Mémoire des cimes

 

Les Collections Heinrich-Harrer au Musée d’histoire et d’Ethnographie de Zurich sont complétées. Le Musée d’Histoire et d’Ethnographie de l’Université de Zürich possède une grande partie de la collection d’objets du Tibet et de la documentation sur le Tibet appartenant à Henrich Harrer, alpiniste autrichien mort en 2006.

Il s'agit de l'une des plus belles collections d'objets du Tibet et une mine impressionnante de documents.

Il possède également d’étonnantes collections ethnographiques de la Nouvelle Guinée occidentale, du Brésil et du Surinam/Guyane française.

Par la transmission et l’enrichissement des collections avec de nouveaux matériaux, les lacunes sont maintenant comblées.

Les Collections Harrer sont étudiées dans le cadre d’un nouveau projet scientifique.

 

1938 C’était l’un des premiers alpinistes, né le 6 juillet 1912, à avoir réussi, le 24 juillet 1938, l’ascension de la face nord du mont Eiger, l’Eiger de l’Oberland bernois. Il est le jeune entraîneur de l’équipe nationale de ski féminin.

Son succès ravit les foules. Et le moment politique a besoin de tels hommes à mettre en valeur pour la poursuite de ses objectifs. Et le politique du très sombre moment qui va tourner à la sinistre tragédie dans laquelle va verser l'Europe puis le monde de s’intéresser à lui.

Et, Henrich Harrer, de voir s’étendre, de par le monde germanique, son aura.

La période politique est celle de l’avènement de la catastrophe.

Un alpiniste hors-pair, chevronné et courageux qui partira à l’assaut des plus hauts sommets qui se puissent gravir. Il devait fatalement se retrouver, un beau jour, aux pieds de la chaine himalayenne et s’attaquer à ses plus prestigieux sommets.

Ceux de l’Himalaya.

Ceux-là même, quelques vingt ans plus tard, qui verront serpenter entre-à-pic vertigineux et murailles de granit glacé, découpé comme au rasoir par la mitraille des vents, d’étranges pénitents, colonies de marcheurs esseulés, de fuyards héroïques, pris dans les pires  tourmentes climatiques, poussés là et chassés de chez eux par la non-moins des pires tourments politiques que l’histoire de ce continent et des ces régions n’ait jamais, depuis le grand Khan, connus et dont les conséquences sont jusqu’à ce jour absolument incalculables et dont on commence à peine, et avec terreur et horreur, d’en deviner et d’en craindre les prochains aboutissements et risques futurs qu’ils entrainent pour l’équilibre du monde et sa paix.

Quelques poignées, presque quelques grappes de marcheurs en file indienne et quelques cavaliers et sherpas au savoir insondable et infini, savoir pour le moins impensable et qu’aucun d’entre nous saurait pouvoir imaginer sonder.

 

Fuyant l’Ignoble, qui n’aura assez de décennies pour se concrétiser, se dévoiler, apposer sa face d’horreur tel un sceaux sur le monde, aux yeux du monde, de ce reste du monde, à la fois veule et impuissant, lâche et imperméable à la réalité de cette douloureuse tragédie qui détruit une civilisation, et que sa vue erronée et sa conception égoïste, égotiste jusqu’à sa propre extinction, l’amèneront à feindre s’y intéresser par les mots, à grands renforts de mots et d’images, et à s’en désintéresser cordialement par les actes, ces sherpas du savoir incommensurable qui va se déployer en quelques décennies sur toute la surface de la planète, ces porteurs du sacré, qu'ils essaiment en rouge safran et sandale, dans la neige et la caillasse, ces porteurs d’espoirs, nonobstant leur esseulement et leur abandon, dans lequel  ils sont plongés dans cette nuit glacée et sanglante de l’humanité, vont irriguer, comme depuis les quelques trop rares et fraiches gouttelettes d’une source dont ils auraient conservé le gout et la saveur, vont irriguer jusqu’aux racines oubliées et célestes qu’ils feront émerger de populations livrées à une sorte de danse de Saint-Guy perpétuelle et qui fait, qu’addiction à la folie dégénérative, les enfants qui naissent de ces populations sont en moins bonne santé que leurs géniteurs.

Fait prisonnier, dés le début de la 2ème Guerre Mondiale, lors d’une expédition de la Fondation Himalaya au Nanga Parbat, l'un des neuf plus hauts sommets du monde qui culmine à plus huit mille mètres et qu'il s’apprêtait à conquérir, Heinrich Harrer est interné dans un camp anglais de prisonniers dans le Nord de l’Inde, mais s’en échappe.

Nanga Parbat Nanga Parbat

Ces sommets, il les vaincra. Ces montagnes, les arpentera, ces hauts-plateaux, les parcourra.

Et commence pour lui l’hallucinante phase de parcours de découverte qui va le conduire, lui, le vainqueur des sommets les plus prestigieux, et, au terme d’un périple encore plus invraisemblable encore que ce qu’il a connu dans ses hardiesses d’alpiniste,  jusque devant, jusqu’au pied d’une, peut-être, plus grande montagne encore, au pied et juste devant les premiers marches d’un chemin qui en compte des centaines, le conduire au pied du Potala, au cœur de Lhassa, la Lhassa de jadis et en son saint des saints, un adolescent, rieur et curieux, curieux de tout, qui allait voir pour la première fois de sa vie, un occidental, un Européen, un autrichien, un baroudeur des cimes, un échappé d'un camp de prisonniers, qui l’allait ouvrir, lui le réincarné au destin prodigieux, l'ouvrir au monde, à ce monde qu'il va lui décrire et que l’adolescent ne sait pas encore, n’imagine même pas à quel point il va le parcourir, en tout sens, et à l’appel duquel-monde il va répondre.

L’adolescent et l’alpiniste vont faire copains et devenir potes. Très potes même. Il lui mettra entre les mains une caméra 16 mm et l’adolescent, qui sera plus tard l’un des hommes le plus filmé au monde, s’y essaiera.

C’est, ainsi, qu’après avoir parcouru plus de 2000 km à travers l’Himalaya et les hauts-plateaux tibétains, Henrich Harrer découvre Lhassa, Lhassa et son hôte incommensurable, qui trône là-haut, en son mirifique palais, Tenzin Giatso, le petit enfant originaire d’un village de l’Amdo, à l’est du Tibet, choisi pour succéder au grand treizième et devenir Sa Sainteté le 14 eme Dalaï-lama, et, en compagnie duquel, il va séjourner de nombreuses années à Lhassa.

L’alpiniste autrichien, géographe, chercheur, photographe et auteur, au parcours pour le moins mouvementée, quittera, en 1952, le Tibet pour revenir en Autriche.

Sa réputation mondiale, il l’assoit définitivement lorsque, dans son livre « Sept ans au Tibet », il relate son amitié avec le Dalaï-lama.

 

Le Musée en question possède, outre la collection sus-mentionnée, la documentation écrite et visuelle y afférente. Le chercheur autrichien l’avait vendue en 1972 au canton de Zürich, à l’intention du Musée. A cette occasion, il offrait au Musée des piles de matériaux ethnographiques de la Nouvelle Guinée occidentale, du Brésil, du Surinam/Guyane française sur le thème de la protection superstitieuse.

Dés lors, après le décès de Katharina Irmgard Emma Harrer, la veuve de Henrich Harrer, l’héritier, Rütger Haarhaus a, en toute légitimité, cédé et mis à disposition d’autres pièces de l’héritage documentaire.

Il s’agit de livres, de photos, d’écrits : «  Les collections Harrer du musée vont être ainsi complétées, des pièces importantes vont remplir les lacunes existantes » selon Martina Wernsdörfer, conservatrice du musée, département Asie.

Le musée d’histoire et d’ethnographie de Zürich lance, pour des raisons d’actualité, un projet scientifique de plusieurs années, qui englobe et étudie en continu les collections Harrer, sous la direction de Martina Wernsdörfer (Tibet), de Maike Powroznik (Surinam) et de Katharina Halswanter (Nouvelle Guinée occidentale),  et en coopération avec d’autres musées et gens de sciences.

Les résultats seront présentés en leur temps dans des expositions et des publications.

Le musée d’histoire et d’ethnographie a déjà réalisé, comme celle  de Martin Brauen, bon nombre d’expositions et de publications autour de « la collection Tibet » de Heinrich Harrer, lequel n’a eu cesse, jusqu’à sa mort survenue, en 2006, et, avec l’aide de matériaux qu'avait mis à sa disposition le Musée d’histoire et d’ethnographie, lequel Heinrich Harrer n’a eu cesse de chercher, chercher, chercher … chercher, chercher, chercher ...

 

Heinrich Harrer in Tibet, 1940er Jahre. (Bild: Völkerkundemuseum der Universität Zürich)

 

 

Heinrich Harrer beim Eislaufen in Lhasa, 1940er Jahre. (Bild: Völkerkundemuseum der Universität Zürich)

 

merci pour les éléments de traduction à Catherine Quattrone.

 

 

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