pédés, les gars d’Hercules n’ont sans doute aucun mal à se faire accepter dans les clubs branchés. Ce qui n’était pas le cas de Nile Rodgers et Bernard Edwards qui, parce qu’ils se faisaient refouler des boîtes de NYC, passaient leur temps à composer le tube parfait. Les freaks c’étaient eux. Les génies aussi.

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