Le délit de solidarité au tribunal de Foix

Le délit de solidarité n’existe pas. C’était, il y a quelques mois, ce que déclarait le ministre de l’immigration, Brice Hortefeux. Une affirmation démentie par les associations de solidarité avec les sans-papiers et par les faits. Aujourd’hui, Claudine Louis comparait devant le tribunal de Foix en Ariège pour avoir aidé un jeune afghan sans papier, âgé de 16 ans.

Le délit de solidarité n’existe pas. C’était, il y a quelques mois, ce que déclarait le ministre de l’immigration, Brice Hortefeux. Une affirmation démentie par les associations de solidarité avec les sans-papiers et par les faits. Aujourd’hui, Claudine Louis comparait devant le tribunal de Foix en Ariège pour avoir aidé un jeune afghan sans papier, âgé de 16 ans.

 

 

Son crime, être humaine. Claudine Louis n’est ni militante, ni engagée politiquement. C’est une simple citoyenne émue par une réalité. Celle d’un jeune afghan de 16 ans, Obaïdullah, qu’elle rencontre à Calais, lors d’une visite dans sa famille. Claudine Louis est touchée par l’histoire de ce mineur de 16 ans qui depuis des mois erre sur les routes. Passionnée par l’Afghanistan depuis la mort du commandant Massoud - pays où elle n‘a jamais mis les pieds - Elle a d’ailleurs appris le Dari et décide de ramener chez elle à St Girons, l’adolescent pour le soigner. Obaïdullah est en effet malade. Pour elle, dit elle, « ne rien faire, c’était de la non assistance à personne en danger ». Sur place, elle fait les démarches pour tenter de le faire régulariser auprès des autorités locales. L’adolescent est en effet inexpulsable en raison de son âge. Le procureur de Foix lui conseille alors de garder l’enfant à son domicile dans l’attente de sa majorité. Six mois passent et rien n’évolue, sauf la situation de Claudine Louis dont la mère est malade.

 

 

Pour cette raison, elle ne peut plus garder l’adolescent chez elle. Elle le conduit donc à la préfecture dans l’espoir qu’on se soucie enfin de son cas. L’adolescent est placé dans un établissement à Pamiers. Quelques jours plus tard, elle recoit une lettre du commissariat qui la convoque pour « abandon de mineur » tandis que le Procureur décide de la poursuivre pour « aide à un étranger en situation illégale ». En effet, elle n’a aucun lien familiale avec Obaïdullah et elle ne peut donc pas être poursuivie pour abandon d’enfant. D’autant que tous les vendredis, elle lui rend visite et téléphone quotidiennement pour prendre de ses nouvelles. Mais au commissariat, on lui fait quand même la morale. « on ne peut pas aller chercher des migrants à Paris et les abandonner dans l’Ariége » lui dit-on. A quoi elle répond: « je ne l’aurai jamais abandonnée, je suis bien trop attachée à lui ».

 

 

Quoi qu’il en soit, elle est aujourd’hui devant le tribunal de grande instance de Foix. A ses côté, la Ligue des Droits de l’Homme, et 150 militants qui se sont déclarés coupables du même délit. Et même Eric Besson, l’actuel ministre de l’immigration et de l’identité nationale. Il a en effet confirmé par écrit à Amnesty Internationale qu’un enfant ne peut pas être en situation irrégulière. Autrement dit, on ne peut pas poursuivre un citoyen pour ce motif. Ce qui fait dire au Procureur de Foix, que « le juge tranchera. ( En effet), si l’on considére qu’un mineur ne peut pas être en situation irrégulière, alors rien n’empéche plus personne d’aller chercher des enfants partout dans le monde et de les ramener en France ». Il est donc déterminer à poursuivre « tant que ma hiérarchie ne me dira pas le contraire ».

 

 

Claudine louis risque 5 ans de prison et 30 mille euros d’amendes. « je ne comprends pas pourquoi on envoie des soldats français combattre les taliban en Afghanistan et pourquoi on ne fait rien pour accueillir ceux qui les fuit » explique t-elle. Demain, à Rodez, un autre citoyen sera lui aussi poursuivi pour aide à un étranger en séjour irrégulier. Guinéen, il est accusé d’avoir aider un compatriote. Le tribunal a requis contre lui 5 mois de prison avec sursis. Le délibéré sera connu Mercredi.

 

 

 

 

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