Un match d’ouverture plein de symboles

Au-delà d’une grossière erreur d’arbitrage, qui a gâché la fête et probablement peu interféré sur le cours d’une rencontre dominée par la « Seleção », au-delà des manifestions, aussi petites que violemment réprimées par des troupes militarisées, le match d’ouverture rappelle une nouvelle fois à quel point le Brésil est un « producteur de symboles ».

Au-delà d’une grossière erreur d’arbitrage, qui a gâché la fête et probablement peu interféré sur le cours d’une rencontre dominée par la « Seleção », au-delà des manifestions, aussi petites que violemment réprimées par des troupes militarisées, le match d’ouverture rappelle une nouvelle fois à quel point le Brésil est un « producteur de symboles ». C’est ce que m’a confié l’artiste plastique brésilien Roberto Cabot, qui exposera sous peu à Biennale de Taipei de 2014, en qualifiant la succession des buts, tous marqués par des Brésiliens.

A commencer par le premier, celui de Marcelo, contre son camp, ouvrant le score de la pire façon pour le pays hôte de la compétition. Au Brésil, où le football est présent au quotidien, il est aussi une des principales sources de métaphores linguistiques. Et « marquer un but contre son propre camp », en est une, pour souligner ces situations dans lesquelles on a voulu bien faire, on a voulu trop en faire, et qui se terminent mal. Or, aux yeux de la  majorité des Brésiliens, l’organisation même du Mondial à domicile est passée de la grande idée au « but contre son propre camp ». Elle devait réaffirmer aux yeux de la population et du monde entier la puissance d’un pays définitivement « émergé ». A travers la mort d’une dizaine d’ouvriers sur les chantiers des stades, dont certains « éléphants blancs », à travers les retards, les manifestations, elle a surtout eu comme résultat de rappeler l’improvisation perpétuelle, la corruption des élites et la violence policière.

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Marcelo a marqué un but contre son camp, et le silence s’est abattu sur le Brésil. Les supporters savaient que la partie durerait encore près de 80 minutes, mais d’un coup, la maison Brésil s’est effondrée. Et puis il y a eu un, deux, trois buts, signés par Neymar et Oscar, la nouvelle garde, l’espoir de demain et d’aujourd’hui, à l’image de ces jeunes défiant des policiers aux allures de Robocop. « Avec la coupe au Brésil, nous avons marqué contre notre camp, mais la coupe est là, alors il faut tout casser, tout mettre à bas, pour tout reconstruire, et sortir gagnants », poursuit Roberto Cabot. Tout refaire, le match, et le Brésil. 

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