Désobéir est il un nouveau devoir civique ?

Droit au logement réquisitionne, les anti ogm fauchent, des profs pratiquent l’insoumission, des électriciens d’EDF rétablissent d’autorité le courant aux plus démunis, des parents d’élèves s’opposent aux expulsions et des usagers des trains occupent les voies ferrées. La désobéissance civique est devenue, en quelques années, un outil de la lutte du pot de terre contre le pot de fer.

 

 

Ils se retrouvent tous les lundis et vendredis soir. Soit à la gare de Gourdon, soit à celle de Souillac, dans le Lot. Cela fait déjà 16 mois que ça dure. Au total, ils ont fait 70 actions de protestation qui consistent à stopper les trains deux minutes dans chaque gare, le temps théorique pour des voyageurs de monter et descendre des wagons. L’action a un objectif. Obtenir de la SNCF qu’elle maintienne les 15 arrêts de trains de nuit et de jour qu’elle a supprimés. Un but en partie atteint. Devant les mobilisations à répétitions de quelque 75 communes du secteur, la SNCF a rétabli 5 de ces arrêts qui permettent aux usages de monter à paris dans le nuit ou de descendre à Toulouse tôt le matin. L’entreprise publique dénonce la poursuite des actions invoquant des questions de sécurité sur la voie et, soutenue par la préfet du Lot, elle a décidé de poursuivre les manifestants en justice. Plusieurs d’entre eux, dont des élus municipaux communistes, ont ainsi fait l’objet d’une garde à vue, à la mi décembre, et leur procès est prévu pour le 15 janvier au tribunal correctionnel de Cahors pour « entrave à la circulation ».

 

 

Plus au sud, à Toulouse. Sur la face de l’immeuble place « Anatole France», des banderoles du Dal et de la Hutte aux piafs. L’immeuble, vide depuis 2002, est occupé depuis une quinzaine de jours par une trentaine de personnes. Parmi eux, de jeunes sans abris, des jeunes, des précaires sans le sou. L’occupation a été faite en douceur, sans caméras, ni micros. Elle a juste été officialisée Samedi par la venue de Jean Baptiste Eyraux, Pdt national du Dal. A l ‘intérieur, chacun a désormais son chez soi. Quelques mètre carrés d’intimité dans des studios propres possédant l’élecricité et le chauffage grâce à l’intervention d’électricien et plombier militants. Pour l’instant, le propriétaire n’a pas donné signe de vie, ni déposé plainte. La préfecture n’a pas autorité, en l’absence de plainte, à faire évacuer l’immeuble et la mairie de Toulouse affirme qu’elle est prête à préempter l’immeuble en cas de vente pour le transformer en des logements sociaux qui font cruellement défauts. Il y a en effet 26 mille demandes de logements sociaux dont 6 mille seulement sont satisfaites et il y aurait environ 20 mille logements privés inoccupés. La nouvelle municipalité de gauche estime qu’il lui faut, malgré la crise, construire 2.500 logements par an.

 

 

A l’école Jules Ferry de Toulouse, l’enseignant Alain Réfalo refuse toujours d’appliquer, en son âme et conscience, les directives ministérielles qui mettent à mal l’école, le métier d’enseignant et l’avenir des enfants. Il l’a solennellement écris à son inspecteur d’académie dans une lettre qui entrent en résonance ave le mal être profond d’une profession soumis à des injonctions contradictoires et à des restrictions économiques qui prévoit, par exemple, la disparition des réseaux d’aide aux enfants en difficulté ou encore la suppression de 13.500 postes d’enseignants l’an prochain. Sa lettre, publiée sur Internet, a suscité le soutien de plusieurs milliers de pétitionnaires et inciter d’autres enseignants, notamment héraultais, à revendique également leur insoumission.

 

 

Peu à peu, la désobéissance civique s’est ainsi réinstallée dans le paysage des luttes. Elle était en effet pratiquée par les objecteurs de conscience au service national dans les années 70 mais peu considérée comme un outil de lutte efficace par les organisations syndicale notamment. Elles considéraient ce type d’action comme une sorte d’insurrection morale individuelle et humaniste. Or, avec l’action collective des faucheurs volontaires, la désobéissance civile est enfin devenu une désobéissance civique. C’est-à-dire le moyen pour tout citoyen de s’insurger contre l’insupportable que l’on soit ou non directement concerné par la situation dénoncée. En effet, pas besoin d’être sans abris pour trouver anormale que des logements soient vides tandis que des gens meurent à la rue. Pas besoin d’être agriculteur pour se soucier de la manière dont on cultive dans les champs. Pas besoin d’être enfant d’immigrés pour comprendre ce que signifie une expulsion dans un pays déstabilisé, etc.

 

 

Partout, ce qui fonctionne, c’est le double axiome de la solidarité et du droit de se révolter, sans attendre que les corps intermédiaires - syndicats, institutions, élus - légitiment ce mouvement. Déclarés ou non, les associations sont de fait et innervent le corps social pour lui insuffler une vie spontanée et des débats sur l’exercice effectif de nos principes que sont la liberté et la fraternité au nom de l’égalité.

 

 

Que vaut la liberté si le professeur charger de l’éveiller chez ses élèves n’est pas libre d’exprimer une opinion personnelle sur ce qu’il vit, ou ce que le ministre lui demande d’appliquer. Être fonctionnaire ne fait pas de lui un être décervelé, un simple instrument qui doit exécuter et se taire ? Que vaut la fraternité, si elle n’est pas pratiquée au quotidien mais uniquement déléguer à des institutions dont s’est le gagne pain ?

 

 

A chaque fois, il y a bien sûr des limites, celles fixées par la loi qui menace d’ailleurs de sanction. Les faucheurs volontaires risquent de 3 à 5 ans de prison plus 75 mille euros d’amende pour un épi de maïs arraché. Les enseignants récalcitrants, une mutation sanction voir même la révocation. Les membres du Dal, des condamnations pour occupation sans titre de séjour d’une propriété privée. Les parents d’élèves qui soutiennent les sans papiers également pour aide à personne en situation irrégulière. Bref, la loi, partout, est le pot de fer contre le pot de terre. Mais partout, les pots de terre nous rappellent qu’être citoyens n’est pas subir mais agir pour que la société soit plus humaine avec les faibles et assumer par les plus forts.

 

Ainsi, Florian du Dal, réclame à la mairie de toulouse qu'elle pratique "le louer solidaire et garanti". En clair, la mairie, le conseil général ou une autre institution, prend à sa charge le loyer au prix du marché pour un bail de trois ans et en contre partie, l'association et les collectivités en charge du logement s'engagent à trouver un relogement social aux personnes concernées. A Gourdon et Souillac, en arrêtant les trains, les habitants réclament aussi une vraie solidarité devant les services publiques - la poste, le TGI, le train - qui désertent le territoire.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.