Billet de blog 18 juin 2014

En hommage aux gardiens latinos

Le Brésil-Mexique de mardi a offert aux télespectateurs et aux footeux une nouvelle icône à vénérer dans le panthéon des goals sud-américains. Après son incroyable partition, Memo Ochoa, déjà connu par les supporters français (lire ici), y rejoint nombre de portiers mythiques, souvent atypiques et complètement barrés, devant lesquels il convient de s'incliner.

Stéphane Alliès
Journaliste
Journaliste à Mediapart

Le Brésil-Mexique de mardi a offert aux télespectateurs et aux footeux une nouvelle icône à vénérer dans le panthéon des goals sud-américains. Après son incroyable partition, Memo Ochoa, déjà connu par les supporters français (lire ici), y rejoint nombre de portiers mythiques, souvent atypiques et complètement barrés, devant lesquels il convient de s'incliner.

Le précurseur : Hugo Orlando Gatti

© 

Il est le premier gardien sud-américain dans le football moderne a avoir été surnommé "el loco" ("le fou"), et l'un des premiers à sortir fréquemment de sa surface pour venir perturber les attaquants adverses. L'Argentin et son bandeau ont imposé leur nonchalance intrépide dans une bonne partie de la deuxième moitié du XXe siècle, jouant de 1962 à 1988, jusqu'à 44 ans !

Sans grande carrière internationale (il n'obtiendra que 18 sélections sous le maillot albiceleste, et ne participera qu'à un mondial -en 1966- comme remplaçant), il est l'un des rares argentins à avoir évolué sous les couleurs des deux grands clubs ennemis de Buenos Aires (River Plate et Boca Juniors), remportant notamment une coupe intercontinentale (la coupe du monde des clubs)…

© enhcydup

Le Scorpion : René Higuita

Evidemment, c'est par son "coup du scorpion" que le Colombien restera à jamais dans la mémoire collective, un saut carpé arrière lui permettant de dégager le ballon sur sa ligne, lors d'un match amical contre l'Angleterre dans le temple de Wembley, en 1995. Mais Higuita, c'est bien plus que cela. Bon sur sa ligne et tireur émérite de coups-francs (il qualifiera presqu'à lui tout seul son club de l'Atletico Nacional en finale de la Copa Libertadores 1995 marquant le but de la prolongation, puis le tir au but victorieux), il aura surtout marqué des générations de goals de cour d'école. Avec cette façon de jeter le ballon quelques mètres devant lui et de se lancer dans des chevauchées fantastiques, face à des adversaires incrédules, finissant généralement par le découper…

© salazar347

On le connaît aussi pour s'être fait piégé par le mythe attaquant camerounais Roger Milla, qui lui chipera la gonfle dans les pieds pour éliminer la Colombie des huitièmes de finale du mondial '90. Un moment un brin pathétique, comme sa fin de carrière, où "el Loco" (eh oui, encore), ami d'enfance de Pablo Escobar et qui fut aussi suspendu deux ans, pour dopage à la cocaïne, s'illustrera dans une émission de télé-réalité sur la chirurgie esthétique, et transformera sa tronche de catcheur qui perd toujours à la fin en presque latin lover.

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Avant de renfiler les gants pour rejouer, à 44 ans, en deuxième division vénézuélienne puis en troisième division colombienne, jusqu'en 2010. Le jour de son jubilé, en 2010, il réalisera à nouveau son "coup du scorpion", devant son peuple, à Medellin. Mais au lieu de s'arrêter là, il n'en finira pas de se galvauder, animant même des avant-matchs de championnat mexicain, avec une quinzaine de gamins aux pieds carrés, devenant une sorte de Michelle Torr à la quinzaine de la saucisse de l'Intermarché de Moulins…

© ladc314

Le bulldog : Jose Luis Chilavert

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Contrairement à Memo Ochoa s'illustrant à Ajaccio la saison passée, Chilavert n'a pas franchement brillé dans le championnat de France. Arrivé trop gros en Alsace, le gardien paraguayen (qui remportera tout de même une coupe de France avec Strasbourg) a semble-t-il oublié sur son continent son talent immense. Celui de tireur de coups-francs, comme d'hab, mais aussi de redoutable stoppeur de ballon.

"Chila" sera deux fois désigné meilleur gardien du monde (en 1997 et 1998), et remportera à peu près tous les titres possibles en Amérique du Sud (dont des titres de champion d'Argentine, d'Uruguay et du Paraguay). Gloire absolue dans son pays, le "bulldog" (qui a longtemps affiché l'animal sur son maillot) était un grand tireur de pénalty, un talent qui lui a aussi permis d'être très fort au moment de les arrêter. Malgré une grande prestation, il ne parvint toutefois pas à gâcher la fête du mondial 1998 en France, battu au bout de la prolongation par un tir à bout portant de Laurent Blanc, en huitième de finale.

© OSCAR2001234456789

Le spécialiste des pénos : Sergio Goycochea

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Bien que multi-titré (Intercontinentale, Libertadores et championnat d'Argentine avec River Plate, champion de Colombie avec le Millonarios et du Paraguay avec le Club Olimpa), c'est la coupe du monde 1990 qui identifie Goycochea. Dans cette compétition, alors qu'il devait être troisième gardien de l'Argentine de Maradona, il remplace Nery Pompido au milieu du second match, pour cause de fracture de la jambe. Et qualifiera l'Albiceleste pour les demies puis la finale, en arrêtant à chaque fois deux pénalties lors de la séance des tis-aux-buts. Quatre arrêts qui renvoient des légendes comme Faruk Hadzibegic et Dragan Stojkovic, Roberto Donadoni ou Aldo Serena. C'est aussi sur un pénalty, qu'il ne parvint pas à détourner cette fois, que l'Argentine sera éliminée du mondial italien. Comme Ochoa et Chilavert, "Goyco" aurait lui aussi pu avoir une histoire d'amour avec la France, mais à peine arrivé au mythique Stade brestois, celui-ci fit faillite.

© Pablo Tano

Le "barriolé" : Jorge Campos

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Pilier de la "Tricolor" mexicaine, il est lui aussi à l'aise dans les fondamentaux du gardien latino. Avant-centre de formation, il a longtemps eu coutume de finir les rencontres en attaque. Aux cages, il a lui aussi l'habitude de s'éloigner de son but pour partir à l'aventure. Mais ce qui a marqué chez Campos, autant que ses arrêts impressionnants, c'est les couleurs de ses tenues, faisant perdurer la mode du fluo jusqu'à la fin des années 1990. Des maillots incroyables, mêlant jaune, rouge, rose ou vert, qu'il dessinait lui-même. Oui, le gardien sud-américain n'est pas que fou, il est aussi artiste…

© OSCAR2001234456789

Le goleador : Rogerio Ceni

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Il est sans doute le seul gardien de but célèbre dont personne ne se souvient d'un arrêt. Et pour cause, la spécialité du goal du FC Sao Paulo (le club de toute sa vie) n'est pas d'arrêter les buts mais de les marquer. Sur coup-franc, le plus souvent. Depuis ses débuts professionnels en 1992 jusqu'au 20 mai dernier, date de son dernier pion de la saison, Rogerio Ceni a marqué 116 buts (on peut voir les cent premiers ici), ce qui lui a notamment permis de remporter deux coupes libertadores (l'équivalent de la ligue des champions). Et pourtant, si on cherche, on se rend compte que l'homme est aussi très fort sur sa ligne…

© Murilo Henrique

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