La justice n’a décidément aucun état d’âme. C’est peut être pour cela qu’on l’appelle communément, la machine judiciaire. Les salariés de Molex à Villemur sur Tarn, attendaient un geste d’humanité, ils n’ont eu droit qu’à un « circulez, y’a rien à voir ». Les demandeurs ont en effet été déboutés.
Le tribunal était saisi par les collectivités locales, c'est-à-dire le Conseil Général et la Mairie. Tous deux voulaient faire valoir l’état d’urgence pour cette entreprise de 330 salariés menacée de délocalisation en Slovaquie, dés le mois de Juin prochain. Ils réclamaient donc au tribunal la nomination d’un administrateur judiciaire pour 3 mois, dont la fonction aurait été de vérifier plusieurs choses. Tout d’abord, d’assurer la poursuite de l’activité, d’établir le bilan des actifs mobilier et immobilier de la société, de vérifier si la politique du groupe américain, depuis le rachat de la société il y a 4 ans, n’a pas consisté à piller économiquement Molex ; enfin, de rechercher, si comme les salariés l’affirment, la décision de fermeture n’a pas été programmée par la direction depuis Juillet 2007, en infraction au code du travail qui prévoit une information des élus du comité d’entreprise.
La marie a de plus fait valoir que la disparition du sous traitant automobile, spécialisé dans la connectique, allait, non seulement priver les salariés de leurs emplois et de leurs ressources, mais qu’en plus, à titre personnel, elle perdrait 20% de ses recettes issues de la taxe professionnelle. De son côté, le département insistait sur la recherche de scénari alternatifs au départ de l’entreprise, en précisant qu’il était prêt à y contribuer.
Le groupe américain faisait, quand à lui valoir, que son choix relevait de considérations économiques notamment de facteurs internes (coûts de structures excessifs, manque de compétitivité, production utilisant beaucoup de cuivre) et de facteurs externes (crise de l’automobile, prix du cuivre qui flambe). Il occultait du même coup cette autre réalité, le fait que l’entreprise a réalisé 1, 2 millions de bénéfices au 30 juin 2008.
Le procureur a surtout retenu, dans son réquisitoire, que « les collectivités n’ont pas intérêt à agir » puisque « la délocalisation n’est à ce jour qu’à l’état de projet » et que les « différentes créances alléguées par les collectivités ne sont pas nées ». Autrement dit, constatait l’avocat des collectivités locales, maitre Leguevaque « si nous attendons que Molex ferme pour agir, il sera trop tard pour agir ».
Quand au maire de Villemur, il regrette que la justice ne se soit pas inspirée des propos du Président de la République qui, lors d’un déplacement à Rethel, expliquait qu’il « n’accepterait pas les stratégies cyniques et opportunistes » des entreprises qui « pourraient utiliser la crise ambiante pour justifier une réduction d’activités ou d’effectifs, qui n’auraient manifestement aucun rapport avec la crise actuelle. »
Déboutés et dépités, les salariés sont repartis déçus mais mobilisés. Ils ont ainsi décidé de passer les fêtes de fin d’années devant leur usine pour éviter que la direction ne profite de la période pour déménager en douce les machines.