Dear Science, le nouvel album de TV on The Radio

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Un de mes plus beaux souvenirs d’interview remonte à 2004 lorsque je rencontrais Dave Sitek pour la sortie du premier album de TV on the Radio. A l’époque, personne ne parlait vraiment de ce groupe, mais leur disque avait quelque chose de vraiment intrigant, de puissant et malicieux, tout en énergie et en retenue aussi. J’étais littéralement tombé amoureux de leur ballade acapella Ambulance, qui n’est jamais vraiment sortie de ma tête. Ce jour-là, Sitek m’avait fait l’impression d’un type assez incroyable et nous avions parlé de ses heures de galère à NYC lorsqu’il vendait des toiles dans la rue pour survivre, de sa passion pour les baskets rares, de son amour pour Pharoah Sanders et le free jazz coltranien. Un amour que l’on retrouve notamment lors des concerts du groupe qui m’ont souvent donné l’impression d’être un moderne mélange entre le MC5 et Pharoah Sanders ou encore entre le Velvet et James Brown, période The Payback.

Fin septembre, TV on the Radio sortira un nouvel album intitulé : “Dear Science,” - la virgule finale fait bien partie du titre augurant du fait que l’album s’écoute sans doute comme on lirait une lettre, une longue lettre faite de chapitres, de digressions, de multiples pages pouvant s’entremêler. Une virgule qui dévoile comme un souci littéraire, comme une envie de faire pénétrer un mode de narration épistolaire au coeur même d’un disque. Autant de suppositions qui donnent envie de voir dans la construction de l’album, dans son projet, les mêmes motivations qui étaient au coeur, par exemple, des films les plus littéraires de Truffaud ou encore de ceux, les plus alambiqués, de Godard.

En tout cas, cette lettre de TV on the Radio frappe immédiatement, avec justesse et certitude, à la manière de ces disques que l’on écoute la première fois en se disant qu’on les connaît déjà presque par coeur, mais pas vraiment non plus. Le premier morceau, Halfway home, est une pure merveille d’élévation hypnotique porté par un chant de mélancolie glacée et une rythmique doucement acharnée, qui implose subrepticement. Ensuite, le disque se développe dans un millier de sens, puisant dans une sorte d’énergie presque droguée, qui ne tarit jamais. Parfois, un piano. Ailleurs, des cordes. Partout des guitares qui vrillent, virevoltent, mais s’apaisent aussi parfois comme sur l’époustouflant Family Tree qui évoque l’atmosphère de la face B de Before And After Science de Brian Eno.

Dans l’espèce de ventre mou musical qui semble prédominer ces temps-ci dans le rock le plus classique, cet album est une perle que l’on s’écoutera longtemps, en y découvrant à chaque fois de nouvelles strates, de nouvelles raisons d’avoir la chair de poule.

Le disque sort le 22 septembre. Tracklist :

Halfway Home
Crying
Dancing Chose
Stork & Owl
Golden Age
Family Tree
Red Dress
Love Dog
Shout Me Out
DLZ
Lover’s Day

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