126, Phagmo Samdrup, un tibétain de 29 ans s'enflamme

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Photo coll. pers.


Dharamshala, le 7 février 2014,

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                                                     Phagmo Samdrup, 29 ans


Phagmo Samdrup, un Tibétain de 29 ans s'est immolé par le feu, ce mercredi,  à Tsekhog  ( incorporé à la province du Qinghai en Chine ) en signe de protestation contre les politiques répressives du gouvernement chinois. mercredi.

Il s'agit de la première auto-immolation tibétaine par le feu en signe de protestation non violente de l'année 2014. Portant le nombre d'auto-immolations par le feu à 216, depuis 2009.


Phagmo Samdrup s'est mis le feu aux environs de 21h30, mercredi,  près de l'école, dans le canton de Dokarmo, à Tsekhog (en chinois , Zeku)  dans le comté Malho ( Huangnan ),  la préfecture autonome tibétaine .

Les forces de police et de sécurité chinoises sont rapidement arrivées sur le lieu de l'immolation et se sont  emparées du corps carbonisé de
Phagmo Samdrup  et l'ont mis à l'écart. L'endroit où il se trouve, pas plus que l’état de l'auto-immolé ne sont connus.


Le lendemain matin, les autorités chinoises ont déployé des forces de sécurité massives, ont maillé toute la région autour de Tsekhog et à proximité de Rebgong, où plusieurs immolations avaient eu lieu plus tôt, par des cordons de polices afin de limiter les mouvements des tibétains dans cette région.

L'on sait la promptitude des autorités chinoises pour tenter d'empêcher que filtrent toute information, image et rapports sur la situation réelle du Tibet-occupé, et, à fortiori, quand il s'agit de cette plaie purulente pour le régime chinois qui dépense des sommes astronomiques, la majeure partie du budget d'entre autre le ministère des affaires étrangères y est engouffrée, pour, à défaut de vouloir la cautériser par le remède qui, seul adapté et requis par la communauté internationale, le permettrait, la masquer au reste du monde ainsi qu'à son propre peuple.

Cette plaie purulente que sont les auto-immolations par le feu, en signe de protestation de l'occupation complète, totale du Tibet-historique et de la destruction de sa culture et de son peuple,  que le régime chinois impute - c'est sa seule et unique doxa, son dazibao hors-de-prix, inscrit en lettres effrontément mensongères sur un mur rouge-sang  -  que le régime chinois impute à l'action du " Dalaï-lama et à sa clique ". 

Désinformation organisée, planifiée, budgétisée, films et séries TV à l'appui ..., interdiction de Médias étrangers, CNN by example,  reporters étrangers inquiétés, cueillis aux aéroports, pas forcement chinois - quant d'un voyage précédent à Bod,  བོད་  - Tibet  -  ils en avaient ramené des images par trop explicites de la réalité de la destruction de ce pays, désinformation constante  des populations chinoises quant à ce qui se joue au Tibet, et, comment cela se joue, et, avec quel retentissement à l'échelle planétaire puisqu' un juge espagnol, le juge Santiago Pedraz  a lancé un mandat d'arrêt international contre cinq à huit chinois, au nombre desquels le président Hu Jintao,  pour leur participation et responsabilités génocidaires à la répression sanglante contre le peuple tibétain 

Plaie purulente que ces auto-immolations par le feu, en signe de protestation de l'occupation complète, totale du Tibet-historique et de la destruction de sa culture unique, joyau de l'humanité foulée aux pieds par les chenilles des tanks de la modernisation à la chinoise, culture tibétaine extrêmement riche, savante, complexe et hautement sophistiquée, aboutie et plutôt inouïe dans ce qu'elle parvient à mettre à jour dans bien domaines où l'étude, l'expérimentation et la  réflexion sont les moyens, les outils, les armes bien pacifiques nécessaires à parfaire l'homme et le monde dans lequel il vit.



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                          Répression chinoise : " un crime contre l'humanité "


En août 2008, la justice espagnole s'est déclarée compétente pour instruire une plainte du Comité de soutien au Tibet  (CAT)  déposée à Madrid contre ces dirigeants chinois.  Les plaignants estiment que la répression des troubles au Tibet par les autorités chinoises au printemps 2008, est constitutive  " de crimes contre l'humanité par élimination systématique et généralisée de Tibétains, de blessures graves, tortures et disparitions forcées ".


Cette répression a fait, selon eux, au moins 203 morts, plus de 1.000 blessés graves et 5.972 arrestations illégales et disparitions. De son côté, Pékin a assuré qu'un seul Tibétain avait été tué par les forces de sécurité et que les émeutiers avaient tué 21 personnes lors des graves troubles de la mi-mars 2008 au Tibet et dans les régions environnantes.

Le juge Santiago Pedraz souligne que les faits dénoncés par la plainte, s'ils se confirment, " seraient constitutifs de crime contre l'humanité selon la législation pénale espagnole ".

La justice espagnole se reconnaît, depuis 2005, une compétence universelle pour enquêter sur les crimes contre l'humanité, génocides, et tortures de masse commis dans le monde entier, à condition que les faits dénoncés ne fassent pas ou n'aient pas fait l'objet d'une enquête dans le pays concerné.


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                                      Phagmo Samdrup avec sa famille  Photo/ Tibettimes.net


Là encore, ils n'ont pas trainé, l'exercice est bien rodé, maillage policier et militaire, et, déconnexion immédiate, dans la mesure du possible, de toutes les communications susceptibles d'atteindre les médias et de les informer sur les auto-immolations. On peut bien imaginer que leur zèle à tout étouffer sous le boisseau de leur censure brutale dut, parfois, porter, ici et là, ses fruits, et qu'il est bien possible que des protestations par le feu soient ignorées. Furent tues à la connaissance du monde.


Peu avant l'auto-immolation de Phagmo Samdrup, des rapports et des informations parvenaient, faisant état d'une répression militaire, policière, sécuritaire accrue dans diverses parties du Tibet-occupé à l'approche des fêtes de fin d'année, et, du nouvel An Tibétain qui a lieu le 2 Mars.

Phagmo Samdrup
, marié et père de deux enfants, était un pratiquant tantrique tibétain.


La vague d'auto-immolation au Tibet a débuté en 2009, lorsque Tapey, un jeune moine du monastère de Kirti  s'est auto-immolé par le feu pour protester contre la répression violente du gouvernement chinois dans le comté de Ngaba
( incorporé dans la province du Sichuan de la Chine ) en réponse à la manifestation pacifique de 2008.

Depuis,  plus de 126 Tibétains provenant de diverses régions du Tibet, et dont certains à l'extérieur des frontières du Tibet-occupé, et en voie de modernisation-accéléré, se sont mis le feu  en signe de protestation contre les politiques répressives du gouvernement chinois dans les régions tibétaines . Parmi eux, 107 sont morts, tandis que le sort des quelques vingt autres tibétains à s'être, de la sorte insurgés contre l'occupation et la destruction de leur pays, est inconnu.

La plupart des immolés volontaires par le feu ont demandé le retour de Sa Sainteté le Dalaï-lama au Tibet, la libération de sa prison chinoise du Panchen Lama, pour certains le retour également d'autres grands lamas, dignitaires érudits du Bouddhisme Tantrisme Tibétain en exil, ainsi que la liberté pour les Tibétains .

Le dernier tibétain à s'être auto-immolé en signe de protestation, le 19 Décembre 2013, le moine Tsultrim Gyatso a laissé une note écrite, manuscrite sur les raisons de son acte et les causes qui l'ont conduit à s'immoler. Un testament.

Chez les Tibétains, l'écrit est énergie. Le testament a été lu. A été vu. Porté au vu et au su de tous.


Sikyong, Dr Lobsang Sangay, le chef démocratiquement élu du gouvernement du Tibet en exil, répondait le 5 février dernier à une question sur les auto-immolations :

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 Sikyong Dr Lobsang Sangay avec le vice-chancelier Gurjeet Singh (2ème à gauche) lors de son discours à l'Université nationale du droit et de l'Académie judiciaire à Guwahati, le 5 février 2014.

 

" Le cycle de manifestations d'auto-immolation au Tibet reflète le niveau de la répression du gouvernement chinois au Tibet. Les Tibétains de l'intérieur sont poussés à se brûler en signe de protestation contre la politique de répression du gouvernement chinois, la persécution religieuse, l'assimilation culturelle, la marginalisation économique et la destruction de l'environnement.  L'Administration Centrale Tibétaineà Dharamsala, a toujours fait appel aux Tibétains de ne pas recourir à des formes radicales de protestation, y compris l'auto-immolation ".

 

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                     The martyr became the protector


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                               En hommage à  Phagmo Samdrub  à Dharamshala,  le 7 février 2014


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                         Veillée à la bougie pour Phagmo Samdrup à Dharamshala


"  Depuis 2009, 107 Tibétains se sont ainsi sacrifiés, dont 28 pour le seul mois de novembre 2012, juste avant et pendant le 18ème Congrès du Parti communiste chinois.

Hélas, 90 d’entre eux sont morts désormais.

Un tel prix est sans précédent dans l’histoire mondiale récente.

Si les immolés sont majoritairement des moines, des Tibétains d’autres horizons figurent également parmi eux (nomades, paysans, enseignants, étudiants), venant des trois provinces tibétaines : U-Tsang, Kham et Amdo, y compris de Lhassa, la capitale.

Nous dédions cette journée à tous les auto-immolés et ceux qui sont décédés pour le Tibet. L’occupation et la répression menée par le gouvernement chinois au Tibet sont les causes premières qui poussent des Tibétains à s’immoler. Les Tibétains subissent et constatent l’assaut continuel de la Chine sur la civilisation tibétaine, sur son identité et sa dignité mêmes.

Ils éprouvent un profond ressentiment envers la diabolisation chinoise de Sa Sainteté le Dalaï-Lama.

Ils s’alarment face aux flots de colons chinois qui arrivent au Tibet, investissant les emplois, la terre et l’avenir même des Tibétains et ce faisant, transformant les villes tibétaines en enclaves chinoises.

Ils s’opposent aussi au déplacement de centaines de milliers de nomades des pâturages vers des ghettos permanents, réduisant des familles jusque là autosuffisantes à la pauvreté. Ils sont témoins d’activités de développement de type colonial envoyant les ressources naturelles tibétaines dans les mâchoires d’une Chine affamée à hauteur de milliards de dollars.

Ces politiques pourraient donc mener à conclure que la Chine veut le Tibet mais pas le peuple Tibétain.

Pourtant, lorsque les Tibétains répondent à ces violations ne serait-ce que par le biais de protestation la plus légère, ils encourent un emprisonnement prolongé, la torture, l’humiliation publique voire la disparition entre les mains des forces de sécurité. L’interdiction de manifestations pacifiques et la dureté des sanctions forcent les Tibétains à l’immolation.

Ceux-ci préfèrent la mort au silence et à la soumission au gouvernement chinois. Les récentes tentatives par les autorités de criminaliser les immolés et de persécuter leurs familles et leurs proches via des jugements fantoches vont immanquablement prolonger le cycle des immolations, de la persécution, générant encore davantage de sacrifices humains.

Par le biais de divers médias, le Kashag lance des appels réguliers et tente de catégoriquement dissuader les Tibétains du Tibet de s’immoler en guise de protestation.

La vie est précieuse et nous ne souhaitons pas que des êtres humains meurent de telle manière.

En tant que bouddhistes, nous prions pour les âmes des défunts. En tant que Tibétains, notre mission sacrée est de soutenir les aspirations des Tibétains du Tibet : le retour de Sa Sainteté le grand Dalaï Lama au Tibet, la liberté et l’unité des Tibétains.

Que la Chine cesse enfin son intransigeance dans sa politique tibétaine et respecte les aspirations des Tibétains est la seule manière de mettre un terme à cette situation grave et brutale."

Sikyong Dr Lobsang Sangay, le 10 mars 2013,  Dharamsala





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for Phagmo Samdrub


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