Arrêtés par la police britannique!

 

Le tapis rouge était déroulé à Londres, en l'honneur de la visite du président chinois Xi Jinping.    Une visite très attendue, qui devait renforcer les relations commerciales entre les deux pays et se conclure par la signature de très importants contrats.  

Les militants des Droits de l'Homme avaient prévu de rappeler à cette occasion les atteintes graves déplorées contre les droits des minorités en Chine.   C'est ainsi que  des groupes s'étaient formés sur le parcours du président et de sa délégation, arborant drapeaux tibétains et diverses banderoles, évoquant les minorités discriminées.

Ce que la foule des observateurs n'avait pas prévu, c'est d'assister à l'arrestation de réfugiés par la police britannique, un homme survivant du massacre de Tian an Men, et deux femmes tibétaines.

Le reporter Florentin Collomp,  correspondant à Londres,  fait le récit de cet épisode très choquant, pour Le Figaro (publié le 23/10/2015)

 

 

Arrestation d'un manifestant , mercredi à Londres.

 

Un survivant de Tiananmen et deux militantes tibétaines ont été placés en garde à vue pour avoir tenté de perturber le cortège du président chinois à Londres.

 

La police britannique est accusée de zèle pour complaire aux autorités chinoises lors de la visite du président Xi Jinping à Londres, qui s'achevait vendredi. Alors que des milliers de supporteurs du régime de Pékin étaient massés le long des cortèges officiels, les militants des droits de l'homme ont, eux, été relégués au second plan, voire harcelés par les forces de l'ordre. Trois d'entre eux ont été arrêtés et placés en garde à vue, leurs domiciles perquisitionnés et leurs ordinateurs et téléphones saisis. Ils ont été relâchés sous caution jeudi matin, dans l'attente d'éventuelles poursuites pour trouble à l'ordre public.

 

Shao Jiang, 47 ans, est un militant d'Amnesty International en exil à Londres. En 1985, il avait participé à l'organisation des manifestations étudiantes sur la place Tiananmen. Mercredi, il a brutalement été empoigné par deux policiers alors qu'il se tenait sur la voie publique avec deux pancartes pour la démocratie en Chine sur le passage du convoi du président Xi Jinping dans la City, une mise en scène rappelant celle du manifestant de Tiananmen seul devant un char. Après une nuit au poste, il a été libéré sous caution, avec un ordre d'interdiction d'approcher le président chinois durant le reste de sa visite.

 

«La police se comporte au Royaume-Uni comme en Chine»

 

 

Sa femme, Johanna Zhang, 42 ans, qui a manifesté avec lui devant Downing Street, s'indigne de ce traitement «horrible» qui lui rappelle leurs heures noires en Chine. «La police ici au Royaume-Uni se comporte comme en Chine», a-t-elle déclaré à The independent. Allan Hogarth, d'Amnesty International, dénonce «une réponse très musclée à une manifestation pacifique». «Shao Jiang en a vu beaucoup au cours de sa vie, poursuit-il. Tout ce qu'il souhaite est attirer l'attention sur les violations des droits de l'homme commises en Chine. Il est profondément inquiétant de voir le gouvernement britannique mettre de côté les droits de l'homme au nom du commerce.»

 

Sonam Choden, 30 ans et Jamphel Lhamo, 33 ans, ont été arrêtées alors qu'elles agitaient des drapeaux tibétains sur le parcours de la délégation chinoise. «Les Tibétains sont réduits au silence chez eux et maintenant au Royaume-Uni. J'exige un traitement juste pour tous les manifestants pour les droits de l'homme et la démocratie», réagit Tsering Passang, président de la communauté tibétaine au Royaume-Uni.

 

David Cameron, dont le gouvernement a déroulé le tapis rouge durant quatre jours pour le leader chinois, assure avoir évoqué la question des droits de l'homme avec lui. Les 40 milliards d'euros de contrats commerciaux signés entre les deux pays ont, en réalité, été privilégiés à toute pression politique. L'artiste dissident Ai Weiwei, à qui la Royal Academy of Arts consacre rétrospective actuellement une rétrospective a critiqué la «très mauvaise stratégie» de David Cameron.

 

 

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