Tibet, la fin d'une histoire ! Lettre au Président François Hollande


Présence militaire permanente, arrestations de moines et répression de la population :  le Tibet vit sous la domination chinoise depuis plus de cinquante ans. Mais ces dernières années, le « toit du monde » est aussi devenu un enjeu économique pour La Chine.

Nouvel eldorado touristique, la région est désormais accessible en train pour des millions de Chinois, touristes et migrants. Temples reconstruits comme des décors de théâtre, cérémonies sacrées transformées en spectacles : les Tibétains perdent peu à peu leur culture pour devenir une attraction touristique vivante.

Si le Dalaï Lama, leader en exil, est la figure la plus connue de la résistance à l’oppression chinoise, des milliers de Tibétains cherchent comme lui à fuir leur propre pays par tous les moyens. Certains s’évadent en franchissant des cols à plus de 4 000 mètres d’altitude, au risque de mourir sous les balles des militaires chinois. D’autres choisissent de s’immoler par le feu pour dénoncer la perte de leur identité.

Le Tibet vit ses dernières années.

 

"  Le sénateur Alain Anziani qui a signé notre pétition en soutien au peuple Tibétain : www.change.org/appelpourletibet fait désormais partie de notre comité de soutiens.

Récemment, il s'est engagé à parler à François Hollande lui demandant de recevoir officiellement le Dalaï Lama, voilà chose faite avec ce courrier qu'il vient d'adresser au Président de la République française.

 Merci à Monsieur Anziani. " 

 Céline Menguy


Multiplions les signatures !


 

Monsieur le Président de la République,

 

Nous devons craindre que la civilisation tibétaine ne vive ses dernières années.

 À deux reprises ces derniers mois, j’ai fait personnellement ce constat. Je l’ai fait en simple particulier, passionné par le Tibet, sans faire état de ma qualité de sénateur, ni de mon appartenance au groupe d’amitié France Tibet.

La Chine constitue une grande nation qui a assuré à son peuple un développement économique remarquable. Elle a parfois donné le sentiment de comprendre la réalité tibétaine et d’accepter la préservation de son identité.

Pourtant, depuis 1950, il n’y a pas d’autre vérité que de constater une occupation du plus faible par le plus fort. Le peuple tibétain subit cette domination depuis plus d’un demi-siècle avec des épisodes de révolte et de répression, d’exils et d’immolations.

 Les Chinois ne s'y trompent pas comme en témoignent les contrôles militaires et policiers permanents sur les routes, dans les rues, et même dans les monastères, y compris à l’intérieur de certains des temples.

L'arrivée massive de Chinois à Lhassa ou à Xigatsé participe à cette vaste entreprise d’intégration forcée du Tibet, complétée par les limitations à l’enseignement du tibétain et l’exploitation intensive des richesses naturelles, mettant en péril l’équilibre écologique du haut plateau.

 Pendant sa période d’indépendance, le Tibet n’était certes pas un paradis. Il a certainement constitué un Etat théocratique, entretenant des relations de dépendance réciproque avec la Chine bouddhiste.

 Cette histoire complexe, - mais celle des pays européens ne l’est-elle pas ? - ne doit pas effacer trois faits majeurs :

 Le premier concerne la réalité tibétaine, profondément différente de la réalité chinoise. L’histoire, la langue, l’écriture, les origines, la culture, la religion, les pratiques, la géographie des hauts plateaux distinguent deux civilisations. La thèse d’un Tibet, province chinoise depuis des siècles, est réfutée par la communauté scientifique. Le Tibet n’est pas plus chinois que l’Algérie ou le Sénégal n’étaient français.

Le second tient à l’évolution de l’administration tibétaine. Le XIVe Dalaïlama a dissocié le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Le Premier Ministre tibétain, reçu en France dans une discrétion surprenante, représente désormais une génération formée à la démocratie et à l’ouverture sur le monde.

 Le dernier fait porte sur les droits de l’homme qui sont manifestement bafoués. Des milliers de tibétains, hommes ou femmes, sont aujourd’hui des prisonniers politiques retenus dans des conditions inhumaines, sans aucune garantie de procédure équitable.

 La France ne peut ignorer cette réalité.

 Le XIVe Dalaï-Lama a été reçu par le Président OBAMA le 21 février dernier, pour la seconde fo  is.Il sera en Italie, les 14 et 15 juin, et en Allemagne du 23 au 26 août.

La France ne peut-elle pas à son tour saluer sur son territoire cette personnalité reconnue par un prix Nobel de la Paix

Je n'ignore pas l'importance des relations entre la France et la Chine tant du point de vie économique que de la paix.  Je sais qu’il ne convient pas de résumer ce grand pays qu’est la Chine à la question tibétaine.

 Mais cet autre grand pays qu’est la France ne peut pas davantage se réduire à une vision économique qui oublierait ses valeurs fondamentales parmi lesquelles figurent la liberté des peuples et le respect des identités culturelles. Je vous sais attentif à ces équilibres difficiles à réaliser.

 Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, à mon profond respect.

 

Alain ANZIANI Sénateur de la Gironde

Membre du groupe d’amitié France-Tibet

 

 

 

 

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