Nevermind, l’évidence

 Kurt Cobain a mis fin à ces jour le 5 avril 1994. Il y a tout juste 15 ans. NoiseNews.net revient sur la discographie du groupe. Aujourd’hui : Nevermind, le disque par lequel le déluge arrive. 

 

Kurt Cobain a mis fin à ces jour le 5 avril 1994. Il y a tout juste 15 ans. NoiseNews.net revient sur la discographie du groupe. Aujourd’hui : Nevermind, le disque par lequel le déluge arrive.

 

 

Et là, le rock’n’roll a fait un tour sur lui-même. C’était ça ou mourir dans les montagnes de fric et de coke des stars repues, c’était ça ou s’endormir devant les solos de guitares à rallonge promulgués par des monstres de foire habillés comme des clowns. C’était ça ou oublier les leçons des Beatles, des Sonics, des Stooges, et des Ramones, n’en faire que des éclaircies passagères alors qu’ils détenaient la vérité. Le rock, ce truc d’ados avait fini par tomber au mains des adultes. Nirvana allait mettre la claque du siècle à tous les pédants. Avec quoi ? Des chansons, tout simplement.

 

Des chansons, et la bonne vieille formule du garage : des mélodies simples et mélancoliques, speedées et salies. Et ça, Nirvana le fait mieux que personne. En quatre accords, et deux notes aigrelettes, Smells Like Teen Spirit invalide 20 ans de rock prétentieux et expert. Polly va prouver que le son clair peut avoir autant de puissance que le plus lourde des saturation, Come As You Are va détroner Smoke On The Water dans la catégorie du « comment faire croire qu’on sait jouer de la guitare avec 1 corde », Something In The Way va établir le lien entre le folk et ce rock ancestral, Territorial Pissing va donner une leçon de punk rock aux punks eux-mêmes, In Bloom va résumer toute l’époque par son riff trainant et sa basse qui raballe… Tout est là. Le rock est là. Il est beau, il est jeune, il est braillard, il est sensible, il est triste, il est moqueur. Il est incompris…

 

Parce que Nirvana, c’est aussi le plus grand quiproquo de l’histoire du rock. « Here We Are Now, Entertain Us », la supplique du refus de Kurt de se transformer en bête de foire formaté pour MTV va les emmener en haut des charts. Ce putain de « Teen Spirit » (on ne va pas ressasser ici l’anecdote de l’eau de toilette bon marché et de la phrase écrite par Kathleen Hannah sur le mur de la piaule du blondinet), c’était tout ce que Kurt détestait, refusait. Et le voilà devenir porte-parole officiel d’un soit-disant Teen-spirit. Le teen-spirit n’existe pas, n’existera jamais parce que ce que déteste le plus un ado, c’est qu’on parle à sa place. Alors quoi de plus haïssable que de devenir le « porte-parole d’une génération ».

 

Pourtant, merde, c’était bien vrai que Nirvana s’habillait comme nous, qu’on pouvait leur ressembler, qu’on pouvait jouer leurs chansons sans être virtuoses, et même qu’on pouvait en écrire qui ressemblaient aux leurs. la formule était donnée : Verse/Chorus/Verse [1], le couplet en clair, le refrain en saturé avec la batterie qui pète, un solo merdeux qui reprend vaguement la ligne de chant, et vogue la galère. Tous le monde a imité, personne n’y est arrivé. Le charisme et la voix de Kurt (une fois encore) y sont pour beaucoup. Le manque de sincérité des suiveurs encore plus. Malgré tout, c’est là que se situe la plus grande action de Nirvana : redonner le rock aux gamins. Alors oui, on a fait de la merde, mais on l’a faite nous-même, et on n’acceptera plus qu’on nous vende des Guns’n’Roses et autre Joe Satriani.

 

La situation est donc pénible pour Kurt. Il a fait passer son envie, il a transmis son émotion, il a émancipé le rock. Mais au passage, il est devenu ce qu’il ne voulait surtout pas être : Une Idole. Karl Marx aurait dit que Nirvana portait en lui les germes de sa propre destruction.

 

L’injustice se comprend dans toute son horreur avec ces presque vingt ans de recul : Tout a été fait pour que Nevermind soit un produit de son époque. La meilleure preuve, c’est qu’il est de loin l’album de Nirvana qui a le plus mal vieilli. Les chansons sont toujours fantastiques, mais la production est abjecte, dramatique. Ces chorus, ces batteries filtrés, ce son directement inspiré par le Hard FM en font un objet daté, désormais kitsch. Derrière les manettes, Butch Vig a tiré sa renommé du travail qu’il a fournit sur ce disque. Pourtant, on aurait dû lui couper les mains pour avoir à ce point salopé un chef d’œuvre. Pourquoi Rick Rubin ou Steve Albini n’ont pas été choisis à sa place pour produire ce disque ?

 

Parce que Butch Vig est Judas. Sans lui, point de martyrs. C’est lui qui pour une poignée de dollars a vendu le messie à MTV. Et en a ainsi fait le messie. Alors Kurt est allé se crucifier un peu tous les soirs devant un parterre d’individus qui le regardaient en se disant « Here we are now, entertain us… »

 

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