Rage Against The Machine: Les héros du peuple sont immortels

Hier soir j'ai vu Rage Against The Machine au parc de Saint-Cloud. Mystérieusement, l'annonce de leur reformation après 7 ans d'absence n'a pas du tout sur moi l'effet qu'ont pu avoir celle des Pistols (tous les dix ans…) ou celle des Pixies. Con comme un fan, l'idée que ceci puisse n'être qu'une vile entreprise commerciale ne m'a pas traversé l'esprit. Elle ne le traverse toujours pas ce matin. 

Hier soir j'ai vu Rage Against The Machine au parc de Saint-Cloud. Mystérieusement, l'annonce de leur reformation après 7 ans d'absence n'a pas du tout sur moi l'effet qu'ont pu avoir celle des Pistols (tous les dix ans…) ou celle des Pixies. Con comme un fan, l'idée que ceci puisse n'être qu'une vile entreprise commerciale ne m'a pas traversé l'esprit. Elle ne le traverse toujours pas ce matin.

 

Bon, autant dire que je suis dans l'incapacité totale d'être objectif. Ca fait 15 ans que j'écoute ce groupe, ce qui pour l'heure représente donc plus de la moitié de mon existence, je les avait vus en 2000 à Montpellier, juste avant leur séparation, ce qui à l'époque constituait un motif de fierté suffisant pour mourir dans la sérénité. Enfin, j'ai acheté mes places pour ce concert dans la minute qui a suivi leur mise en vente.

 

 

D'un autre côté le fait de tant en attendre d'un concert me rend tout à fait intransigeant. J'ai dans un précédent billet exprimé toute ma déception suite à la reformation l'an passé des Smashing Pumpkins, mon jugement envers RATM si ceux-ci s'étaient permis de piétiner leur œuvre aurait été sans appel.

 

Il n'en est rien, donc. Ce concert était excellent, la sélection des titres tenait du best-of. M'ont manqué personnellement Settle for nothing, Revolver, Year of da Boomerang et Darkness (mais j'ai presque renoncé à trouvé un jour une version live de cette chanson égaré sur la BO de The Crow). L'énergie était intacte. L'atmosphère aussi. Entrée monumentale des quatres protagonistes tous vétus d'une combinaison de prisonnier de Guantanamo ou d'Abou Graïb, la tête dans un sac. C'est pareillement accoutrés qu'ils entament le show avec Bombtrack tandis que s'illumine une monumentale étoile rouge derrière eux. Bigre me dis-je, s'ils reste enfermés là-dedans le set risque d'être bref. Chance, le deuxième titre, Testify, les fait réapparaître habillés normalement. L'ambiance n'est pas à l'économie d'énergie. Les titres déferlent comme des cocktails molotovs. Je me surprends à connaître quasiment par cœur le repertoire, et à entonner bruyament les refrains (une vrai midinette…), même ceux du troisième album (The battle of L.A.) que j'étais persuadé de ne pas bien connaître.

 

Un set de prés d'une heure trente, rarissime dans un festival, et une clôture qui frise la perfection. L'internationale retentit, je lève le poingt et chante en chœur avec la bande son, évidemment, « debout les forçats de la faim… ». Je semble être le seul dans mon périmètre à le faire, lorsqu'explosent les deux dernières chansons du set, Freedom, et l'inévitable Killing in the name.

 

Musicalement, le groupe est resté au niveau. Une légère fluidité suplémentaire est apparue dans le flow de Zach de la Rocha, rappellant qu'il a plus œuvré dans le hip-hop que dans le hardcore ces dernières années. Aucun disque n'est paru, mais pas mal de titre traînent sur internet, qu l'ont peut pour la plupart trouver rassemblés dans un fichier nommé Keep it Zipped sur une plateforme de téléchargement dont le logo est un équidé cher à Stevenson (et au cévenol que je suis). Niveau guitare, Tom Morello se permet parfois de sortir de ses habituels bruitages pour tenter quleques enchaînements de notes hendrixiennes. Oui, parce que le premier qui dira que RATM c'est de la merde, que c'est toujours pareil et qu'il n'y a a pas de mélodies peut courir se réfugier dans ses disques de Bon Jovi et de Police. On parle sérieusement là. Évidemment qu'il n'y a pas de mélodies, RATM, c'est avant tout une histoire de rythme, ce n'est rien de plus que du hip-hop fait avec de vrais instruments brutaux. Une basse, un beat, qui n'est rien de moins que celui de Bo Diddley poussé à l'outrance, une guitare chargée de produire des effets plus que de tenir un rif, un chant rappé qui peut prendre des airs d'hymnes guerriers.

 

« Fuck ya I won't do what you tell me », et le groupe s'en va. il est 23h20, on a largement le temps de prendre un metro pour rentrer. Que demander de mieux ? Oui, parce qu'il faut quand même dire un mot du cadre de ce concert. Expérience, dans son disque de reprise (Negative karaoké with a smile) a traduit le Revolution will not be televised de Gill Scott-Heron. « La bande originale de la révolution ne sera pas écrite par Rage Against The Machine » y chantaient-ils. Certes. Meugler l'internationale sous les drapeaux Virgin 17 et département du 92 n'est pas dénué d'un certain piquant.

 

Il y aurait beaucoup à écrire sur les festivals. La saucisse pourrie à 6€, les couillons qui ont acheté leurs places 6 mois avant pour ne rien voir du concert parce qu'ils sont torchés à 17h, les gros bœufs dégoulinant de sueur qui courent se mettre des roustes au premiers rangs, les metalleux en t-shirt Deicide ou Orbituari qui hantent la buvette en parlant de Warcraft ou de Final Fantasy XXVII, quand bien même rien ne peut se rapprocher dans la programmation de ce qui peut sembler appartenir à leurs goûts musicaux, le breton et son pénible besoin de brandir son drapeau…Tout ceci fera éventuellement l'objet d'une contribution postérieure. Ou pas.

 

Pour ma part, j'ai passé l'âge d'évaluer les concerts aux nombres de bleus recensés sur les tibias le lendemain. À l'écart du bestial pogo, la mise en place d'écran vidéo est donc une aubaine. Et il faut reconnaître que les images étaient bien tournées hier soir, ce qui n'est pas toujours le cas.

 

 

crédit photos : Michela Cuccagna

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