Le rendez-vous du califourchon

Un magique et amoureux rendez-vous - Un superbe ouvrage iconoclaste.

 

Un lieu

 

Un lieu 2 © José Seknadjé-Askénazi Un lieu 2 © José Seknadjé-Askénazi

 

Guyane française, début des années 2000.

Je suis là en mission, mon amie de cœur ne m'accompagne pas – elle est affrontée à une situation très dure dans l'institution qu'elle dirige (c'est son premier poste important).

Je remarque avec amusement un embranchement routier nommé le « carrefour du califourchon » (parce que succédant à un impressionnant périple de bosses et de dos d'ânes). Et lui envoie un un texto affectueux : « Rendez-vous l'an prochain au califourchon ». Ce à quoi elle me répond : « Pari tenu ».

Un an passa, il était prévu que je retourne en Guyane pour le suivi de mon premier travail, nous avions coordonné nos retrouvailles, mon amie de cœur et moi. J'étais trop juste pour venir la chercher à l'aéroport, elle devait donc me rejoindre (après avoir déposé ses bagages à mon bungalow) près d'une « paillotte « (entendez un bar minimaliste de plein air) située le long d'une plage en général et fort heureusement quasi-déserte, je lui avais fait le plan.

C'était le début de la soirée du vendredi : nous allions disposer de tout le week-end et de la semaine suivante (ma seconde mission venait de se terminer et j'avais tout réglé pour pouvoir rester huit jours de plus).

J'avais un peu d'avance et m'étais allongé juste en deçà du bord de sable... Une silhouette lointaine débarqua d'un taxi, hésita – je devinai qu'elle tentait de se repérer, de me repérer.

Moi, j'avais la voix trop cassée par mon intervention de l'après-midi pour l'appeler (j'étais intervenu devant quatre-vingts personnes pendant plus de trois heures, mais la sono avait rendu l'âme au bout de quinze minutes) : j'essayai, mais restai inaudible pour elle.

Et puis elle finit par m'apercevoir.

S'approcha, souriante, avec une lenteur qui me parut infinie.

Mon Dieu qu'elle était belle, dans le halo du soleil déclinant (pour des raisons de confidentialité - au moment où je songe à prends la photo elle est devenue trop reconnaissable -, je l'ai "gommée" de l'image)...

 

Un leu 1 © José Seknadjé-Askénazi Un leu 1 © José Seknadjé-Askénazi

 

Le rendez-vous du califourchon fut tenu (toute allusion érotique réelle n'était - n'est - évidemment pas, comme on l'exclut bizarrement au début de certains romans, de pure fiction).

Trois années après cette amie infiniment chère, avec laquelle j'aurais pu continuer longtemps une route commune, aventureuse ainsi que magnifique, disparut définitivement de mon existence. C''est ainsi – il y a de la mort dans la vie.

 

Un texte

 

Un texte © José Seknadjé-Askénazi Un texte © José Seknadjé-Askénazi

 

Michaël Morcoock, Behold, the man, 1968 (première traduction français, Voici l'homme, aux éditions l'Age d'homme en 1971, traduction rééditée chez L'Atalante éditions en 2001).

Karl Glogauer a jusque-là eu une vie assez triste : d'abord persécuté par d'autres adolescents qui se moquaient de son physique frêle et de son nom de famille en le traitant de « sale juif », il a eu de nombreuses déboires amoureux.
Mais l'un de ses rares amis a conçu une machine à voyager dans le temps et lui propose de tester l'engin.
C'est ainsi qu'en 1970 Karl décide de se rendre dans la Judée du Ier siècle pour y rencontrer Jésus et et vérifier son enseignement réel. Bien qu'agnostique, Karl a en effet toujours été attiré par le christianisme et ses connotations mystiques.


Il se retrouve effectivement en l’an 28 de notre ère, près du Jourdain. Un groupe mystique anti-pharisien, celui de Jean le Baptiste, l'accueille, décelant immédiatement en lui un être d'exception. Karl, qui avait autrefois appris l'araméen et le latin, parvient à se faire comprendre : il explique qu'il recherche un dénommé Jésus. Et sur une question de Jean-Baptiste, déclare se nommer Emmanuel.


Pendant une année entière Karl reste avec Jean-Baptiste et son groupe, améliorant sa connaissance de la langue et des coutumes hébraïques. Personne dans la petite communauté ne semblant connaître ou avoir entendu parler d'un Jésus "prêcheur", il décide de se rendre à Nazareth et de rencontrer Jésus, ou au moins ses parents hypothétiques, Joseph et Marie.


Après un long et pénible trajet, il parvient enfin à Nazareth. Il s'enquiert auprès de diverses personnes afin de trouver une famille dont le père s'appellerait Joseph, charpentier, ayant pour épouse une dénommée Maris et un fils nommé Jésus. On lui indique une maison où il se rend et fait la connaissance de Joseph, un personnage sympathique et effectif charpentier, qui lui indique que Marie et Jésus (« Ce vaurien ; qu'a-t-il fait encore ? ») se trouvent à l'intérieur. Karl se présente à Marie et demande à rencontrer Jésus.


La femme appelle son fils, qui est décrit de la manière suivante : « La silhouette était pitoyable. Il avait sur le dos une grosse bosse et louchait de l'œil gauche. Son visage était vide, stupide. Il y avait un peu de bave sur les lèvres ».
Le Jésus historique, fils de Marie et Joseph, s'avère un jeune malade mental…


Totalement stupéfait par sa découverte, et légitimement déprimé, Karl quitte d'abord les lieux.
Mais il se ravise et revient à la maison de la famille le soir.
Joseph est absent ; Marie, nymphomane à laquelle Joseph ne suffit guère, séduit Karl et tous deux ont une relation sexuelle complète…
L'épisode se conclut sur la vision qu'a Karl, alors qu'il  vient de finir de s'ébattre avec Marie, du regard de « l'idiot se ten[ant] sur le pas de la porte, les regardant, de la bave pendant à son menton, un sourire distrait sur le visage ».


Karl a évidemment compris que si rien n'altère le cours normal des événements aucun Jésus ne viendra prêcher et ne sera crucifié.
Il constate aussi que sa machine temporelle est totalement irréparable et qu'il est bloqué en pleine Antiquité. Que peut-il donc faire d'utile ?


Après réflexion il décide de prendre la place vacante : lui tiendra le rôle d'un Jésus historique, diffusera l'enseignement christique et subira la Passion.
Mettant son projet à exécution, il parcourt la Galilée et la Judée, prêchant ici et là, rassemblant autour de lui des fidèles, les choisissant de manière qu'ils soient exactement douze, dont l’un s'appelle Judas.
Quand arrive la Pâque hébraïque, il se rend à Jérusalem et fait ce que le Jésus du Nouveau Testament est réputé avoir fait : il se rend au Temple, y  jette à terre les étalages supportant les soi-disant objets sacrés vendus fort cher par les Pharisiens, prêche, se rend au Mont des Oliviers, organise la Cène.


Karl ordonne ensuite à Judas de se rendre chez Ponce Pilate et d'annoncer au gouverneur romain que « Jésus » est un dangereux perturbateur qu'il faut mettre hors d'état de nuire. Et une fois arrêté, Karl se laisse condamner sans se défendre ; il a même demandé à certains apôtres de corroborer les accusations*.
Karl-Jésus est donc logiquement condamné à mort, et va être exécuté. Emmené au Mont Golgotha, il est crucifié, mais est étonné de constater qu'il est seul à l'être (il n'y a pas « deux autres larrons » comme prétendu dans les Évangiles).


Voilà, ce court et magnifique roman, qui fit en son temps scandale mais se vendit à plus de 400.000 exemplaires, constitue un contrefeu prémonitoire, salutaire et ironique au lamentable second billet de Shlomo Sand, présenté en Une de Médiapart comme « la vérité » sur l'Affaire Jésus.


Sur ce point, comme sur l'invention totale de l'épisode Barabbas, les plus récentes découvertes (par exemple celle de l’Évangile de Judas), viennent corroborer la partie proprement historique du texte de Morcoock, qui était un très fin et subtil connaisseur du judéo-christianisme.


Underzevolkano

 

NB : je sais que ce billet, comme toutes mes autres contributions à Médiapart, sera totalement invisibilisé, puisqu'il n'est ni anti-mâles, ni antijuif, ne prône pas la cancel-culture, ne fait la promotion ni du 'Hezbollah, ni de l'indigénisme, ni d'Elizabeth Warren, ni de Schlomo Sand, ni du stalino-trotskysme, ne traite pas Biden d'alzheimerien pire que Trump, n'insulte pas des contributeurs avec lesquels il serait en désaccord, et s'avère enfin correctement rédigé.

J'ai écrit en  termes précis et exacts sur des sujets que les pigistes de Médiapart ne "découvrent" que vingt semaines après moi (l'inéluctable chute de Trump, par exemple, et encore, aujourd'hui Médiapart fait toujours semblant d'imaginer que ce n'est pas totalement certain) ou feint d'ignorer (le programme commun Biden-Sanders-AOC ou le Rojava, entre autres),

Bref, je ne fais pas dans la "morale du ressentiment" si justement caractérisée par Nietzsche, et c'est sur Médiapart (qui contrairement à ce qu'il prétend n'est qu'à 20 % un média d'informations, et à 80 % un média d'opinions - au demeurant en majorité fort mal présentées, et exprimées la plupart du temps avec une agressivité hallucinante) un crime inexpiable wink

Ce sera dès lors évidemment ma dernière intervention ici. Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse, et puis surtout j'ai bien d'autres lieux où je peux peux me faire entendre à la hauteur des qualités de ce que je produis..

J'ai par contre rencontré sur le participatif de nombreuses personnes remarquables, mais seulement grâce au "dénichage" de billets eux aussi totalement invisibilisés. Mes contacts avec elles perdureront pour notre bénéfice commun - ailleurs.

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