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Suite à l’appel de la Direction de l’Ecole Normale Supérieure (ENS), le Conseil d'Etat a annulé l'ordonnance du TA qui la sommait de reconsidérer sa décision d’interdire un cycle de conférences organisé par le Collectif Palestine ENS.

Après l’annulation de la conférence de Stéphane Hessel en janvier 2011,une pétition signée par plus de 600 membres de la communauté normalienne (professeurs, élèves, anciens élèves, personnels…), et non par « une simple poignée d’élèves », demandait à la Direction que le Collectif puisse organiser des conférences sans risque de censure systématique.

Le Collectif Palestine ENS avait donc proposé trois conférences dans le cadre de l'Israeli Apartheid Week (IAW), du 8 au 10 mars 2011. Refusant catégoriquement toute négociation et toute explication de sa décision, la Directrice, Monique Canto-Sperber, a de nouveau interdit la tenue de ces conférences. Le Collectif a décidé de saisir le Tribunal Administratif (TA) qui a déclaré le 26 février 2011 que Monique Canto-Sperber avait « dans l'exercice de ses fonctions, porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion qui constitue une liberté fondamentale ». Ce lundi, le Conseil d'Etat a en revanche estimé que l'interdiction n'était pas « manifestement illégale».

L'argumentaire du Conseil d'Etat reprend en substance celui de la Directrice de l'ENS.

Le Conseil d'Etat stipule que l’établissement a vocation à se focaliser sur ses missions d'enseignement et de recherche, reléguant d’un revers d’épitoge la forte tradition d'accueil de conférences publiques à caractère politique à l’ENS. Jusqu’à très récemment, des réunions publiques et des meetings (Le Front de Gauche en 2010, Peillon et Cohn-Bendit en 2009, Devedjian en 2006) ont été tenus avec l'aval de la Direction. Comme la plupart des conférences à l'ENS, celles-ci étaient ouvertes au public. Les présomptions de troubles à l’ordre public qui avaient déjà été invoqués afin de justifier de l’annulation de la conférence de Stéphane Hessel n'ont, semble-t-il, posé problème ni à ces occasions ni, par exemple, lors du colloque sur la légitimité du sionisme (mai 2010). En dépit d’un effort de compromis, il ne semble pas que l'annonce par le Collectif de la limitation de l’accès aux conférences aux seuls détenteurs d'une carte ENS ait été prise en compte.

La Directrice prétend que les conférences organisées à l'ENS engagent l'Ecole, et que la tenue de l'IAW aurait nui à son image. La participation annuelle de l’Université Oxford à l'IAW a-t-elle affecté son image? En suivant ce raisonnement, l'ENS devrait cautionner tous les propos qui sont tenus en son sein… Doit-on en déduire que seules les thèses défendues par MoniqueCanto-Sperber ont droit de cité à l'Ecole ? Nous refusons de croire que l'Ecole se réduit à sa Directrice et nous défendrons jusqu'au bout le droit de la communauté normalienne à exprimer ses opinions, dans toute leur diversité.

Par ailleurs, le programme de nos conférences, s’inscrivant dans le cadre de l’Israeli Apartheid Week, avait pour objectif de préciser la notion d'apartheid israélien. Le communiqué de presse du Conseil d’Etat annonce de son côté que nos conférences appelaient « au boycott des échanges scientifiques et économiques » avec Israël –reprenant par là même le crédo de la Direction. Sinous ne pouvons exclure qu’un participant eût légitimement voulu débattre de la question du boycott, le procédé de réécriture nous semble un peu grossier de la part d’une si prestigieuse institution.

Nous sommes surpris que Bertrand Delanoë se soit impliqué dans cette affaire en recommandant à Monique Canto-Sperber un avocat membre du comité directeur du CRIF. Faut-il s’étonner de l’intervention de la Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche ? Valérie Pécresse a envoyé une lettre au Conseil d'Etat avant qu’il ne prenne sa décision, accompagnée d’un mémoire de soutien à la Direction de l'ENS. Il semblerait que le gouvernement ait craint que l'ordonnance du TA ne fasse jurisprudence et qu’à travers toute l’université française des discours critiques à l’égard de la politique israélienne puissent se diffuser. Cette parole qui s’appuie pourtant sur le droit international se trouve très régulièrement interdite dans les universités françaises, voire même dans des salles publiques, comme la conférence de Leila Shahid autour de l'œuvre de Jean Genet à Marseille (janvier 2011).

Le Collectif compte donc lancer une procédure de fond auprès du TA et faire appel de la décision du Conseil d'Etat devant la Cour européenne des Droits de l'Homme et le Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies.

Notre terrain est celui du droit et de la liberté et notre volonté est de dénoncer le crime d’apartheid dont est victime le peuple palestinien.

Signataires :

Collectif Palestine ENS, SUD Etudiants ENS, CGT-FERC Sup ENS, NPA ENS, PG ENS, PCF ENS.

Ainsi que :

Samir Abdellatif (ENS 2008) ; François Avisseau (2009) ; Marc Bagnol (2007) ; Renaud Beziat (2008) ; Romain Bigé (2008) ; Alexia Blin (2005) ; Jean-Loup Bonnamy (2008) ; Jérémy Boussier (2009) ; Sacha Bulart (2009) ; Alexandre Cremers (2008) ; Margot Dazey (2010) ; Alice de Charentenay (2005) ; Claire Delnatte (2010) ; Baptiste Dericquebourg (2006) ; Nicolas Desreumaux (2008) ; Laëtitia de Villepin (2008) ; Benjamin Faure (2008) ; Clément Fradin (2007) ; Sandro Franceschi (2009) ; Guillaume Fondu (2008) ; Sébastien Garcia (2008) ; Mona Gérardin-Laverge (2008) ; Anaïs Goudmand (2006) ; Jeanne Guien (2008) ; Ludovic Hetzel (1995) ; Paul Hobeika (2008) ; Hugo Jarry (2008) ; Narimane Koubache (2009) ; Aurore Koechlin (2009) ; Germinal Ladmiral (2005) ; Lila Lamrani (2005) ; Adrien Lecerf (2005) ; Julie Le Mazier (2003) ; Margaux Merand (2010) ; Marine Miquel (2009) ; Thomas Mollier (2010) ; Clarisse Monsaingeon (2010) ; Flo Morin (2009) ; Nicolas Nely (2010) ; Samuel Neuberg (2004) ; Mathilde Poizat-Amar (2010) ; Jean Quétier (2009) ; John Rogove (2006) ; Marion Salin (2009) ; Emilio Sciarrino (2008) ; Rémi Sinthon (2006) ; David Stroebel (2007 – Ingénieur) ; Hubert Tardy-Joubert (2007) ; Gildas Tilliette (2009) ; Chloé Thomas (2006) ; Aurore Tirard (2007) ; Florent Toulet (2008) ; EricVernier (2008) ; Laure Weil (2010).

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