Billet de blog 23 juin 2014

Aux footeux algériens oubliés des années 1990-2000…

Dès que les Fennecs se mettent à (re)briller dans le foot, comme ce dimanche avec leur carton contre la Corée (4-2), on (re)pense toujours à la grande Algérie de 1982 et 1986. Mais jamais à ceux qui étaient aussi beaux à voir jouer, mais qui n'ont rien gagné depuis. Soutiers classieux du championnat de France des années 1990 et 2000, nous ne les oublions pas.

Stéphane Alliès
Journaliste
Journaliste à Mediapart

C'est un classique en France, dès que l'équipe d'Algérie pointe le bout de son nez dans les hautes sphères du foot mondial. Tandis que les plus racistes se plaignent d'un drapeau, d'un klaxon ou d'une prière (ne s'en offusquant jamais quand le drapeau est portugais, le klaxon belge ou la prière catholique), les amateurs de beau jeu se remettent à parler de la fabuleuse équipe du FLN (voir ici) ou de la génération dorée de Dalheb et Madjer, honteusement privée de qualification par un arrangement Allemagne-Autriche en 1982 (voir ici). Et nous aussi, forcément, on a pensé à l'éternel Lakhdar Belloumi…

Belloumi Lakhdar meilleur sportif Africain et Ballon d'Or de France Football 1981 © coulibalymca

Mais alors que la mairie de Roubaix décrète un couvre-feu préventif avant Belgique-Algérie, que la préfecture de police de Paris considère une victoire des Fennecs comme un 11-Septembre potentiel (fermant la station de métro dix minutes après le coup de sifflet final du match et mettant en place un dispositif anti-émeute impressionnant pour un soir de victoire), ou que les fachos truquent les photos ou font courir des fausses rumeurs d'église brûlée à Lyon, on a aussi eu une pensée pour ces héros vains du foot algérien, alors que leurs successeurs peuvent espérer une qualification, enfin, en huitième de finale du mondial. Ceux qui n'avaient pas moins de talent que leurs prédécesseurs, mais ont traversé presque trente ans de disette au niveau intercontinental, conséquence indirecte de la guerre civile qui a destabilisé le pays.

Le plus souvent, ces footballeurs ont marqué bien des supporters de la Ligue 1 française, car c'est ici qu'ils sont nés ou qu'ils ont effectué l'essentiel de leur carrière. Parfois, ils ont été présenté à leur jeune âge comme des "nouveaux Zidane", ce qui les a encouragé à vouloir choisir l'équipe de France pour finalement ne pas en avoir le niveau (comme Camel Meriem, qui l'a regretté) ou à attendre une convocation chez les Bleus, avant de se retourner finalement vers leur pays d'origine, à peine plus intéressé (comme Mourad Meghni). Forcément subjectif, notre panthéon à nous sent bon la division 1, les palmarès maigrelets et les clubs moyens. Et nos souvenirs les plus cultes penchent plutôt pour le tripoteur de ballon génial, mais qui en fait parfois trop. On y a retenu uniquement ceux qui ont été internationaux algériens, et laissé de côté Rafik Saïfi et Karim Ziani, qui ont pourtant bien le profil, mais qui ont fait partie de l'Algérie qualifiée pour le mondial de 2010, un exploit en soi à l'époque (remember "one, two, three, viva l'Algérie" et le barrage fratricide contre l'Egypte).

D'évidence, ces Algériens-là sont plus anonymes. En témoigne le peu de traces de leurs exploits sur Dailymotion ou Youtube. Mais qu'est-ce qu'on prend plaisir à repenser un instant à eux…

Cherif Oudjani

19 années en championnat de France, et treize clubs qui, hormis Lens son club formateur, sont assez improbables (Laval, Charleville, Epinal, Beauvais, Wasquehal)… Et pourtant, Oudjani est celui qui a marqué (de fort joli manière) le but décisif en finale de la Coupe d'Afrique des nationas -CAN-, contre le Nigeria en 1990. Le seul titre de l'histoire du ballon algérien…

© DZfoot

Kader Ferhaoui

L'ancien minot du Gallia club de Lunel (Hérault) a fait dix ans durant le bonheur des supporters montpelliérains, lors des jeunes années du club au haut niveau. Champion de deuxième division, victoire en coupe de France, quart de finale de coupe d'Europe. Avant de rejoindre éphémèrement Cannes, puis de quitter à nouveau Nicollin pour Saint-Etienne, dont il fut le capitaine deuxième division, avant de se terminer au Red Star (Saint-Ouen), alors en décrépitude.

En équipe nationale, Ferhaoui ne fit qu'un tour, onze matchs entre 1988 et 1994, mais surtout la CAN de 1988, où il marque un but décisif qualifiant son pays en demi-finale. Aucune vidéo ne lui étant vraiment dédié sur la toile, on se contentera d'un but contre Marseille en 1992. Mais il mérite mieux…

© TheFootballMemories

Djamel Belmadi

Le milieu offensif formé au PSG s'est fait connaître au milieu des années 1990 à Martigues, puis Marseille à deux reprises, après de furtifs passages à Cannes et au Celta Vigo. Sans une ligne inscrite à son palmarès, au terme d'une carrière de joueur prolongé entre l'Angleterre (Manchester City), puis le Qatar (à Al Garrafa et  Al Kharitiyath), puis l'Angleterre (Southampton), jusqu'à la France et Valenciennes en 2009 (où il claque une superbe volée contre Monaco). Devenu entraîneur au Qatar, il remporte deux titres avec Lekhwiya, et vient d'être nommé sélectionneur national de la pétro-monarchie. Et avec l'Algérie ? Pas grand chose, 20 sélections, 5 buts. Mais ce superbe coup-franc contre Barthez, lors du France-Algérie "amical" de 2001 au Stade de France, interrompu à 4-1, après l'invasion du terrain par les supporters algériens…

© Ali Sariane

Ali Bouafia

Voici l'une des idoles de la jeunesse lyonnaise de mon collègue de Mediapart Fabrice A. (ah l'OL des années Génésio et Kabongo…), au point qu'il a arrêté depuis de s'intéresser au foot. Mais Bouafia, qui n'a connu que six sélections en équipe d'Algérie, n'est pas l'homme d'un seul club hexagonal. Il en a connu 8 en 17 ans. De Mulhouse à Guingamp, en passant par Marseille, Lorient, Strasbourg, Créteil ou Sochaux, il n'a laissé que des bons souvenirs, celle d'un attaquant souvent décisif. Comme ici, en coupe de France avec Mulhouse (sous les ordres du jeune coach Raymond Domenech)…

Football : Mulhouse-Nice en Coupe de France © INA

Abdelhafid Tasfaout

Cet attaquant déniché par Guy Roux au mitan des années 1990 a été double champion d'Algérie avec le MC Oran, avant de participer (modestement) au doublé coupe-championnat d'Auxerre en 1996, puis de s'installer avec davantage de réussite à Guingamp, durant cinq ans. Et pourtant, malgré cette carrière relativement anonyme, Tasfaout est toujours aujourd'hui le meilleur buteur de l'histoire (récente) du foot algérien, avec 35 buts, et n'est autre que l'adjoint de l'entraîneur actuel Vahid Halihodzic. Et dire qu'on ne trouve pas mieux qu'une égalisation de l'En Avant à Auxerre…

© Anduril22

Moussa Saïb

Il est la perle de notre panthéon, tant son parcours ressemble à son style sur le terrain. Inconstant, mais tellement remarquable. Berbère devenu très jeune l'idole des supporters de la Jeunesse sportive de Kabylie, le meneur de jeu entretient une histoire compliquée avec les Fennecs. Très tôt international, il est celui qui fait la passe décisive à Oudjani, lors de la finale de la CAN en 1990. Il n'a alors que 18 ans. Mais le reste de sa carrière internationale sera celui des échecs à répétition de la sélection, et l'instabilité politique se ressent dans la gestion de la fédération algérienne de footbal. Alors, Moussa Saïb s'exile et brille surtout en club. Et à Auxerre, surtout.

Avec l'AJA, il claque une coupe Gambardella (la coupe de France des juniors) puis se montre en coupe UEFA et gagne deux coupes de France et un championnat. Puis il brille en ligue des champions. File à Tottenham où il gagne une coupe de la ligue anglaise. Part faire une pige en Arabie Saoudite, à Al Nasr (un club de Riyad), où il participe à la coupe du monde des clubs. Revient en France à Monaco où il se blesse, puis à Lorient où il gagne une coupe de France, en guise de cadeau de pot de départ. Après quelques tergiversations pour finir à la cool sa carrière, il revient à la JS Kabylie, qu'il entraîne à intervalle régulier depuis cinq ans. Et il repense sans doute souvent à sa volée contre Ténérife en 1993, avec Auxerre…

© Berurier8623

Ali Benarbia

Cet autre n°10 de grand talent restera l'un des meilleurs passeur et tireur de coup-franc du championnat de France des années 1990. Débutée à 18 ans à Martigues (avec qui il sera champion de D2), la carrière de Benarbia est passée par des gros clubs du championnat, Bordeaux et Monaco, avec lesquels il sera à chaque fois champion. Même au PSG, il brille un temps mais ternit aussi, avant de découvrir la deuxième division anglaise à Manchester City, dont il sera capitaine en premier league, puis de s'exiler au Qatar pour gérer sa reconversion (il sera consultant de l'émirat par la suite). Petit bémol dans le tableau, Benarbia n'a d'attachement avec l'équipe d'Algérie que huit petites sélections. Attendant en vain d'être appelé en équipe de France, il ne joua qu'un an avec les Fennecs. Mais quelle frappe de balle…

© Berurier8623

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