Il n'y a pas de société

La véritable urgence, c'est que nous devenions aptes à bâtir une société. Nous sommes restés primates sociaux, capables de gérer tant bien que mal des interactions de face à face, dans un groupe qui ne compte pas plus d'une ou deux centaines d'individus. Avec des dominances pl différentes et plus variables que chez nos cousins chimpanzés ou bonobos, parce que notre vie est plus encombrée : tout ce que nous fabriquons d'objets matériels ou idéels est occasion et moyen de coopérations et conflits beaucoup plus nombreux et divers que chez eux.

Mais nous avons foisonné, et pouvons vivre sur un territoire réduit en grand nombre, dans une promiscuité toujours plus accentuée. Et les structures "sociales" lourdes que nous avons confectionnées sont demeurées des artefacts, n'ont pas la force biologique des bandes de primates. Aux réactions "éthologiques" , nous avons voulu substituer des "conduites formelles", imposées par la force "politique"des chefs de guerre, et/ou des chefs religieux. Ni instinctifs, ni rationnels, nous nous perdons dans des interactions individuelles ou de groupes qui deviennent "virtuelles", en même temps qu'elles pèsent lourdement sur nos conditions matérielles de vie.

Nous n'avons jamais réussi à assumer notre spécificité d'homo faber, socius, loquens, sapiens. Notre société est beaucoup trop vaste et complexe pour nos capacités actuelles de gestion er de pilotage. Il devient urgent de développer ces capacités, parce que nous en sommes au point de compromettre notre survie en tant qu'espèce...Cette urgence est ressentie très largement, rarement formulée avec précision. On préfère, le plus souvent, dénoncer des problèmes dérivés, réels certes, mais sans remonter à l'état d'ensemble de l'humanité. Nous sommes "inachevés" en tant qu'espèce, parce que l'évolution culturelle que nous avons fait naître est, en partie, contradictoire avec l'évolution biologique dont nous sommes issus. Nous sommes "multi-ethos" et inventifs sans mesure, mais n'avons pas élaboré un "méta-ethos" capable de subsumer de façon viable tous nos ethos, et en les rendant compatibles avec le reste des formes vivantes de notre terre.

Je ne peux formuler ces idées que de façon maladroite, comme mes congénères. Mais je ne refuse pas de tenter de les voir plus clairement.

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