Un Tibétain de 16 ans se fout le feu et un moine de 18 lui emboite le pas

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Pas ... Deux semaines après le nouvel an tibétain, à Herbertpur, une ville indienne près de Dehradun, un jeune adolescent, un gosse, un pré-adulte, un petit d'homme et de femme au désespoir désormais de ses parents, qui comme tous les parents du monde, ou, presque, au vu des tragédies qui plombent la planète, liste sans fin, liste interminable de victimes des trois ages de la vie mise à mal par les serials-killers de toutes les couleurs et toutes les religions plutôt monothéistes, qui, dans le registre de la destruction de grande ampleur ne se refusent rien, plus rien, se font, à voir leur tronches d'assassins enfarinés et béats, enturbannés, en-cravatés et autres empaffés de la chose publique sur laquelle ils ont mis le grappin et distribuent, comme au plus beau jour des affreuses troisième et quatrième république et autres second empires, légions d'honneur à titre ou pas posthume, prébendes sans fin et autres finasseries financières, se sont faits, ces salauds qui hissent la fonction à hauteur de sacerdoce, on ne déroge pas aux lois édictées de la fonction, qui privilégient la fonction à l'être, leur ministère à celui des êtres sensibles de toute nature, leur ministère aux façades d’airain aux ministères des arts de la vie telle qu'elle se devrait de se laisser, en toute bonne intelligence avec les êtres et les choses, se laisser savourer, salauds qui se font abondamment plaisir, pauvres parents, réduits à rien, plus rien que leur douleur, réduits au poing crispé de la douleur inexpugnable, que leur pauvre douleur dont le spectacle terrifiant renvoyé par l'autre, en miroir de la sienne, réciprocité d'une l'horreur aussi vaste que l'espace sans fin, réciprocité d'une horreur mise en abime sans fin dans le visage de l'autre, miroir insupportable du sien, de l'aimée achevée tordue, comme son fils par la morsure du feu, désespérée, parents, qui comme tous les parents ont tenu, par les mains en l'air lors de ses premiers pas, leur rejeton dont ils ignoraient - qui pense à ces moments, feignons de les oublier, craignons qu'ils n'arrivent, ne surviennent, vivons couchés, vivons pleutre et lâche, tête baissée, face contre terre, oublieux du primordial -  dont ils ignoraient le choix funeste, ce choix funeste qu'il lui échut de magistralement et éminemment mettre en œuvre, un petit d'homme et de femme, né de l'amour de ses parents, lieu d'élection d'une âme transmigrante, a décidé, tout bonnement décidé, du haut de ses seize printemps, étés, automnes, hivers, même pas révolus, de se foutre le feu et de profiter une dernière fois de ses jambes de gosse pour jouer les torchères porte-drapeau « le Tibet est un pays libre » criait-il la proie des flammes, d'une cause entendue et que plus rien ne peut plus inverser.

 

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 Dont plus rien ne peut plus inverser le cours, le cours tragique, le cours funeste pour une poignée, qu'est-ce que quelques millions au regard des milliardaires du nombre et du pouvoir sinon une poignée, d'hommes et de femmes et d'enfants captifs sur les hauts plateaux les plus hauts du monde et dont chaque jour qui passe rend leur sort moins enviable et plus désespérant encore que le jour précédent.

Hommes et femmes captifs du très mauvais vouloir de leur occupant par milliers, dizaines, centaines de milliers de soldats, de militaires et de forces de l'ordre pour lesquels, pour chacun desquels, " tuer un tibétain n'est rien ".

" Tuer un tibétain ... Pour un soldat chinois, ce n'est rien ... Tuer un tibétain est plus facile que tuer une souris ou un rat ... La raison est que les soldats chinois reçoivent des instructions de leur hiérarchie les persuadant que la vie d'un tibétain ne vaut rien. Un tibétain n'est rien, il est juste bon à être tuer ... Cela reflète tout le problème de la présence chinoise au Tibet.  Les tibétains ne valent rien, ils sont juste bon à être tués ". ..

In " Dalaï-lama, une vie après l'autre "  Documentaire de Frank Sanson, écrit par Sofia Stril-Rever.

 

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Plus rien, plus rien ne peut détourner ce fleuve de mort de son cours, plus rien ne peut plus l’empêcher de parvenir à son embouchure, large et immense comme un delta de la désolation, de la totale désolation, telle que celle qui règne dans le delta du Colorado, fleuve jadis phénoménal et impétueux, fleuve mythique aux rapides emportés et sauvages, fleuve-esprit à la fluidité de courant d'air qui creusera dans les déserts les plus arides les montagnes aux abrupts les plus escarpés, fondra la roche jusqu'en son socle premier, sculptera dans la pierre même l'image projetée des esprits des lieux, des esprit des dieux que les peuples qui y vivaient avant d'être détruits par leur semblables venus d'outre-atlantique, avaient fait leur et respectaient, surent respecter et honorer des millénaires durant avant que d'être brutalement, en quelques courtes décennies, persécutés et anéantis.

Les eaux du grand fleuve mythique Colorado qui façonna une certaine image d'une Amérique conquérante et dynamique de Yankees qui repoussent toutes les frontières, les eaux de ce fleuve mythique viennent désormais s’essouffler dans un delta immense, elles viennent s'y perdre, s'y déperdre, et le grand désert du delta du fleuve jadis, ce désert de toutes les pollutions les boit, les absorbe sans que plus jamais elles n'atteignent la mer.

Ainsi le Colorado se perd dans son propre delta et ne se jette plus dans aucune mer.

Plus rien, sinon une grande catastrophe, la grande catastrophe, auto-phage des temps terminaux, delta du Colorado des civilisations et fin des temps sans origine, delta terminal qui les ensevelira toutes, plus rien que la grande catastrophe dont les textes et les écritures nous instruisent, pour nous en, définitivement, détourner.

Il en va ainsi quand le temps du pouvoir qui a absurdement trop échu à des imbéciles, est parvenu à son terme.

 

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Aujourd'hui, en Inde, un enfant de 16 ans, Dorjee Tsering s'est mis le feu et brûla en appelant à l'indépendance du Tibet. Dans un témoignage vidéo, il dit, affirme à bout de souffle, que la principale raison de l'auto-immolation était d'éduquer et d'attirer l'attention du monde sur la crise en cours au Tibet.

Bod-Kyi-Bus-Bab a rapporté (selon Tibet-Times) :  « en septembre dernier, en parlant au téléphone, il m’a demandé si je serai fière de lui s’il embrassait la cause tibétaine ? Je lui ai demandé d’abandonner de telles pensées. Je lui ai dit qu’il y avait beaucoup d’autres façons de servir le Tibet. Je l’ai même menacé d’abandonner de telles pensées ou bien que je me tuerais avant.

Plus tard, il a présenté ses excuses et m’a assuré qu’il ne ferait pas une chose pareille. Il avait ensuite demandé à son père la même chose. Nous n’avons jamais imaginé qu’un garçon jeune pourrait effectivement passer aux actes, nous avons pensé que ce n’était que des mots et n’avons pas pris cela au sérieux. » 

Dans une vidéo (sic) absolument atroce,  Dorje a le visage tuméfié par le feu et gonflé, qui circule sur différents sites sociaux, le garçon à peine conscient et en grande souffrance tente d'exprimer et d'expliciter son geste et ses intentions.

L'auto-immolation comme moyen d'éducation, l'auto-immolation comme moyen-dernier d'attirer l'attention du monde sur la crise en cours au Tibet.

 «  J’ai décidé à me faire brûler comme un chomedey ( lampe à beurre) parce que  le Tibet est occupé par la Chine depuis 1959 et que j’ai toujours senti que je devais faire quelque chose pour la cause tibétaine. Hier, j’ai ressenti que la seule action qu’il me restait à faire était de m’immoler  » a dit, Dorjee.

 « Cet acte je pense provoquera un choc pour quiconque en entendra parler. Ceci va sensibiliser les gens qui vont découvrir qu’un garçon s’immole pour son pays. Des pays comme l’Angleterre, l’Amérique et l’Afrique (pays africains) entendront ainsi parler du Tibet, nous soutiendront et nous renforceront. Vive le Tibet Libre et je prie que Sa Sainteté vive plusieurs milliers d’années.  »

« A l’hôpital, il m’a demandé de ne pas regarder son visage », a déclaré sa mère. Trad. france-Tibet

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Jigme Ugen, activiste tibétain témoigne :

Je suis allé aux USA rencontrer la candidate à la présidentielle américaine, Hillary Clinton, au sujet de Dorjee et du Tibet.

Hillary a tout arrêté et m'a accordé, séance tenante, toute l'attention requise à mon exposé. 

Elle a, alors, pris la photo de Dorjee, et l'a tenue contre elle.

Elle m'a demandé de lui dire qu'elle est au courant et que son sacrifice ne sera pas en vain.

Elle a offert des prières pour Dorjee et qu'il reprenne force.

Elle a dit qu'elle est attentive à la situation du Tibet, qu'elle se montre soucieuse du non-respect des Droits de l'Homme au Tibet et qu'elle est sensibilisée par les innombrables auto-immolations, qu'elle continuera à tout faire, à tout mettre en oeuvre pour mettre fin à l'oppression par la Chine du Peuple Tibétain et de sa religion. 

Je tiens à remercier Hillary Clinton, et je vais toujours la tenir en grande compassion et bonté à cœur.

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Pour tous les Tibétains à travers le monde, le cycle des vieilles blessures et des cœurs brisés s'est, sous le coup de baguette de maitre zen d'une puissance incroyablement émotionnelle administré de main-de-maitre par un enfant, un ado, un tout jeune adulte de pas 16 ans, le cycle des vieilles blessures et des cœurs brisés, s'est ré-ouvert, et laisse béant le vide irraisonnable de ce sentiment d'impuissance.

Mais nous devons vider nos cœurs de la douleur qui les étouffent, les asphyxie, les noie et les broie, et les remplir de courage! Nous devons nous organiser alors que  nous pleurons, nous devons être, nous faire les voix, les porte-voix, les relais de Dorjee, faire retentir et rouler sa parole comme un tonnerre comme celle des149 autres immolés et répercuter sans fin l'écho des souffrances de nos frères et sœurs au Tibet dans tous les coins du monde.

Nous le leur devons.

Nous le devons aussi à tous les jeunes Tibétains vivant dans le monde libre pour leur montrer qu'il existe de nombreuses autres façons et manière  de mettre en évidence et relief comment éduquer et sensibiliser le monde sur le Tibet.

Cela devrait également être un appel au réveil de tous nos dirigeants politiques pour qu'ils abordent ouvertement et de façon honnête la question du  mouvement tibétain de par le monde dans cette synergie complexe qui touche, sensibilise et stimule notre jeunesse dans une culture axée sur les médias.

Nous avons besoin de l'authentique engagement des jeunes qui requiert que leur soient accordées autorité réelle et responsabilité ainsi que les possibilités de développer les compétences nécessaires pour prendre des décisions.

Que nos jeunes deviennent des agents du changement plutôt que des cibles à changer.

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Shak-tsang Kalsang commentait :

" Nous Tibétains plus âgés et spécialement  ceux qui ont des responsabilités officielles doivent respecter les tibétains dans leur liberté et leurs droits politiques et sociaux, et ne doivent pas induire en erreur, par des lavages de cerveau, les jeunes générations pris dans les rets où s’entremêlent sensibilité, parfois extrême et à fleur de peau, besoin d’apprentissage et tentation des actes.

Et de poursuivre  " Je prie pour ce jeune et prometteur Dorje, - le jeune homme, brulé à 95 % est un état critique à l'hôpital Safdarjung, à New Delhi - je prie pour son rétablissement et sa survie, et dont le sacrifice doit nous réveiller, interroger notre mode de pensée que nous devons apprendre à réactualiser. 

Encore une fois, je remercie Jigme Ugen d'apporter cette importante question à un tel niveau de soutien et de compréhension.

Mais concomitamment, en écho à l'acte de résistance de Dorje, Intra-Muros, " dans la plus grande prison à ciel ouvert de la planète " :

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 Au Tibet-occupé,  au Pays des Neiges maintenant ensanglantées et des Léopards chassés pour leur fourrure et remplacés par des meutes hurlantes et vociférantes en-vert-de-gris qui hantent les hauts-plateaux qu'ils se sont appropriés sans que le reste du monde libre ne s'y soit concrètement opposé, un moine, un jeune moine de 18 ans, guère plus âgé que Dorjé, un jeune moine du monastère Retsokha Aryaling, situé dans Kardze, province du Tibet-occupé extrêmement sensible sous la pression constante de la férule drastique chinoise, le moine Kalsang Wangdu s'est auto-immolé par le feu en signe de protestation dernière et ultime contre l'occupation chinoise et la destruction du peuple tibétain et de sa culture.

Alors que le feu qu'il avait allumé le dévorait, il trouva et la motivation dernière et la force ultime de crier, d’appeler, d'en appeler à « l’indépendance complète du Tibet ».

 

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