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Au vu de ce dont sont capables, en un laps de temps même restreint, et, à partir de presque apparemment rien, à partir de vraiment pas grand chose, ces poignées d'hommes et de femmes qui ont foi en le Dharma, ces poignées de bouddhistes tantriques tibétains de l'intérieur du Tibet-occupé, comment s'étonner de la chasse meurtrière dont il font l'objet, comment s'étonner qu'actuellement ils soient assassinés par le régime - nous y reviendrons ultérieurement -, que les journalistes soient écartés de ces zones de guerre intérieure, comment s'étonner de la peur qu'ils engendrent auprès de l'envahisseur Han et du P.C.C. et de ses dirigeants qui les craingnent comme la peste, qui s'est, en six décennies, répandue, maintenant, sur absolument toute la planète.

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« les groupes religieux doivent adhérer à la politique du P.C.C., et soutenir le système socialiste et le socialisme à la chinoise. »  Xie Jinping Avril 2016

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Les téléviseurs sont interdits, et les huttes des moines et des nonnes sont séparées par une route sinueuse qui serpente et scinde en deux la masse des habitations.


Parmi les collines qui ondoient et verdoient à perte de vue sans que jamais rien ne vienne arrêter le regard qui ainsi se coule et s'alanguit d'une courbe vallée à une douceur avenante, ronde offrande, toute en largeur et vastitude en douce opulence pentue, et qui se souviennent peut-être du temps, mais vraiment très éloigné, ce temps,
du moins à échelle de vie humaine condamnée à l'éternelle recommencement des cycles qui voient alterner souffrance et ignorance, qui se souviennent peut-être du temps .. où elles étaient océan, immense densité marine fluctuante, dont elles ont ainsi gardé l'idée du mouvement infini, quelle surprise de découvrir, dans cette vallée de Gar Larung, que les géographes contemporains, à la botte ou dans la peur des maitres Han du monde, situent en Chine, et que les tibétains et tous leurs amis, par centaines, maintenant de millions, de par le monde tout entier,  situent eux au Tibet-occupé, occupé et mal en point, si mal en point que demain sera invariablement pire qu'aujourd'hui et ainsi en crescendo catastrophique, quelle plus grandiose, immarcescible surprise que le ravissement, dans les deux acceptions du terme, qui vous saisit et vous enlève à vous-même et vous élève soudainement de la terre sous l'empire de forces centrifuges qui triomphent de la pesanteur, lorsque se dévoilent et apparaissent, toutes serrées les unes contre les autres, comme des dizaines de milliers de petites coccinelles agglutinées, corps rouge, corps bruns, pattes noires, sous le bleu du ciel, adossées à la colline, comme au sein de l'univers, collées les unes aux autres, jusque sur les hauteurs avoisinantes, par dessus les autres, des milliers de petites et plus grandes huttes en bois rouge, des petites cabanes à étages toutes rouges, qui vous égaient, d'un coup d'un seul, et le cœur et l'esprit, et vous rendent bègues d'un tsunami d'émotions qui vous submergent, et, pur degré d’intensité, vous faites l’expérience, vous expérimentez, sous forme de l'intense, cet agglutinement ordonné et impensable de formes, de lignes, de bois, de matière, de rouge, vous expérimentez rien de moins que quelque chose qui tutoie en vous une forme d'éternité que vous auriez presque toujours su là, présente, gagnée, oubliée, perdue, si douce.

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Isolée, géographiquement isolée du reste d'un monde déjà pas mal isolé, à pas moins de 370 miles de Chengdu, à quelque vingt heures de route, peuplée de 40.000 moines et nonnes, curieusement quasi-tous pourvus du même modèle de téléphone mobile, d'occasion, de marque américaine fabriquée en Chine, l'Académie Bouddhiste de Larung Gar est la plus grande colonie religieuse bouddhiste du Tibet.

« Quelle intensité de couleurs, quelle pureté de l'air, quelle vibrante sérénité ».

Éclaboussure ordonnée, géométrique et vibrante de tons rouges, de tons bruns, de devenirs pastels, rouge, bruns encore, partout, comme un levé de soleil, constellée de fenêtres, dans son écrin de vert et bleu, nacrée de blanc l'hiver, palette-refuge pour ces plus de 40.000 moines et nonnes. Moines et nonnes séparées. Télévisions interdites. De une à trois chambres, toutes presque à l'identique.

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Les autorités chinoises ont annoncé la destruction de milliers de demeures monastiques.

 

Les autorités chinoises ont annoncé la destruction de milliers de demeures monastiques et l’expulsion de moines, moniales et pratiquants laïques à l’Institut bouddhiste de Larung Gar, haut lieu du bouddhisme tibétain dans le Comté de Sertar  (Seda, en chinois), dans la Préfecture autonome tibétaine de Kardze (Ghanzi, en chinois), de la Province du Sichuan, à l’est du Tibet.

source : Tibetan Center for Human Rights and Democracy

Vous pouvez signer la pétition en ligne sur Change.org

Un document en huit points, publié par les autorités chinoises, définit, une à une, les étapes  pour la démolition des lieux d’hébergement de milliers de moines, moniales et pratiquants laïques, de manière à réduire le nombre des résidents et à atteindre la limite de 5 000 fixée par le Gouvernement.

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Le document fait référence aux décisions prises lors du Sixième Forum de travail sur le Tibet, et de la Deuxième Conférence nationale  sur la religion. Il stipule que l’arrêté de démolition vise à une règlementation et à une gestion adaptées de l’Institut bouddhiste de Larung Gar. Ce sont essentiellement les services préfectoraux,  dirigés pour la plupart par des Chinois Han, qui se verraient chargés d’exécuter l’arrêté de démolition. 

En 2001, les autorités chinoises ont déjà mis en œuvre  une répression similaire contre Larung Gar. Ils ont procédé à la destruction de milliers de logements et à l’expulsion des membres de la communauté monastique et des pratiquants laïques.

Cela avait représenté un tel choc pour certains qu’ils en étaient morts ou s’ étaient suicidés, tandis  que d’autres sont devenus mentalement fragiles.

Khenpo Jigme Phuntsok, - voir plus bas - fondateur charismatique de l’Institut Bouddhiste de Larung Gar va décéder, par la suite, dans des circonstances demeurées mystérieuses, dans un hôpital gouvernemental chinois à Chengdu.

Le récent arrêté de démolition de quatre pages exige des services concernés   -  y compris les organismes administratifs et de gestion de Larung Gar- qu’ils réduisent le nombre de résidents à 5 000 d’ici le 30 septembre 2017. 

L’arrêté exige, de plus, que le nombre de logements démolis soit égal au nombre de religieux ou de laïcs expulsés, et de s’assurer que les deux nombres soient strictement comparés et justifiés. Le document  exige une séparation claire entre les religieux et les laïcs d’une part et entre le monastère et l’institut d’autre part, de même que la mise en place d’une gestion sociale et de services sociaux au sein même de la communauté de Larung Gar.

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Une ordonnance de démolition en sept points

Le document liste sept points et détaille la mise en œuvre de l’arrêté de démolition. Arrêté qui  concerne les sections (ling) et unités (tsomchung) ainsi que la direction et le personnel de Larung Gar. Les sections religieuses comprennent non seulement les sections des moines et des moniales,  mais également des sections séparées pour les laïcs et les non-Tibétains, comme par exemple les Chinois. 

Les sections sont en outre divisées en centaines d’unités, religieuses ou laïques. Le premier point du document donne des instructions détaillées sur la manière d’orienter les positions et l’idéologie des religieux aussi bien que des laïcs. 

A cet égard, l’ordonnance  précise que moines et moniales devront être informés des décisions prises au Sixième forum de travail sur le Tibet et à  la Deuxième conférence de travail sur la religion, et que devront être abordées les raisons pour lesquelles ces changements sont exigés du Monastère, la manière dont ils doivent être menés,  et aussi  la façon de mettre en place les lois gouvernementales relatives à ces changements, afin que les activités religieuses à  l’extérieur du Monastère puissent être gérées et régulées.

Cela se passera en trois étapes :

1 - Les membres du Comité Permanent de Larung Gar, et autres moines et moniales supérieurs devront être contactés personnellement et recevoir les instructions. Tous ceux en charge de la discipline dans chacune des sections monastiques, ainsi que les responsables de l’ensemble des 18 bureaux devront être rassemblés et recevoir les instructions. Les responsables des 324 unités devront être séparés en différentes catégories et recevoir les instructions. Ce travail devra être achevé pour le 15 juin 2016.

2 - Toutes les sections et toutes les unités devront recevoir les instructions, et moines et moniales devront signer des lettres par lesquelles ils s’engagent à pratiquer leur religion conformément à la loi. Les moines et moniales devront promouvoir le matériel d’éducation officiel, telles les vidéos et les banderoles. En bref, la priorité absolue devra être le travail de promotion de la loi. Ce qui devra être accompli avant le 31 juillet 2016.

3 - Des campagnes officielles d’éducation devront avoir lieu tous les mois dans les monastères. Ces campagnes devront être réalisées pour le 31 octobre 2016. Ces campagnes seront menées par Jangchup (Xiang Qu ?), Xiang Luo, Dan Nei Kai et Zhang Ping Sen. Ce travail est confié au Département préfectoral de la propagande, au Département préfectoral du Front Uni du Travail, au Bureau préfectoral des affaires religieuses, au Bureau préfectoral de la loi et de la justice et au Gouvernement du comté de Sertar.

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Le deuxième point de l’ordonnance de démolition concerne la collecte d’informations détaillées et la réalisation d’enquêtes sur les résidents des sections religieuses - pratiquants laïques, moines, moniales, personnes âgées et celles souffrant d’un handicap physique. Les informations collectées serviront à répertorier chacune des habitations des résidents, en se basant sur sa localisation spécifique et sa population en vue d’une enquête approfondie.

Ce travail devra être terminé pour le 31 juillet 2016. Il est confié à Li Jiang, Zhang Ping Sen et Shui Wen. Sont chargés de ce travail : le Bureau préfectoral de la Sécurité publique, le Département préfectoral des Affaires civiles, le Département préfectoral de la Sécurité intérieure, et le Gouvernement du Comté de Sertar.

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Le troisième point de l’arrêté de démolition fournit des instructions quant à la réduction du nombre de pratiquants laïques et religieux. En 2016, 2 200 résidents seront contraints de partir, parmi lesquels 1 029 pratiquants laïques qui devront quitter le monastère. Un total de 1 200 moines et moniales seront expulsés. Parmi eux 600 devront être originaires d’autres provinces. En 2016, la population totale devra être réduite à 5 000 individus. Si ces objectifs ne sont pas atteints au 30 septembre 2017, d’autres expulsions suivront. Les autorités supérieures devront être informées du nom des résidents expulsés en 2016 pour le 15 juin 2016, et, après vérifications appropriées, de celui de l’ensemble des 5 000 personnes pour le 15 juin 2016. L’expulsion de 1 200 résidents devra être achevée pour le 30 octobre 2016.

La population de Larung Gar devra avoir été réduite à 5 000 d’ici le 30 septembre 2017. Elle ne devra pas compter plus de 1 000 personnes originaires d’autres provinces. Ce travail incombe à  Zhang Ping Sen, Dan Nei Kai et Cui Yi Peng, et au Département préfectoral du Front Uni du Travail, au Bureau des Affaires religieuses, au Département préfectoral de l’éducation, au Bureau de la Sécurité intérieure, au Département préfectoral des affaires civiles, et au Gouvernement du comté de Sertar.

Dans le quatrième point, l’ordonnance détaille les projets de démolition de 1 500 résidences monastiques au 30 octobre 2016. Ce nombre inclut les habitations de ceux expulsés depuis 2013 et les nouvelles habitations construites illégalement à leur place, les habitations de ceux partis vivre dans des foyers pour personnes âgées, et de celles parties vivre dans des maisons d’accueil pour moniales. Ce travail incombe à Zhang Yong Dong et Ajie Bei Zhui, et au Département préfectoral du Front Uni du Travail, au Bureau préfectoral aux Affaires religieuses et de nationalité, au Bureau de la Sécurité intérieure, au Bureau préfectoral du Développement de l’Habitat dans les villages, au Département préfectoral aux Affaires civiles, et au Gouvernement du Comté de Sertar.

Le cinquième point prévoit l’installation de caméras de surveillance d’ici au 31 août 2016 pour réguler les visiteurs. La tâche a été confiée à Zhang Ping Sen et Shui Wen, ainsi qu’au Bureau préfectoral de la Sécurité intérieure et au Gouvernement du Comté de Sertar.

Le sixième point de l’arrêté de démolition requiert la séparation entre les pratiquants laïques et les religieux, avec pour conséquence de mettre les pratiquants laïques sous la surveillance et le contrôle directs des autorités gouvernementales. D’ici au 31 juillet 2016, les maisons construites entre la zone des religieux et celle des pratiquants laïques, soit une bande de 30 mètres, seront démolies.  D’ici au 30 septembre 2016, des murs seront érigés entre les deux communautés. Le style et la conception des habitations occupées par les pratiquants laïques seront modifiés. Il sera créé un Bureau gouvernemental en charge des pratiquants laïques. Cette tâche est confiée à Zhang Ping Sen et Xi Wu, ainsi qu’au Département préfectoral de la Construction de logements dans les villages, au Département préfectoral des Ressources nationales, au Bureau préfectoral des Affaires civiles et au Gouvernement du comté de Sertar.

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Légende photo : Des photos ayant circulé sur les réseaux sociaux montrent l’avancement du démantèlement des logements avant l’arrivée à Larung Gar des équipes de démolition du Gouvernement.

Le dernier point de l’arrêté de démolition concerne la séparation entre l’Institut de Larung Gar et le Monastère de Larung Gar. Parmi les 5 000 personnes autorisées à rester, il sera fait une distinction claire entre les étudiants du Monastère et ceux de l’Institut. Leurs noms respectifs seront enregistrés et répertoriés séparément. Parmi les 5 000 résidents, il y aura 3 500 moines et moniales, les autres étant étudiants à l’Institut. Il sera établi un comité de gestion du monastère constitué de représentants du Gouvernement et de moines qui gèreront les affaires du Monastère. Le contenu des enseignements ne pourra être que purement religieux dans les Monastères, et  purement laïque à l’Institut. L’Institut sera administré comme n’importe quelle autre école gouvernementale. La date limite a été fixée au 31 août 2016.  La tâche en incombe à Li Chen Ming, Jangchup (Xiang Qu ?), Dan Li Kei, et Zhang Ping Sen en relation avec le Département préfectoral du Front Uni pour le Travail, le Bureau préfectoral des Affaires religieuses, le Bureau préfectoral de la Sécurité intérieure, le Bureau préfectoral pour le Développement de l’Habitat dans les villages, et le Gouvernement du Comté de Sertar.

En conclusion, l’arrêté stipule qu’un compte rendu des activités liées aux travaux de démolition à Larung Gar devra être fait auprès du Gouvernement du Comté de Sertar et du Comité spécialement appointé à cet effet.

 

La répression massive de 2001

C’est le charismatique Maître bouddhiste tibétain, de la tradition Nyingma, Khenpo Jigme Phuntsok, « 'jigs med phun tshogs » (1933-2004), dans une famille de nomades de Golok Serthara,  identifié à l'âge de cinq ans, comme la réincarnation du Terton Sogyal, Lérab Lingpa (1852-1926), le gourou du 13ème Dalaï-Lama,  figure clés de l'histoire du Bouddhisme du 20 eme siécle, au Tibet, qui a joué un rôle extrêmement conséquent et a contribué à la renaissance du Dharma après les terribles persécutions religieuses de la Révolution culturelle, qui fonda Larung Gar en 1980, avec la volonté d’en faire un Centre d’études bouddhistes non sectaire.

Jigme Phuntsok était auparavant devenu moine à Nubzur Gonpa, une dépendance du monastère Palyul dans Serthar. Le monastère Palyul, fondé en 1665 dans la région de Kham au Tibet oriental  (aujourd'hui Baiyu, Sichuan)est l'un des six grands monastères " mères " de l'école Nyingma. Un arrêté de destruction similaire à celui qui frappe Larung Gar, a été délivré pour Yashen Gar, situé dans cette même région du Tibet oriental.

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                                 Jigme Phuntsok

Cette incroyable académie, créé en 1980,  dans la vallée inhabitée, a, malgré une situation géographique particulière, évolué à partir d'une poignée de quelques disciples pour devenir la plus grande colonie bouddhiste dans le monde, et attire un mixe d'étudiants, venus de tous les coins de l’Asie, de Taïwan, de Hong Kong, Singapour et de Malaisie, qui fréquentent des classes séparées où l’enseignement se fait en mandarin, tandis, que pour les plus grandes classes, il est dispensé en tibétain.

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 Hall d'étude à Larung Gar

 

En 1987, le 10ème Panchen Lama a bénit l’Institut et lui donna son nom actuel  de Sertar Larung Gar Ngarig Nangten Lobling. Sous Khenpo Jigme Phuntsok, Larung Gar  se développa pour devenir une oasis spirituelle de plus de 8 000 moines, moniales et étudiants laïques jusqu’à la répression de 2001.

Larung Gar ressemble davantage à un campement religieux, un gar, qu’à une institution monastique. Gar dont les origines remontent au Tibet du 14ème siècle quand les communautés nomades de pratiquants religieux et laïques se formaient au Bouddhisme sous la conduite de Maîtres bouddhistes charismatiques et hautement réalisés.

Ces campements religieux diffèrent des institutions monastiques bouddhistes traditionnelles en ce qu’il n’est fait aucune distinction entre moines et praticiens laïques ou  hommes et femmes. Des campements religieux comme Larung Gar et Yachen Gar en particulier, ont attiré des milliers de pratiquants à travers le globe, y compris des bouddhistes chinois. Au fil des ans, Larung Gar est devenu l’un des plus importants centres pour la promotion de la préservation du bouddhisme tibétain et de la culture tibétaine.

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Plus de 20 000 religieux et pratiquants laïques vivent en permanence à Larung Gar, et pour des occasions particulières, le site peut accueillir jusqu’à 40 000 adeptes.

L’ordonnance de démolition prévoit de limiter le nombre total de résidents permanents à 5 000, condamnant ainsi les 75% restants à l’expulsion et à la démolition de leur logement. La répression qui touche actuellement Larung Gar ne vise pas seulement à limiter le nombre de résidents ; c’est une tentative de créer des divisions entre religieux et laïques, et d’usurper le pouvoir et l’autorité des lamas et des supérieurs des différentes sections religieuses.

Ce qui permettrait aux autorités chinoises d’établir un contrôle direct sur Larung Gar, de surveiller les activités des résidents et d’imposer des restrictions notamment en ce qui concerne les pratiquants venus d’autres régions du Tibet.

En raison de leur système d’inscription moins organisé que celui des institutions monastiques traditionnelles, les gar ont échappé pendant un certain temps à un contrôle direct du Gouvernement, ou à des intrusions de la part des autorités d’Etat en charge de l’éducation politique. Mais un changement s’est opéré en 2001, date à laquelle le Gouvernement chinois a lancé une répression d’ampleur marquée par l’expulsion de 8 000 religieux et laïcs, dont 1 500 pratiquants étrangers venus de Chine, de Taïwan, de Hong Kong et de Corée. Plus de 500 policiers en arme et personnel militaire ont démoli 1 874 habitations de religieux et 2 000 cabanes de méditation.

En avril 2002, le TCHRD  (Centre Tibétain pour les Droits de l’Homme et la Démocratie) a diffusé une vidéo de 10 minutes , très floue, montrant les destructions massives à l’Institut.

La vidéo a été réalisée à partir de séquences filmées sorties clandestinement du Tibet par d’anciens résidents de l’Institut.

En 2001, Khenpo Jigme Phuntsok a été contraint d’interrompre son enseignement à l’Institut, et a été conduit dans un hôpital militaire du Comté de Barkham, pour  y subir, soi-disant, des traitements. Rigzin, son médecin personnel, fut interdit de visite à l’hôpital. Les traitements que du subir Khenpo Jigme Phuntsok devaient être de bien mauvais traitements.

Le 6 janvier 2004, Khenpo Jigme Phuntsok meurt dans un hôpital de la ville de Chengdu. Il aurait subi une opération cardiaque le 29 décembre 2003 dans ce même hôpital.

L’arrêté de démolition visant Yachen Gar.

Des images et des vidéos récentes qui ont circulé sur les réseaux sociaux prouvent également qu’un arrêté de destruction similaire a été délivré pour Yachen Gar, situé dans le comté de Pelyul (en chinois, Baiyu) dans la Préfecture autonome du Tibet de Kardze.

On y voit des moines et des moniales démontant par avance leur habitation pour sauver leurs effets personnels des équipes de démolition du Gouvernement. En 2001, Yachen Gar a dû faire face à des destructions partielles tout comme Larung Gar.

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Légende photo : Photos récentes de logements détruits par les résidents eux-mêmes avant l’arrivée des équipes de démolition à Yachen Gar.

Non seulement l’Article 36 de la Constitution chinoise garantit la liberté en matière de croyance religieuse, mais il interdit à tout organisme d’état, organisation publique ou individu d’obliger les citoyens à croire ou non en une quelconque religion, ou à discriminer les citoyens qui croient ou non en une quelconque religion. L’annonce par la Chine de cette deuxième vague de répression sur Larung Gar fait, une fois encore, de cette disposition constitutionnelle, une coquille vide.

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Légende photo : Vue de Yachen Gar

Bouddhisme tibétain et spécificités chinoises.

La politique de base du Parti Communiste Chinois en matière de religion rend difficile, voire impossible, l’application des dispositions constitutionnelles. En 1993, lors de la Conférence nationale de travail du Front Uni et en 2001 lors de la Conférence nationale sur les Affaires religieuses, le Président de l’époque Jiang Zemin avait émis trois directives faisant autorité et qui résument l’approche de l’Etat à parti unique concernant la religion :

1) Mise en œuvre de la politique du Parti relative à la religion ;

2) Renforcement du contrôle des Affaires religieuses  en accord avec la loi ;

3) Orientation de la religion pour une compatibilité avec le socialisme.

A la Deuxième conférence nationale de travail sur la religion qui s’est tenue en avril 2016, le président Xi Jinping a réitéré la même approche de la politique religieuse et insisté sur le fait que « les groupes religieux doivent adhérer à la politique du PCC, et soutenir le système socialiste et le socialisme à la chinoise. »

Le Centre Tibétain pour les Droits de l’Homme et la Démocratie lance un appel à la communauté internationale, notamment aux Nations Unies, aux Gouvernements, à la société civile - groupes et individus - pour lancer des actions afin de faire pression sur le Gouvernement pour qu’il abroge l’arrêté de démolition, et ainsi empêcher que l’Institut bouddhiste de Larung Gar ne soit l’objet de nouvelles destructions.

En mai de cette année, à l’occasion de Saga Dawa (la fête bouddhiste du Vesak), le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Ki-moon a souligné le rôle du Bouddhisme dans la résolution des questions urgentes auxquelles l’humanité est confrontée, notamment les violations des droits de l’homme et les conflits violents. 

« L’égalité fondamentale entre tous les peuples, le devoir impératif de rechercher la justice, et l’interdépendance entre  la vie et l’environnement ne sont pas uniquement des concepts abstraits réservés aux débats entre intellectuels ; ce sont des directives vivantes permettant aux bouddhistes et aux autres d’avancer sur la voie d’un avenir meilleur, » a-t-il affirmé.

 France Tibet pour les textes traduits.

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