Dépoussiérage : Wanna Meet The Scruffs ?

Enregistré en 3 jours en 1977 dans le studio qui révéla Big Star à Memphis… Humm, comment passer à coté de ça ? 

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Enregistré en 3 jours en 1977 dans le studio qui révéla Big Star à Memphis… Humm, comment passer à coté de ça ?

 

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C’est pas une vie… non seulement il faut suivre l’actu des sorties de disques, mais en plus écouter tout ce qui a été publié avant que l’on naisse… un vrai travail de forçats. Et comme si c’était pas déjà assez, de temps à autre, un journaliste zélé nous dégote un truc au hasard d’un article, un bidule passé inaperçu, et susceptible de changer notre entière perception du monde.

 

Ainsi, au cours des deux derniers mois, tout le monde s’est mis à écrire sur Big Star, la mythique formation d’Alex Chilton et Chris Bell se voyant gratifiée d’un somptueux coffret. Je passerais sur la jalousie et la fierté de voir un petit bien un peu confidentiel révélé au grand public. Et j’en vient au fait. Dans son dossier afférent à l’orchestre de Memphis suscité, l’excellent magazine Eldorado joint, comme à son habitude, une suggestion discographique connexe, parmi laquelle ce disque : Wanna Meet The Scruffs ? par The Scruffs. Laconiquement décrit en ces termes (de mémoire) : « Enregistré en 3 jours en 1977, peut-être considéré comme la version punk de Big Star »

 

De quoi en recracher ses vermicelles derechef. La version punk de Big Star … ? se pourrait-il alors s’agir du meilleur disque de tout les temps ?

 

Question à laquelle nous répondrons illico « NON ». Ce n’est donc pas aujourd’hui que notre carte conceptuelle de l’univers s’en verra bouleversée. Mais ce n’est pas pour ça que ce disque n’est pas bon. Il est même excellent, et mérite de siéger aux cotés des Nerves, Buzzcocks, Undertones, Wire ou autres Stiff Little Fingers au Panthéon des ni-punk-ni-pop-bien-au-contraire [1].

 

Évacuons tout de suite les écueils de la galette : des compositions qui manquent de concision parfois, des constructions pas toujours lisibles, et une voix un peu déconcertante, que l’on met du temps à apprivoiser. Mais qui, de fait, souffre de la tutelle de Big Star : comment faire pour jouer dans la même cours quand on est un chanteur moyen.

 

On se focalisera plus volontiers sur les raisons qui en font un grand disque. Tout d’abord, ce son inouïe, celui du studio Ardent de Memphis, ce son à la fois énorme et cristallin, ce son plein, chaud, qui envahit tout l’espace, qui prends dans ses bras. Le son de Big Star, oui. Mais contrairement à Big Star, à son pointillisme et son excellence de l’overdub, le travail est ici fait dans l’urgence. Ressort alors une œuvre sans artéfacts, un jeu énergique et sincère qui met à jour des talents de mélodistes rares. Si The Scruffs ne peut que souffrir d’une comparaison, même d’une référence à Big Star, il faut bien admettre que sans Big Star, ce disque n’existerai pas, ou serait un disque de garage-rock de plus, sans grand intérêt.

 

Trouver l’objet original (qui à ma connaissance, n’a pas été réédité en vinyle depuis 1977) relève de la quête. Mais Rock-Ola a eut la bonne idée de le ressortir en CD en 2002. Avec l’éclairage mis sur l’incontournable parrain ces temps-ci, il n’est pas impossible que Rhino ou Sundazed s’y intéresse pour une re-parution, on l’espère, en 180g.

 

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