Les prud'hommes substitut de la lutte des classes

On vote ce mercredi pour les prud’hommes. A ceux qui s’interrogent encore sur l’utilité de cette juridiction, douze salariés de la société TMF répondent que ça sert à condamner des directions sans scrupules. Ils ont obtenu vendredi, du tribunal des prud’hommes de Saint-Gaudens, 1,8 millions d’euros de réparation pour licenciements abusifs.

On vote ce mercredi pour les prud’hommes. A ceux qui s’interrogent encore sur l’utilité de cette juridiction, douze salariés de la société TMF répondent que ça sert à condamner des directions sans scrupules. Ils ont obtenu vendredi, du tribunal des prud’hommes de Saint-Gaudens, 1,8 millions d’euros de réparation pour licenciements abusifs.

Les 12 salariés ont été licenciés pour « grève illicite ». Un mouvement entamé quelques jours après que le dernier syndicaliste de Thermo Magnésium France a été licencié de l’entreprise à la mi Décembre 2007. La direction lui reproche, à l’époque, ses prises de position concernant les conditions de travail. Le syndicaliste CFDT, Claude Puigdellosa, s’inquiète, en effet, de ce que, dans les fours, on brûle des « déchets » polluants constitués notamment de carters huileux, de jantes de voitures déjà peintes, des volants... pour en faire des lingots de magnésium réutilisés par les équipementiers automobiles. Normalement, les fours ne doivent recyclés que des déchets propres venues de France, d’Espagne et d’Italie. Il explique aussi que son entreprise est devenue une brûlerie de déchets dont la provenance est inconnue. Et il réclame, pour les salariés, des mesures qui préservent leur santé.

 

L’alerte du syndicaliste a pour conséquence de provoquer la mobilisation de la population. Ces fumées polluantes, elle ne les voit pas puisqu’elles s’échappent de nuit, mais elle les respire. Du coup, plusieurs centaines d’habitants signent une pétition contre ce qu’ils appellent leur « empoisonnement ».

 

La direction le met aussitôt à pied et les métallos se mettent en grève 24 H pour soutenir leur collègue. La direction ne fait pas dans le détail et mi Janvier 2008, elle les licencie pour « faute grave » et « grève illicite ». Mais comme pour brûler les déchets, il faut bien des bras, elle embauche, dans la foulée, des intérimaires en CDD ; des contrats transformés en CDI à la demande de l’Inspection du Travail.

 

Les licenciés saisissent alors les prud’hommes. « Cette grève était parfaitement licite » explique Maitre Denjean, l’avocat des salariés qui affirme n’avoir « jamais vu une telle volonté de méconnaitre le code du travail » de la part d’une direction. L’avocat a plaidé le droit de retrait des salariés pour question de sécurité. En leur temps, les autorités ont d’ailleurs mise TMF en demeure de respecter les consignes de sécurité. De son côté, la direction n’a pas souhaité faire de commentaire au terme du jugement qui accorde 1,8 millions d’euros de réparations aux 12 salariés dont aucun n’a demandé sa réintégréation dans l’usine. Dans quelques jours, 5 autres salariés, également remerciés, ont à leur tour rendez vous aux prud’hommes.

 

L’affaire n’est cependant pas terminée puisque la direction fait appel de la décision qui sera donc rejugée par des juges professionnelles, cette fois. Les salariés devront donc attendre puisque cet appel suspend le paiement des dommages et intérêts.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.