l'agriculture est à bout de souffle

Faut-il protéger les agriculteurs comme on le fait des espèces en voie de disparition ? La réponse est sans aucun doute, oui. Derrière la manifestation des agriculteurs gersois, ce lundi, il est question, au-delà de leur survie immédiate, de la souveraineté alimentaire, de l’entretien de l’espace, et de la sauvegarde d’emplois induits. Bref, comme le dit le slogan des agriculteurs, « quand l’agriculture souffre, c’est l’économie qui se grippe ».

L’opération s’appelle « ville morte ». Elle consiste à montrer à quoi ressemblerait la capitale du Gers, sans son agriculture. Une ville dont les commerces auraient tirés rideaux, dont les rues seraient vides de toute agitation, et les tracteurs immobilisés. Le Gers est un bon exemple de la crise que vit actuellement l’agriculture. Depuis 1992, le département a perdu la moitié de ses agriculteurs. Ils ne sont plus que 8.000, ce qui peu paraître encore beaucoup. Ses producteurs de lait ne sont plus que 224, un chiffre qui va sans doute encore baisser. Le Modef – syndicat paysan proche du PCF – annonce que 42 producteurs ont déposé une demande de cessation d’activité. 25 autres seraient sur le point de le faire. La crise du lait est en fait l’arbre qui cache la forêt.

Toutes les filières sont de fait touchées. « Ca fait deux ans environ qu’on vend les céréales à perte, les producteurs de viande bovine, ovine vendent également à perte, la viticulture et l’arboriculture sont en difficulté. Dans toutes les productions, nous sommes dans des marchés excédentaires qui ne correspondent pas au prix réel. Par exemple, 80% des céréales sont produites dans le pays, mais ce sont les 20% exportés qui font le prix mondial des céréales qui est toujours plus bas que le prix de production, donc on est perdant » explique Françis Villemur, jeune agriculteur dans le secteur de Samatan.

Aujourd’hui, « on produit la tonne de Tournesol à 200 euros la tonne, concrètement, pour que le prix soit rémunérateur, il faudrait au minimum 250 euros, voir même plutôt 300 euros. Si on va au bout de la logique libérale de l’Europe, on va complètement mettre en péril la survie des exploitations. Aujourd’hui, avec les prix qu’on a, avec les aides qu’on a, on n’arrive pas à équilibrer les bilans, on ne sait pas ce que ca va donner avec la fin des aides conjuguées à des prix qui baissent » explique Laurent Laborie, jeune agriculteur de Haute Garonne.

A ses cotés, Alexandre Duval fait aussi un constat significatif : « Une pastèque sortie de chez un maraîcher, elle revient à peu prés à 2 euros pour le maraîcher, et une fois qu’elle est vendue en grande surface, elle est à peu prés à 6 euros, et tout ca, dans le même pays, dans la même région, parfois à quinze kms de distance. J’en conclus quoi ? J’en conclus qu’il y en a qui se gave et que c’est pas le producteur. »

L’agriculture gersoise, en effet, reste de loin la force économique numéro 1 du département. Chaque exploitation génère au moins 4 emplois induits dans les secteurs commerciaux, de l’artisanat, du social, de l’agro alimentaire. C’est dire si sa diminution, ou sa disparition, fragiliserait l’ensemble de la région. C’est pourquoi, Remy Fourcade, de la FDSEA réclame « une année blanche au plan fiscal, bancaire et social ».

La crise de l’agriculture, c’est aussi parfois des drames qui, individualisé, passe inaperçu. Ainsi, le 30 Aout dernier, devant la statue de Jean Jaurès à Castres, l’éleveur Alain Bauduy, 58 ans, s’est suicidé dans sa voiture, d’un coup de fusil de chasse. Vendredi 16 Octobre, d'autres opèrations villes mortes sont prévus à travers le pays.

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