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Billet de blog 24 déc. 2014

Joyeux Noël ! Merry Christmas ! Cramez Tibétains ! Nous, on s'en fout

pierre guerrini
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Un moine tibétain s'est immolé par le feu dans le Sichuan mardi. C'est la seconde auto-immolation cette semaine en manifestation contre le régime de Pékin dans les zones à population tibétaine de la Chine.

Kalsang Yeshe, 38 ans s'est, lui-même mis le feu, aux alentours de 11h20 locale, à l'extérieur du monastère de Tawu Nyitso dans le Kardze. (en chinois, Ganzi) Tawu (Daofu) le comté de la préfecture autonome tibétaine.

"Il s'est auto-immolé pour protester contre la politique chinoise au Tibet et appelé au retour de [chef spirituel en exil] du Dalaï Lama au Tibet ", a déclaré une source, parlant depuis son l'exil et sous condition de l'anonymat et citant des contacts locaux.

Yeshe a organisé " sa protestation devant les locaux du Bureau Chinois de la sécurité publique et de l'équipe de travail stationnés au monastère», a déclaré la source.

La proie des flammes, Kalsang Yeshe s'est effondré sur le sol, et les Tibétains à proximité se sont précipités pour empêcher son corps d'être emmené par la police.  "La police a répliqué et a dispersé la foule en tirant des coups de semonce et s'est finalement emparée du corps carbonisé du moine. «On ne sait pas se il est mort ou vivant." Selon d'autres sources, témoins de la scène," Yeshe est mort sur place ". 

" Yeshe, originaire du village de Thewa dans Kunor, le canton du comté de Tawu, avait étudié de longues et nombreuses années au monastère de Ganden Jangtse, en Inde du Sud, avant de retourner au Tibet, où il a mis en place une campagne contre l'analphabétisme chez les personnes âgées et a enseigné le bouddhisme et la langue tibétaine. Il était un moine très respecté."

L'on imagine les réactions des autorités chinoises des régions en proie à cette protestation continuelle. Renforcement tous azimuts de tout ce qui peut être renforcé. Recrudescence d'envois de renfort, quadrillage et arrestations en série s'ensuivirent pour tenter de, probablement, isoler du reste de la population,  quelque porteurs sains du terrible-et-très-incompréhensible, pour tout Han-qui-pense, du  virus de la protestation par le feu.

La seule chose que les forces de police et d'occupations de ce pays qu'ils ont volé à ces gens qui se mettent le feu pour protester, ne peuvent renforcer, c'est leur emprise sur les courants de conscience qui animent l'esprit de cette population qui endure cet enfer, qui l'endure, au vu et au su du reste du monde, et des responsables politiques de tous les pays de la planète.

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La valse des feu-follets se poursuit sur tout le pourtour des hauteurs glacées du Toit du Monde et se propage en proportion de la vitesse de destruction du Tibet-ancien, du Tibet des Tibétains, des hommes, femmes, enfants tibétains, des nomades, sédentaires des villages et des villes, des religieux en leurs monastères des villes et des campagnes, des hauts plateaux montagneux et des vallées, des Tibétains du Tibet-occupé, du Tibet volé, du Tibet détruit.  

La lutine féerie sacrificielle se poursuit, de-çi de-là, il en est toujours un ou une  pour rallumer l'inextinguible flamme de la lutte et de la résistance. Bientôt la lueur nimbée d'éternité et d'incandescence incommensurablement subtile du feu des sacrifiés brillera bien plus que mille soleils et ce jour-là, alors, la charrette de la mort qui gagne qui va, jusqu'à présent, cahin-caha, son bonhomme de chemin de malheur, ouvrira tout grands ses bras sans fond et s'y engouffreront  pèle-mêle et dans une grande cacophonie les masses inextricables les unes des autres, masses mêlés, entremêlées, coulées dans la lave métallique de la pire géhenne qui soit et n'ait jamais déferlée.    

Qui s'en émeut ?  L'occident. L'occident s'en émeut.

Mais, sans la persistance sacrificielle des tibétains du Tibet-occupé,  liée et consécutive  aux déplorables conditions d'existence de ce peuple captif d'un pays qui fut le sien et qui lui a été volé, les émotions occidentales aux instinctifs et pavloviens cris d'orfraie, auraient tout de la poussée d'urticaire, quoique subite, parfaitement contrôlable et sans conséquence réelle sur le cours désastreux des choses, puisque sans autre répercutions concrète, qui eût, un tant-soit-peu, pu réellement soutenir ce peuple en voie de lente disparition tout à fait programmée.

Hors les torches humaines aux énergies subtiles, une fois lâchées de par le monde, le visitent, de part en part, et part e d'autre, nous visitent, de part en part, et part et d'autre, et de tréfonds de nous-mêmes en tréfonds de nous-même, finiront par libérer les énergies nécessaires et, cette fois-ci, suffisantes pour enfin mettre le feu aux poudres de la casemate des Hans. 

 Le coup de colère, coup de grisou de Tsering, çi-dessous, en ses nimbes intestines, résonne comme le grondement sourd et lourd, subit, annonciateur de la grande fâcherie à l'oeuvre dans les densités intra-utérines des profondeurs insondables de notre planète en cours de dégradation accélérée et totalement suicidaire, signe avant-coureur de la grande fâcherie tellurique qui couve et nous attend, nous pend au nez et nous menace.

" J'attends patiemment ", écrit Tsering " de voir si des Tibétains résidant dans les pays occidentaux s'auto-immolent. La plupart des militants tibétains résidant en Occident deviennent notoirement célèbres par l'utilisation de la question du Tibet et de S.S.D.L. comme un moyen de réaliser leurs propres ambitions personnelles et de parvenir à la gloire. 

Je veux pas pas paraître sceptique, mais les Tibétains dans l'ouest ne font pas assez pour les Tibétains au Tibet. Ils sont extrêmement détachés. Je comprends le mode de vie confortable, le chant, la danse, les célébrations de Losar et sa propre vie personnelle, cela devient difficile. Mais au moins quelques auto-immolations dans les pays occidentaux avec ses puissants médias gratuits qui résonnent plus fortement dans le monde que dans le Tibet ou en Inde. 

Les Tibétains de l'Ouest ne sont que des claviers-guerriers qui utilisent la question du Tibet comme une excuse exotique à se retrouver dans les fantaisistes universités de l'Ivy League.

Quoi qu'il en soit, désolée pour la négativité,  mais le mouvement Tibet libre dans l'ouest est devenu une horreur hypocrite et je suis genre  malade des Tibétains dans l'ouest glorifiant et romancant ces auto-immolations, comme les Occidentaux ont fait avec la culture tibétaine. 

J'espère seulement que Sa Sainteté " se livre à de sérieuses magies noires derrière des portes closes ( à huis-clos) " parce qu'en regardant l'état actuel de la politique et des militants tibétains... Le Tibet a besoin de toute l'aide des autres royaumes spirituels  ". 

Sa Sainteté avait déjà lors de son voyage sur la côte-ouest américaine abordé le sujet de façon moins virulente que Tsering, du devoir  d'engagement de la communauté tibétaine en exil ainsi que l'exigence de préservation et de transmission  qu'elle devait conservée intacte, de sa langue, de son patrimoine, de sa culture comme du souci permanent qu'elle devait nourrir à l'égard de tous leurs frères et sœurs du Tibet-occupé.

 « Les Tibétains continuent de se mettre le feu en signe de protestation contre la politique et de l'Etat de la Chine au Tibet," Eleanor Byrne-Rosengren, directrice, basée à Londres, de Free Tibet, a déclaré dans un communiqué le lundi. " La crise actuelle au Tibet ne sera pas résolue tant que les dirigeants du monde entier ne feront pas ont pression sur la Chine pour l’amener à reconnaître le désir de liberté des Tibétains au lieu que de le criminaliser "

Le 16 décembre dernier, un homme de 33 ans, Sangye Khar, s'auto-immole par le feu devant un poste de police.

Le 22 décembre, une jeune femme de 19 ans,Tsephe, s'auto-immole par le feu.

Le 23 décembre, un moine tibétain de 32 ans, Kelsang Yeshi, s'auto-immole par le feu.

Tsephe, 

Tsephe, 19ans, s'est immolée par le feu pour protester contre les mesures répressives du gouvernement chinois dans les zones tibétaines. Les autorités chinoises sont arrivées sur le site de l'auto-immolation en quelques minutes et se sont saisies de son corps.

" Peu de temps après, les policiers sont arrivés et ont pris son corps à l'écart ". " Le nom de son père, 60 ans, est Chidor Rinchen, et le nom de sa mère, 50 ans, est Chenpa, Tsepe était connue pour son " bon caractère et son intégrité personnelle» selon une source, citant ses contacts dans Ngaba, région intégrée au Sichuan chinois. 

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 "Tsepe vivait avec ses parents. Nomade, elle n'avait pas été à l'école depuis qu'elle était jeune, "  " Peu de temps après sa protestation par le feu, la police a interpellé ses parents et son frère Yime pour interrogatoires, mais on ne sait pas s'ils seront arrêtés", Tsepe avait également cinq autres frères et sœurs.

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 Les dernières paroles, prières et volontés des auto-immolés: 

Pour assurer le retour du Dalaï Lama au Tibet:

Recommandations de :

Ne pas se livrer à l'abattage et le commerce des animaux.

Ne pas voler.

Parler tibétain.

Ne pas se battre.

Ayant toutes les souffrances des êtres sensibles sur moi-même,

Ne résistez pas en combattant si je tombe vivante entre les mains des chinois.

Soyez unis.

Étudier la culture tibétaine.

Sur le feu je brûle,

Ne vous inquiétez pas ma famille.

Déclaration de Rikyo, trente-trois ans, nomade, mère de deux enfants. Le 30 mai 2012

D'autres ont laissé des témoignages vidéo, ci-dessous 

Pour les six millions de Tibétains, y compris ceux qui vivent en exil - Je suis reconnaissant à Pawo Thupten Ngodup et tous les autres héros tibétains, qui ont sacrifié leur vie pour le Tibet et pour la réunification du peuple tibétain; je suis dans la quarantième année, jusqu'à maintenant, je ne ai pas eu le courage comme eux. Mais j' ai essayé de faire de mon mieux pour enseigner tous les domaines traditionnels de la connaissance à d'autres, y compris le bouddhisme.

Ceci  est le 21e siècle, et ceci  est l'année où tant de héros tibétains sont morts. Je sacrifie mon corps, à la fois, afin d'être solidaires avec eux dans la chair et le sang, et de chercher la repentance à travers cette plus haute distinction tantrique d'offrir son corps. Ce ne est pas de chercher la gloire personnelle ou la gloire.

Je  donne mon corps comme une offrande de la lumière pour chasser les ténèbres, pour libérer tous les êtres de la souffrance, et les conduire - chacun d'entre eux a été notre mère dans le passé et encore a été dirigée par l'ignorance de commettre des actes immoraux - à Amitabha, le Bouddha de la lumière infinie. Mon offre de la lumière est pour tous les êtres vivants, même si insignifiants que les poux et les lentes, à dissiper leur douleur et pour les guider à l'état d'éveil. ... ..

Je commets cette action ni pour moi ni pour accomplir un désir personnel, ni à gagner un honneur. Je sacrifie mon corps avec la conviction ferme et un cœur pur, tout comme le Bouddha a donné courageusement son corps à une tigresse affamée. Tous les héros tibétains, trop ont sacrifié leur vie avec des principes similaires. Mais en termes pratiques, leurs vies se sont apparemment fini avec une sorte de colère. Par conséquent, pour guider leurs âmes sur la voie de l'illumination, j' offre des prières qui peuvent les conduire tous à Bouddha.

Puissent tous les maîtres spirituels et des lamas au Tibet et en exil vivrent longtemps. Surtout, je prie pour que Sa Sainteté le Dalaï Lama soit  de retour au Tibet et demeure le chef spirituel et temporel du Tibet. ... ..

Lama Soebha, âgé de quarante-deux ans, le premier lama réincarné se immoler. 8 Janvier 2012 

 En cours de " carbonisation ",  de nombreux auto-immolés crient. Les gens qui sont près d'eux peuvent entendre et peuvent enregistrer ce qu'ils disent:

Indépendance pour le Tibet!

Longue vie au Dalaï Lama!

Retour du Dalaï Lama au Tibet!

Toutes les auto-immolés par le feu l'ont fait en public. Tous se sont immolés à l'extérieur, tous se sont immolés dans un lieu public, ou à proximité d'une manifestation publique,  et ont concentré l’irréparable événement qu'ils commettaient en signe de protestation, sur, uniquement, leur propre corps.

En 1998, un jeune Népalais de Pokhara commentait ainsi l'auto-immolation de Thubten Ngodup :  "Il s'est tué, il n'a fait de mal à personne d'autre. Contrairement à un kamikaze, il n'a pas tué quelqu'un d'autre quand il s'est immolé par le feu ".

Les Tibétains considèrent, et le monde entier en a acquis la certitude, et, peu-à-peu, au fil de l'horreur qui gagne, la conscience, ces décès à des sacrifices. Et en rien des suicides. Consécutifs, comme se plurent à le ressasser les chinois sur les ondes et dans les films dont leur propagande éhontément mensongère et coûteuse en abreuvait les téléspectateurs, à quelque dégénérescence congénitalement tibétaine. 

Sacrifices, dans le sens d'une offrande religieuse, Sacrifices dans le sens d'une manifestation politique, et Sacrifices, dans le sens d'un appel à la communauté tibétaine à l'unité. Sacrifices, dans le sens de continuer à défendre la religion, Sacrifice, pour la défense du pays, de la terre, de ses montagnes, de ses fleuves, de sa faune et de sa flore. Sacrifices pour leur pays. Leur pays qu'un autre pays, plus grand et plus fort, leur a volé. 

 Les termes Tibétains utilisés qui reviennent lors des auto-immolations par le feu: 

rang lus mer bsregs   /  self-burning  (lit., burning one’s own body in fire) /  brûlant son propre corps dans le feu

rang lus mchod ‘bul  /  self-offering /  offrande de soi 

rang lus me mchod   /  self-offering in fire / offrande au feu 

rang lus sbyin bsregs / self-giving and burning /  don de soi enflammé 

L'artiste Tashi Norbu, et son «auto-immolation» 

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Le feu brûle.

© TibetJustice

Le feu brûle encore.

© TibetJustice

C'est Noël de par le monde

Le feu brûle.

Le feu brûle encore.

Le feu brûle ...  Le feu brûle encore ...  rang lus mer bsregs . . . le feu brûle encore . . .  Om mani padmé Houng !

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